17 juin 2017

La Folie des Oiseaux

Après la première guerre mondiale, des artistes allemands comme Max Beckmann, Max Ernst, George Grosz et Otto Dix ont porté la critique sociale au rang d'un art majeur bien au-delà de la caricature. Bien entendu le régime Nazi n'est pas d'accord. Beckmann est une des cibles des attaques furieuses de Hitler contre l'art dégénéré.

Beckmann quitte précipitamment l'Allemagne en 1937 et s'installe à Amsterdam. Comme Miro au même moment en Espagne, il n'est pas parvenu à se maintenir à l'écart de la politique. Il conçoit aussitôt une grande composition d'abord intitulée Der Land des Wahnsinningen (le pays des déments) qui exprimera son horreur des collectivismes.

Terminée à la fin de l'été de 1938, Hölle der Vögel (enfer des oiseaux) est l'aboutissement de ce projet. Cette huile sur toile 120 x 160 cm est à vendre par Christie's à Londres le 27 juin, lot 11. Trois jours avant le communiqué de presse du 8 mai, Financial Time annonçait une estimation de £ 30M.

Cette scène mêle le médiéval et le moderne pour mieux exprimer la menace permanente des persécutions abjectes. Les tortures sont infligées par des oiseaux cagoulés. Dans une atmosphère claustrophobe aux lignes noires et aux couleurs criardes, la victime attachée sur son lit d'Inquisition est une tache claire. Un oiseau bourreau laboure son dos jusqu'au sang avec un grand couteau.

Cette cérémonie lugubre est présidée par une harpie sortant de l'oeuf avec une poitrine monstrueuse. La foule des personnages secondaires est constituée de nus hurlants qui font le salut Hitlérien, supprimant toute équivoque possible sur l'interprétation de cette allégorie dans le monde moderne.

Le foisonnement narratif de l'oeuvre est inspiré de l'imagerie médiévale. Le choix de l'oiseau comme symbole de l'acharnement stupide rappelle l'oiseau avaleur d'homme dans l'Enfer de Bosch.

Par sa violence politique, Hölle der Vögel peut être comparée au Guernica de Picasso également conçu en 1937. La peinture de Beckmann, prudemment conservée dans un appartement privé à Paris jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale, aurait mérité une meilleure notoriété.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Christie's dans laquelle la maison de ventes a choisi d'accompagner cette oeuvre par la lecture d'un poème de W. H. Auden d'inspiration similaire.