30 juil. 2017

Tous les Honneurs pour le Cheval de Fer

Avec Babe Ruth et Lou Gehrig les New York Yankees étaient imbattables. Les personnalités des deux coéquipiers étaient remarquablement opposées. Ruth était un rebelle et Gehrig un stoïque.

Le 2 mai 1939 après un an et demi de dégradation de sa forme physique, Lou renonce à jouer. Il avait réalisé depuis son entrée aux Yankees en 1923 la performance sensationnelle de 2130 jeux consécutifs en major league. Surnommé The Iron Horse il était un exemple pour la jeunesse, dans la suite de Christy Mathewson. Son numéro 4 est retiré le 4 juillet 1939 par la Major League.

Le 4 juillet 1941, cinq semaines après sa mort, Gehrig est le premier joueur et la seconde personne après le manager Miller Huggins à être honorée d'un monument commémoratif au Yankee Stadium Monument Park.

L'image de sa plaque et du ticket de la cérémonie sont copiées d'une photo faite en 1937. L'attitude à la fois souriante et mélancolique est typique du grand joueur, comme s'il attendait son destin tragique.

La maillot de flanelle porté par Lou Gehrig sur cette photo et visible sur la plaque et le ticket a été retrouvé, usé et modifié par environ 40 jeux du champion en 1937 suivi d'une utilisation non enregistrée mais probablement intensive dans un farm club. Une marque des Yankees conforme au dessin de 1937 a été cousue à proximité de l'emplacement de la marque d'origine qui avait été retirée.

Le photo-matching est incontestable. Ce maillot gradé 6.5 par Mears a la valeur d'une relique. Il est estimé $ 800K à vendre par Heritage en ligne depuis Dallas le 19 août avec une phase d'extended bidding, lot 80004.

Tout va très bien pour Aston Martin

Tout va très bien pour Aston Martin. Dévoilé en septembre 1958 le nouveau grand tourer DB4 va devenir un grand succès. En gagnant pour la première fois au Mans en 1959 avec la DBR1 la marque britannique rafle au passage le titre de champion du monde des constructeurs de la FIA.

Le team manager John Wyer et le chief engineer Ted Cutting se concertent. On va tailler cinq inches dans une DB4 pour produire une GT agréable et économique. Ce raccourcissement pour gagner du poids est concomitant au raccourcissement par Ferrari du châssis 250 GT pour améliorer la tenue de route. Le projet est accepté par Aston Martin sous le sigle DP-199 (DP signifie Design Project).

Le prototype DP199/1 est testé au Mans en avril 1959. Stirling Moss, toujours aux aguets pour essayer une nouvelle machine, convainct Aston Martin d'engager la voiture le 2 mai à Silverstone dans une course de 12 tours en catégorie GT. Moss gagne la pole position, la course et le record du tour sans même pousser le moteur au-delà de 5500 rpm.

La démonstration est impeccable. Le prototype reste unique en son genre mais ses solutions techniques ouvrent la voie à toute la lignée des Aston Martin GT en commençant par la DB4 GT et la très efficace DB4 GT Zagato.

D'abord équipée alternativement d'un moteur 3,7 litres et d'un moteur 3 litres pour répondre aux règlements de diverses compétitions, DP199/1 a été restauré dans une configuration antérieure à 1961, date à laquelle elle quitte l'équipe d'usine pour être vendue à un propriétaire privé. Elle a conservé son moteur 3,7 litres de l'époque et n'a pas subi d'amélioration intempestive. Elle n'a jamais eu d'accident et sa carrosserie est remarquablement originale.

Cutting a répondu à l'attente de Wyer. Malgré une utilisation intensive, DP199/1 est encore aujourd'hui une voiture légère, vive et facile à conduire à grande vitesse, qui inspire confiance. Elle est estimée $ 6M à vendre par RM Sotheby's à Monterey le 18 août, lot 147.

Ferrari et la FIA

Le bras de fer entre Enzo Ferrari et la FIA commence en 1962 avec la 250 GTO dont le nom même, O signifiant Omologato, indique l'intention de Ferrari de forcer la main concernant le respect des règles. La meilleure voiture ne peut pas être exclue des compétitions, n'est-ce pas ? La FIA cède. Momentanément seulement : en 1964 l'homologation de la 250 LM en GT est refusée.

Egalement en 1964 la gamme 275 avec un moteur de 3,3 litres succède à la 250 sans interrompre le développement de modèles de compétition en petites ou très petites séries.

Réalisée en 1964 pour préparer la saison 1965, la 275 GTB/C Speziale (C signifiant Competizione) est essentiellement une adaptation du moteur de la 250 LM sur un châssis écourté de la 275 GTB. L'effort porte déjà sur toutes les possibilités d'allègement. La FIA accepte son homologation non sans réticences.

En 1966 la 275 GTB/C va plus loin, pour un nouveau gain de poids d'environ 150 Kg. L'ingénieur Forghieri, qui avait mis au point la 250 GTO, conçoit un châssis et une carrosserie en aluminium très mince tandis que la robustesse de l'arrière est assurée par de la fibre de verre. La réalisation de la carrosserie est un tour de force de Scaglietti. Le talon d'Achille est la roue à rayons. L'homologation est partielle suite à des incohérences du dossier concernant les carburateurs.

12 GTB/C sont produites. La plupart d'entre elles auront un bon historique de compétition. L'une d'elles restée en excellent état et considérée comme la plus authentique du groupe après un usage parcimonieux a été vendue pour € 5,7M incluant premium par RM Auctions le 10 mai 2014.

Les collectionneurs préfèrent les voitures offrant un palmarès d'époque. Le talent de Wayne Obry et de sa société MPI dans le Wisconsin permet de rétablir les Ferraris usagées dans la configuration et les performances de l'état neuf. Une 275 GTB/C restaurée par Obry est estimée $ 12M à vendre par Gooding à Pebble Beach le 19 août, lot 120.

Je vous invite à regarder la vidéo en vues fixes partagée par la maison de ventes. Voici aussi le lien vers le communiqué de presse.



29 juil. 2017

Un Jet sans Ailes sur un Châssis Ferrari

La famille Marzotto est propriétaire d'une très importante usine de textiles à Valdagno en Vénétie. Les quatre fils du comte Gaetano s'engagent très jeunes dans la compétition automobile au moment même où Enzo Ferrari crée sa société. Ils sont les clients les plus importants des tout débuts de Ferrari, possédant et utilisant en compétition une vingtaine de voitures de la marque.

Le jeune comte Giannino Marzotto a acheté dès 1948 une Ferrari 166 Inter. Il ne manque pas de flamboyance à cette époque où les amateurs fortunés peuvent encore concurrencer les professionnels. Sa victoire en complet veston aux Mille Miglia 1950 sur une Ferrari 195S est restée dans les annales.

Les quatre frères ont participé à cette compétition, tous avec des Ferraris. La 166 MM d'Umberto Marzotto, lourdement accidentée, revient en usine et est fournie l'année suivante à Giannino. Au risque de déplaire à Enzo, Giannino confie ce châssis à la Carrozzeria Fontana qui n'est pas un sous-traitant habituel de Ferrari.

S'appuyant sur les compétences aéronautiques de Franco Reggiani, Fontana construit une voiture en forme de jet sans ailes amicalement surnommé L'Uovo (l'Oeuf) plus légère de 150 Kg que les Ferrari régulières. La recherche d'efficacité de Marzotto porte ses fruits puisque il conduit son Uovo à la victoire dans le Giro della Toscana.

Cette Ferrari 166 MM/212 Export qui ne ressemble à aucune autre voiture est estimée $ 5M à vendre par RM Sotheby's à Monterey le 18 août, lot 152.

Aston Martin vise Le Mans

Quand David Brown achète Aston Martin et Lagonda en 1947, son ambition est de mener Aston Martin jusqu'à la victoire aux 24 heures du Mans en s'appuyant sur les idées innovantes des deux marques. Douze ans d'efforts opiniâtres suivront.

La vaillante DB3S parvient à se faufiler jusqu'aux podiums des compétitions d'endurance mais elle n'est pas assez puissante face à Ferrari, Jaguar et Maserati. Les changements de règlement au Mans limitant le volume dans la catégorie des prototypes sont favorables à Ferrari et à Aston Martin. Les deux marques lancent des développements ambitieux : la 250 TR en 1957 pour Ferrari et la DBR1 (David Brown Racing 1) en 1956 pour Aston Martin.

Le premier exemplaire de la DBR1 (DBR1/1) est assemblé en 1956 avec un moteur de 3 litres parfois remplacé jusqu'en 1958 par un moteur de 2,5 litres pour respecter le nouveau règlement de certaines compétitions. En 1957 une seconde DBR1 est assemblée ainsi de deux DBR2 avec un moteur plus gros qui sera porté en deux étapes à 4,2 litres. Trois autres DBR1 suivront.

Ce modèle est parfait pour les 1000 Km Nürburgring gagnés en 1957 par DBR1/2, 1958 par DBR1/3 et 1959 par DBR1/1. Profitant de la malchance de Ferrari, DBR1/2 réalise le rêve de son patron en gagnant les 24 heures du Mans en 1959. Après une dernière victoire de DBR1/2 à Goodwood Aston Martin arrête la compétition sans doute suite à des difficultés financières et les voitures continuent leur carrière dans des équipes privées.

Méticuleusement maintenue au plus près possible de sa configuration de 1959 avec la coopération de l'ancien chef concepteur du projet, DBR1/1 sera vendue par RM Sotheby's à Monterey le 18 août, lot 148. Elle est équipée d'un moteur réplique de configuration correcte et accompagnée de son moteur 3 litres de 1959. Le communiqué de presse du 23 juin prévoit un résultat au-delà de $ 20M.

Wikipedia et plusieurs sources sur le web depuis 2013 indiquent que DBR2/1 a été vendue pour £ 9,2M en vente privée.

Je vous invite à regarder dans le tweet la très courte vidéo partagée par Sotheby's.
Wikimedia partage une image de cette voiture conduite par Carroll Shelby à Sebring en 1958. Attribution : By C5813 (Own work) [CC BY-SA 4.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0)], via Wikimedia Commons

Carroll Shelby Aston Martin DBR1

26 juil. 2017

Maserati au Temps de Moss et Fangio

Stirling Moss aimait donner son avis critique sur les voitures qu'il utilisait en compétition. Son éloge de la Maserati 300 S, avec laquelle il gagna de nombreuses compétitions, est significatif : "one of the easiest, nicest, best balanced sports racing cars ever made".

Lancée en 1955, la 300 S avec son moteur de 3 litres à 6 cylindres en ligne est à la fois une suite de la monoplace 250 F, apogée de Maserati pour la Formule 1, et du modèle de sport A6GCS 2 litres. Le développement n'est pas facile et les premières voitures nécessitent des améliorations de rigidité. La population totale de 300 S est d'environ 26 voitures.

En Formule 1, Juan Manuel Fangio n'a pas pu rester chez Mercedes-Benz qui a abandonné la compétition après l'accident du Mans et il ne s'est pas entendu avec Ferrari. Il revient en 1957 chez Maserati où il retrouve le modèle 250 F qu'il avait mené au succès trois ans plus tôt.

Fangio n'a pas d'engagement avec Maserati pour les compétition de voitures de sport mais comme Moss il aime les voitures de cette marque. Un de ses amis achète pour l'usage du champion une 300 S fabriquée en 1956 et modifiée en configuration de la saison 1957 par l'usine. Avec cette voiture Fangio gagne en 1957 les Grands Prix du Portugal et du Brésil.

La voiture est aussitôt après revendue en Amérique du Sud où le prestige de Fangio est immense et elle continue longtemps sa carrière dans les compétitions locales. Elle n'est pas en matching numbers : son moteur d'origine a probablement été échangé en 1957 avec une autre 300S également possédée par le sponsor de Fangio.

Cette Maserati 300 S carrossée en biplace dans le style de Fantuzzi est estimée $ 6M à vendre par Bonhams à Quail Lodge - Carmel le 18 août, lot 38.

Lotus en Pole Position

Le pilote américain Dan Gurney comprend en 1962 que les voitures engagées dans les compétitions de monoplaces de l'USAC n'ont pas suivi les progrès technologiques de la Formule 1, en particulier le moteur arrière. La solution est en Europe : Gurney invite Colin Chapman à assister aux 500 miles d'Indianapolis.

Ford est engagée dans une analyse similaire : la coopération entre Chapman et Ford génère trois modèles successifs modifiant sur mesure pour Indy la Lotus 25 de la Formule 1 : Lotus 29 en 1963, Lotus 34 en 1964 et Lotus 38 en 1965.

Les pilotes de Lotus sont les meilleurs : Gurney, Jim Clark, A.J. Foyt, et les pole positions sont nombreuses. La suspension volontairement déséquilibrée pour aborder les virages à gauche des ovales Américains est cependant un point faible et il faut attendre 1965 pour que Clark remporte la victoire à Indy avec une Lotus 38. Le circuit d'essence entourant le cockpit angoissait les pilotes.

Trois Lotus 34 ont été construites. 34/2 a un bon historique de pole positions, essentiellement avec Foyt qui l'a modifiée pour la saison 1965. Foyt l'a retirée après la saison 1966 et l'a conservée dans son garage jusqu'en 1992. Elle a été restaurée récemment. Elle est estimée $ 1,8M à vendre par Bonhams à Quail Lodge - Carmel le 18 août, lot 82.

23 juil. 2017

McLaren F1 en Amérique

La McLaren F1 résulte d'une concertation entre les dirigeants du groupe en 1988. Leur domination sur la Formule 1 est totale : Senna et Prost ont gagné 15 des 16 compétitions officielles de la saison. La nouvelle idée est de transposer ce savoir-faire à une voiture de sport homologuée routière qui sera la plus rapide, la plus puissante, la plus confortable et la plus belle de tous les temps.

Produite à partir de 1993 cette voiture monocoque bouleverse effectivement toutes les pratiques de la construction automobile avec des matériaux innovants et de nouveaux composants. L'une d'elles a enregistré 386 Km/h en vitesse de pointe.

Les règles de sécurité ne sont pas les mêmes en Amérique. La position centrale du conducteur est tolérée mais les sièges latéraux pour les passagers ne sont pas admis. Citons parmi les autres différences la hauteur du pare-choc, les phares et le système de refroidissement. Une société nommée Ameritech réalise les modifications nécessaires à la légalisation d'une façon qui puisse être facilement et totalement réversible. 7 F1 sont ainsi traitées autour de 1997.

Le 18 août à Quail Lodge - Carmel, Bonhams vend au lot 73 une F1 fabriquée en 1995 qui fut en 1996 la toute première à être expédiée aux Etats-Unis, transformée par Ameritech et légalisée. Elle a été remise ensuite dans sa configuration d'origine comme presque toutes (ou toutes ?) les F1 Ameritech.

Elle est annoncée comme une voiture de rêve, consignée par son premier propriétaire avec seulement 15 500 Km au compteur et un excellent historique de révisions, dans sa configuration d'origine sans option ultérieure. Avec 64 voitures dans sa version de base la McLaren F1 est cependant moins rare que la Ferrari 250 GTO. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.

Jaguar Lightweight pour Cunningham

Le 18 août à Quail Lodge - Carmel, Bonhams vend au lot 52 une des trois Jaguar E-Type Lightweight achetées à l'origine par le Team Cunningham qui bénéficiait du support officiel de l'usine.

Jaguar E-Type Lightweight est la désignation adoptée pour une série de onze voitures construites simultanément en 1963 et précédées d'un prototype. Bien qu'elles diffèrent de la version de base par l'utilisation extensive d'alliage d'aluminium, elles ne sont pas identifiées dans les documents de la marque.

Jaguar a peu misé sur cette variante, peut-être spécialement conçue à la demande de Briggs Cunningham. La robustesse appelait à de nouvelles améliorations et la concurrence des prototypes Ferrari 250P et des 250 GTO de la même marque laissait peu de place pour un outsider.

La voiture à vendre par Bonhams a une caractéristique exceptionnelle : après une faible utilisation en compétition, elle est encore équipée de son fragile moteur d'origine en alliage. Les seuls changements notoires ont été le remplacement de la boîte de vitesse, cassée dès le 8ème tour aux 24 Heures du Mans en 1963, et du capot prélevé plus tard dans la même course pour équiper une autre Lightweight-Cunningham légèrement endommagée.

Une autre des onze Lightweights a été vendue pour $ 7,4M incluant premium par Bonhams le 19 janvier 2017. Cette voiture avait eu une belle carrière en Australie incluant la première place au 1963 Australian GT Championship mais son moteur d'origine avait explosé en 1966.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Bonhams pour annoncer la voiture de la prochaine vente (suivez le lien dans le tweet).

La Mercedes Jaune

Lorsque Daimler et Benz fusionnent en 1926, Daimler est le partenaire dominant dans un ratio 65-35. Daimler apporte entre autres la marque Mercedes qui devient aussitôt Mercedes-Benz, l'usine de Sindelfingen et son expérience des châssis de sport équipés de moteurs sur-compressés.

Autour de l'ingénieur Ferdinand Porsche les équipes s'emploient à améliorer le haut de gamme avec les Mercedes-Benz Model K et Typ S. Les dimensions hors tout des châssis sont similaires mais le Typ S résulte d'une étude mécanique innovante. Le rééquilibrage des masses et des rigidités améliore la performance.

Le surbaissement de la mécanique apporte une élégance prometteuse aux carrosseries construites sur le Typ S par Daimler Benz ou par des ateliers indépendants avec un très long capot avant. Les trois gros tuyaux proéminents sur le côté droit sont une curiosité qui pouvait symboliser une garantie sur le refroidissement.

Le Typ S est extrêmement robuste et de nombreuses voitures ont survécu parmi les 146 construites en 1927 et 1928. L'appellation normalisée dans la gamme Mercedes-Benz est 26/120/180. Son évolution avec un léger accroissement de volume moteur est la SS.

Voici quelques prix incluant premium pour la 26/120/180. De 1927 : un Sportwagen carrossé à Sindelfingen, vendu pour $ 5M par Gooding en août 2011. De 1928 : un Sports tourer carrossé par Erdmann et Rossi vendu pour $ 4,8M par Bonhams en janvier 2017 et un agressif Boattail speedster carrossé par Murphy vendu pour $ 3,74M par Gooding en août 2010.

Le 19 août à Pebble Beach, Gooding vend une 26/120/180 de 1928 carrossée en Sports tourer par Gläser, lot 154 estimé $ 5M. Voici le lien vers le communiqué de presse (partagé avec deux autres beautés d'avant-guerre).

Cette voiture en très bon état de fonctionnement faisait la joie depuis 1964 de son propriétaire récemment décédé. Peinte en jaune vif, elle ne passait pas inaperçue pendant ses promenades sur les petites routes de son voisinage. Le rugissement de son moteur était également apprécié, tout particulièrement lors de l'enclenchement du sur-compresseur. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Gooding.

22 juil. 2017

La Voiture Préférée de Jo Siffert

Porsche n'avait jamais encore gagné les 24 heures du Mans. Un changement de règlement annoncé après la saison 1968 par l'ACO avec deux classes 3 litres et 5 litres est saisi comme une opportunité. Porsche crée en parallèle les modèles 908 et 917.

Le règlement pour les 5 litres exige que le modèle ait été produit en 25 exemplaires identiques. La motivation de Porsche est si intense qu'ils alignent leurs vingt-cinq 917 dans la cour de l'usine dès avril 1969. Le succès est encore bien loin : la 917 est très difficile à conduire. Aucune d'entre elles ne termine les 24 heures du Mans 1969 et un pilote meurt pendant cette course.

Porsche conçoit aussitôt les améliorations indispensables, aboutissant pour chacun des deux modèles à deux variantes de châssis, Kurz Heck (K) et Lang Heck (LH). La variante courte est plus rapide en vitesse de pointe mais moins stable. Beaucoup de pilotes préféreront la LH.

Le 18 août à Pebble Beach, Gooding vend une importante 917K, lot 44 estimé $ 13M. Voici le lien vers le communiqué de presse.

Cette voiture assemblée en 1970 a aussitôt été engagée dans les séances d'entraînement au Mans, au Nürburgring et à Ehra-Lessien en avril et mai, démontrant la rapidité exceptionnelle du modèle 917K.

Elle est achetée en juin 1970 par Jo Siffert qui ne l'utilise pas en compétition mais la prête pour la préparation du film Le Mans. Elle est une des trois 917K engagées dans ce film pour lequel elle a également servi de voiture caméra pour les prises de vues en pleine vitesse. Cette 917K est la voiture préférée de Siffert et conduit la procession de ses funérailles en octobre 1971.

La voiture est trouvée 30 ans plus tard en banlieue Parisienne, couverte de poussière mais non modifiée à part l'absence du moteur. Le nouveau propriétaire a acheté un moteur authentique de la même série. La restoration complète a été supervisée par un ancien ingénieur de Porsche qui conservait l'accès aux archives d'usine du programme 917.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Gooding.

19 juil. 2017

Les Dollars du Lord Anglais

Le rendement de la toute première frappe du dollar d'argent, le 15 octobre 1794, est décevant. Les premières unités sont parfaites mais la presse n'est pas stabilisée et la fin de la série n'est pas utilisable. 1758 pièces sont émises sur une attente de 2000.

Les meilleurs survivants d'aujourd'hui étaient donc aussi les premières pièces frappées. Cela ne fait aucun doute pour le spécimen Cardinal. Bénéficiant d'un polissage exceptionnel et d'une frappe parfaite qui était probablement individuelle, ce dollar de prestige a été vendu pour $ 10M incluant premium par Stack's Bowers le 24 janvier 2013.

La guerre avec l'ancienne puissance coloniale est terminée depuis novembre 1783. Les visiteurs anglais sont bien accueillis. Un gentleman farmer nommé William Strickland futur 6th baron of Boynton est arrivé le 20 septembre 1794. Cet économiste qui vient pour étudier les prix et salaires de l'agriculture Américaine est introduit dans les meilleurs cercles.

Strickland repart pour l'Angleterre en juillet 1795 avec une petite collection de pièces de monnaie incluant 35 pièces fédérales qui ont très probablement été obtenues par lui directement à la US Mint. L'ensemble fait surface en 1964 dans un inventaire pour vente des biens du 4th baron St Oswald, descendant du gendre de Strickland.

Oubliée dans un cabinet Chippendale depuis le début du XIXème siècle, la collection Strickland était restée dans son état d'origine, sans aucune addition. Les deux flowing hair dollars de 1794 sont parmi les plus spectaculaires de ce type. L'un d'eux gradé Mint State 66+ par PCGS est le meilleur après le spécimen Cardinal. Il a été vendu pour $ 5M incluant premium par Stack's Bowers le 30 septembre 2015. Une pièce d'une autre provenance a reçu le même grade par PCGS.

L'autre dollar de la collection des Lords vient immédiatement derrière, en position 4 du condition census. Gradé MS-64 par PCGS, il sera vendu par Stack's Bowers à Denver le 3 août, lot 2113.

Ce premier dollar US est extrêmement rare en Mint state. En plus des quatre exemplaires discutés ci-dessus, seules deux pièces sont considérées dans cet état par PCGS, gradées MS-63+ et MS-62+.

16 juil. 2017

Dentelles Louis XV

En 1915 la maison de haute couture Margaine-Lacroix établie 19 boulevard Haussmann à Paris habille une centaine de poupées en garçons et filles sur un modèle unique de 56 cm de haut créé par Albert Marque, un sculpteur spécialisé dans les portraits d'enfants.

Les poupées sont exposées dans la boutique mais cette sensationnelle anthologie du costume n'a pas été documentée. Beaucoup d'entre elles ont disparu. La quantité de 100 est seulement une extrapolation des numéros indiqués sur la tête à l'encre rouge. Aucune liste n'a survécu. Cette opération éphémère voulait sans doute être un démonstrateur du savoir-faire de la couturière.

Les poupées 5, 7, 12 et 94 ont été discutées dans cette chronique. Le 12 juillet 2009 la poupée 21 avait été vendue pour $ 263K incluant premium par Theriault's. Certaines poupées ont conservé un titre au crayon sur le pied. La poupée 94 nommée Lorraine a été vendue pour $ 310K incluant premium par Theriault's le 10 janvier 2015.

Le 1er août à Orlando, Theriault's vend la poupée 50, lot 34 estimé $ 140K.

La blonde demoiselle est habillée d'une robe longue en laine et d'un chemisier en satin. Elle est jolie avec ses quatre pièces de fine dentelle : le bonnet, l'écharpe ou jabot plié devant le cou et la paire de manchettes.

Sa première propriétaire était une toute petite fille. Les parents conscients de la fragile beauté de la poupée lui avaient demandé de ne pas jouer avec. Elle a tenu cet engagement pendant 86 ans avant de la vendre aux enchères par Theriault's en 2002.

Maintenue dans un excellent état d'origine, la poupée a conservé son titre au crayon : Paulette Louis XV. Par l'opulence de son bonnet elle est plus une paysanne qu'une marquise. Le règne de Louis XV est resté pendant longtemps un symbole de luxe décontracté entre les fêtes galantes de la Régence et les coquetteries campagnardes de la reine Marie-Antoinette, la femme de son successeur. Paulette désigne à la fois un sympathique diminutif du prénom Paule et un impôt controversé de l'Ancien Régime.

Le Pré Secret de Brett Whiteley

Brett et Wendy Whiteley veulent une vie de passion. Wendy abandonne sa propre ambition artistique pour seconder son mari. Brett croit qu'un artiste peut influencer le monde. Après l'échec total d'une oeuvre monumentale en techniques mixtes contre la guerre du Vietnam, le reste de sa carrière marque son besoin de définir sa relation au monde, exacerbée par son addiction à l'alcool et aux drogues.

L'art de Brett Whiteley est d'une grande variété. Le corps de Wendy est le trésor de l'univers clos de son atelier à Sydney. L'immensité de la mer symbolise l'ampleur de son ambition mais est aussi un prétexte à retrouver la passion pathologique de Gauguin en Océanie. Le héron volant contre le vent est autobiographique.

En 1979 Brett peint une série de deux huiles sur toile montrant The Paddock à deux moments différents du jour avec des couleurs vives inspirées par Matisse. En Australie, paddock est synonyme de pâturage.

Ce paysage vu d'en haut est sans limites, sans perspective et sans chemin logique. Il a été localisé dans l'intérieur des terres à 180 Km de Sydney mais l'incohérence des ombres révèle qu'il sort surtout de l'imagination de l'artiste.

The Paddock - Early Morning a été vendu pour A$ 650K incluant premium par Deutscher-Menzies en septembre 2004. The Paddock - Late Afternoon a été vendu pour A$ 1,56M incluant premium par Menzies le 23 juin 2011. Cette peinture 202 x 152 cm est estimée A$ 1,6M à vendre par Menzies à Melbourne le 10 août, lot 40.

Brett et Wendy divorcent en 1989 mais Wendy a retrouvé après la mort de Brett l'autorité morale sur son art. Elle crée en 1992 sur un terrain en friches à Lavender Bay un jardin paysager qu'elle nomme Wendy's Secret Garden, conçu comme une oeuvre d'art géante pour laquelle elle apprend l'horticulture. Considérés rétroactivement, les Paddocks de 1979 n'étaient pas un délire mais un désir atteignable.

15 juil. 2017

Jour de l'An à la Nouvelle-Orléans

La ruée vers l'or de Californie a pour effet immédiat de déséquilibrer la parité entre l'or et l'argent. De 1850 à 1852 le prix de l'argent dans une pièce est supérieur à sa valeur monétaire. Il est bien tentant de les acquérir pour les fondre et les survivantes sont rares. Un amusant concours de circonstances est à l'origine de la plus rare de ces variantes, le demi-dollar 1853-O no arrows no rays.

Le 1er janvier 1853 les dirigeants de l'usine de New Orleans célèbrent la nouvelle année en lançant une petite production. Le lendemain un commentateur de la presse locale raconte qu'il a vu les nouveaux demi-dollars d'argent ainsi que des pièces d'or de vingt dollars.

Aucun gouvernement n'aime gaspiller son argent. Le Mint Act du 21 février 1853 décide une réduction de 7 % du poids d'argent dans un demi-dollar. Pour les identifier sans les peser, les deux faces sont modifiées : des flèches sont ajoutées autour de l'identification de l'année ainsi que des stries sur le fond derrière l'aigle.

Les demi-dollars 1853-O no arrows no rays deviennent soudain non conformes aux prescriptions du gouvernement. Ils ne seront identifiés dans aucun registre.

Quatre exemples sont connus. Ces pièces avaient circulé : la première d'entre elles découverte en 1881 est la seule en très bel état, gradée VF-35 par PCGS. Cette pièce a été vendue pour $ 320K incluant premium par Stack's en octobre 2006. Elle sera vendue le 3 août à Denver par Stack's Bowers, lot 2099.

La régularité de cette 1853-O ne fait aucun doute. La matrice de revers est la même que pour le 1852-O et il est certain que la matrice de la face datée avait été livrée à la fin de l'année précédente selon la pratique habituelle par l'usine centrale de Philadelphie. L'identification avec la production festive du 1er janvier est très probable.

La rareté du demi-dollar 1853-O no arrows no rays est légendaire. L'une des trois autres pièces fut l'avant-dernière entrée dans la collection Eliasberg. Eliasberg termina sa fabuleuse collection complète des variétés régulières Américaines en novembre 1950 par l'achat de son dernier manquant, le 1873-CC No Arrows Liberty Seated dime qui reste encore aujourd'hui le seul exemplaire dans sa variante. Cette pièce a été discutée précédemment dans cette chronique.

14 juil. 2017

Réalisme Italien pour Casablanca

Après guerre, l'illustrateur Luigi Martinati et ses associés Ballester et Capitani se spécialisent dans la conception d'affiches du cinéma Américain, avec des dessins originaux qui ne copient pas les affiches Américaines.

Bien que de telles oeuvres soient éphémères par nature, Martinati réalise des affiches de grande qualité. Il montre les vedettes en gros plan avec un réalisme expressif. Les cinéphiles apprécient cette vérité crédible sans complaisance qui n'efface pas les imperfections des visages et les cernes sous les yeux.

Sorti en 1942 aux Etats-Unis, le film Casablanca produit par Warner Bros répond aux nouvelles attentes du public en mêlant le suspense et l'émotion dans une histoire contemporaine. Les spectateurs reconnaissent leurs espoirs et leurs incertitudes dans le couple vedette du film joué par Humphrey Bogart et Ingrid Bergman.

Casablanca sort enfin en Italie en 1946. Les nombreuses affiches réalisées par Martinati pour ce film sont considérées comme ses chefs d'oeuvre. Le 29 juillet à Dallas, Heritage vend une affiche sur lin de grand format 140 x 200 cm 4-fogli en bel état qui est le seul exemplaire connu dans sa variante. Elle est estimée au-delà de $ 180K, lot 86354.

Le Caissier et le Trésorier

Aux Etats-Unis les premiers billets de banque modernes sont les Demand notes émis en 1861 pour financer l'effort de guerre. A partir de cette date tous les billets fédéraux portent la signature du Register of the Treasury, une position créée la même année, et du Treasurer of the United States. En pratique ces signatures sont marquées sur les billets par des employés.

Certains types de billets restent inchangés pendant plusieurs décennies. La conjonction des deux signatures permet d'identifier la période d'émission. La classification de Friedberg (Fr.) enregistre pour chaque type les sous-variantes liées aux signatures. Le numéro de série peut fournir une information sur la chronologie de l'impression mais intéresse moins les spécialistes.

Le Bills of Exchange Act 1882 transforme les Gold certificates en billets payables au porteur. Ils sont retirés de la circulation et interdits d'utilisation après le Gold Reserve Act de 1934. Les possesseurs se précipitent pour échanger ces billets pendant qu'il est encore temps et les fortes dénominations survivantes deviennent extrêmement rares.

Le 14 juin 2013 à Memphis pendant l'International Paper Money Show, Heritage Auctions révèle un trésor découvert dans une vieille boîte par un propriétaire qui en ignorait la valeur : quatre gold certificates de type 1882 en $ 500 et $ 1000 en bon état :

$ 500 Fr. 1215d, Rosecrans-Hyatt (1887-1889) No. C13680
$ 1000 Fr. 1218d Rosecrans-Huston (1889-1891) No. C23668
$ 1000 Fr. 1218e Rosecrans-Nebeker (1891-1893) No. C26834
$ 1000 Fr. 1218f Lyons-Roberts (1898-1905) No. C65825

Après avoir été gradés VF35 ou Apparent VF35 par PCGS, les quatre billets ont été vendus par Heritage le 14 janvier 2014. Les résultats incluant premium ont été : $ 1.4M (1215d), $ 880K (1218d), $ 880K (1218e), 294K (1218f).

Avec dix exemples connus récemment portés à onze, le 1218f était la moins rare des quatre pièces du trésor. Ce billet gradé VF35 est cependant le plus beau Fr. 1218f. Il est estimé $ 300K à vendre par Heritage à Denver le 3 août, lot 20078.

12 juil. 2017

En Attendant l'Aubaine de l'Homme Blanc

C.M. "Charlie" Russell est attiré irrésistiblement par le Wild West. Une courte période passée en 1886 avec les Blackfeet le persuade de la bonne volonté originelle des tribus du Montana à l'égard des blancs. La ruée vers l'or a tout gâché quand les aventuriers sans scrupules ont traversé le territoire des tribus.

Charlie fait toute sa carrière d'artiste dans le Montana. En 1896 il épouse la jeune Nancy qui partage sa vision. En 1897 le jeune couple transfère son atelier dans la petite ville de Great Falls fondée 14 ans plus tôt. Aujourd'hui dans cette ville le C.M. Russell Museum Complex est dédié à la vie de pionnier et à l'oeuvre du "cowboy artist".

Les peintures et aquarelles de Charlie Russell traitent les histoires des deux communautés y compris leurs conflits internes et externes. L'un de ses thèmes favoris est le groupe d'Indiens guettant l'arrivée éventuelle des blancs qui leur apporteront l'aubaine de leurs stupéfiantes marchandises. Opposé aux progrès symbolisés par le chemin de fer, Charlie exprime sa sympathie pour les Natives et fustige le leurre de sa propre civilisation.

Le 29 juillet à Reno, The Coeur d'Alene Art Auction vend Approach of the White Men, huile sur toile 61 x 86 cm peinte en 1897, lot 155 estimé $ 1,5M. Les trois éclaireurs à cheval sont arrêtés sur un tertre pour observer la plaine au lever du soleil. Ils sont suivis jusqu'à l'horizon par une longue file de cavaliers. Voici le lien vers cette maison de ventes spécialisée dans l'art du Wild West.

La même maison de ventes a vendu le 30 août 2005 pour $ 5,6M incluant premium une huile sur toile de dimensions similaires peinte en 1918. Intitulée Piegans, elle montre un groupe de cavaliers Indiens qui avancent pacifiquement avec des étendards. Les couleurs du début du jour sont plus vives.

Vol au-dessus d'Aristarque

A la fin de la phase de développement du programme Apollo, les engins inhabités Lunar Orbiter apportent une meilleure connaissance de la Lune. Les cinq missions effectuées en 1966 et 1967 sont un succès total permettant le choix par la NASA des sites d'alunissage, la cartographie de la face visible et de la face cachée avec une résolution meilleure que 60 mètres, et la photographie de quelques sites avec une résolution d'environ 1 m.

La technique d'imagerie est conçue par Eastman Kodak. Deux objectifs de distance focale 610 et 90 mm convergent vers un film argentique 70 mm développé et scanné sur place. En tout les cinq missions ont envoyé à la Terre par video analogique 2180 images de haute résolution et 882 images couvrant la surface totale de la Lune.

Le point le plus brillant de la Lune, observé pour la première fois en 1645, est le cratère Aristarque. Il a été créé par l'impact oblique d'un météorite, avec un diamètre de 40 Km, une altitude maximum de 2 Km par rapport à la plaine environnante et une profondeur maximum de 3,7 Km. La luminosité est liée au fait que sa création n'excédant pas 450 millions d'années son érosion est encore limitée. Des phénomènes radioactifs subsistent.

La couverture haute résolution d'Aristarque a été effectuée en 4 images télé-panoramiques par Lunar Orbiter V en août 1967. Le cratère était trop accidenté et trop atypique pour y tenter une mission humaine. Deux assemblages photographiques seulement ont été effectués avec format hors tout de 130 x 146 cm. L'un d'eux est conservé au George Eastman House à Rochester NY. L'autre est estimé $ 100K à vendre par Sotheby's à New York le 20 juillet, lot 13.

Les techniques d'images ont complètement changé. Depuis 2007 le Lunar Orbiter Image Recovery Project réalise une conversion digitale des images les plus intéressantes des Lunar Orbiters. Les meilleures d'entre elles incluant la toute première image du croissant de Terre vu de la Lune atteignent une netteté spectaculaire par traitement numérique.

8 juil. 2017

Le Nouveau Shekel des Zélotes

Les relations entre le gouvernement impérial Romain et la Judée sont difficiles. La révolte insurrectionnelle éclate en 819 AUC et les Zélotes s'emparent de Jérusalem. Une nouvelle ère commence, avec l'an 1 de la libération d'Israël.

Le pouvoir Zélote est centré sur l'immense bâtiment forteresse du Temple dans lequel les stocks d'argent permettent de créer et maintenir un monnayage. La nouvelle référence est un shekel d'Israël de 25 mm et environ 14 g donnant un successeur au shekel de Tyr dont la production venait d'être stoppée. Des demi-shekels et quarts de shekels sont également lancés.

Un shekel daté de l'an 1 qui a été vendu pour $ 1,1M incluant premium par Heritage le 8 mars 2012 était peut-être un prototype de la phase d'installation de la production révolutionnaire. Un quart de shekel de la même année a été vendu pour $ 900K incluant premium dans la même vente.

Le 3 août à Denver, Heritage vend un quart de shekel daté de l'an 4, lot 30096 estimé $ 350K. Cette émission de 15 mm et environ 3 g a un nouveau dessin simple et plaisant, avec d'un côté une gerbe de trois branches de palme et de l'autre côté une guirlande de palmes. La pièce à vendre a une frappe nette et est très bien centré. Trois autres exemplaires sont connus.

Le début de cette nouvelle année, 69 de notre calendrier actuel, est critique à Jérusalem avec à la fois une guerre civile entre les factions Juives et la nouvelle campagne de l'armée Romaine dirigée par Vespasien. Cette émission est probablement le tout dernier quart de shekel des Zélotes.

L'année suivante les Romains prendront Jérusalem et détruiront la ville et le Temple. Le général victorieux est Titus, fils de Vespasien et futur empereur. Un aureus de 18 mm produit à son effigie pour honorer cette victoire a été vendu pour $ 960K incluant premium le 9 mars 2012, également par Heritage.

5 juil. 2017

Un Chirurgien sur le Champ de Bataille

Une collection unique en son genre de quatre kits de chirurgie accompagnés de quelques documents avait été annoncée en 2011 par une maison de ventes du Massachusetts. Voici le lien vers le communiqué de presse partagé par Auction Publicity. Je l'avais discutée à cette époque mais le lot avait été retiré avant la vente.

Constituée des mêmes pièces, la collection est estimée $ 50K à vendre en ligne avec une phase d'extension par téléphone par RR Auction le 12 juillet, lot 1. Voici le lien vers le site de la maison de ventes.

Les deux pièces principales sont des trousses d'amputation utilisées sur les champs de bataille par John Warren pendant la Guerre Révolutionnaire Américaine. Elles sont presque complètes de leurs instruments d'époque incluant une scie, un garrot de Petit, des forceps, des couteaux, des ciseaux et des lames de rechange.

De tradition familiale le kit gainé de galuchat avait été offert à John Warren par son frère aîné Joseph. Egalement médecin, Joseph était devenu un général des patriotes. Sa mort en 1775 à la bataille de Bunker Hill a traumatisé John qui s'est aussitôt engagé dans une mission de chirurgie d'urgence, participant directement aux batailles. Les instruments du lot à vendre ont été intensivement utilisés pendant les campagnes de 1776 et 1777.

Les blessures par armes à feu sont profondes et la survie du blessé dépend de la rapidité des secours. Avant le transfert à l'infirmerie, le chirurgien doit stopper l'hémorragie et amputer le membre sur place pour empêcher la gangrène. Les chances de réussite sont d'autant plus faibles que l'anesthésie et l'asepsie n'ont pas encore été conçues.

L'histoire a retenu le Dr. John Warren comme un des fondateurs du Harvard Medical School dont il fut le premier professeur d'anatomie et chirurgie.

Trois décennies après la guerre Américaine, Dominique Larrey, chirurgien en chef de la Garde Impériale puis de la Grande Armée de Napoléon, aura le mérite de faire admettre officiellement la nécessité de ces amputations d'urgence qu'il réalisait lui-même non sans succès avec une dextérité stupéfiante.

2 juil. 2017

Turner sur la Tweed

Joseph Mallord William Turner trouve sa vocation à l'âge de dix ans en coloriant un livre de gravures sur les antiquités anglaises. Il visite ensuite lui-même divers sites touristiques d'Angleterre. Son premier sujet d'intérêt artistique est le dessin d'architecture.

Thomas Girtin a le même âge et la même passion. Quand ils se rencontrent en 1794, ils ont 19 ans. Girtin tire déjà profit de la fluidité de l'aquarelle pour créer des images de monuments et de paysages qui préfigurent le romantisme.

Trois ans plus tard, Turner est enthousiasmé par le château de Norham au-dessus de la Tweed, laissé à l'abandon depuis que l'avènement des Stuart a rendu obsolètes les conflits frontaliers entre l'Angleterre et l'Ecosse. Un matin de très beau temps, le jeune homme se lève avant le soleil pour admirer la couleur du ciel derrière les ruines. L'ambiance est devenue plus importante que le monument.

Comme les autres artistes anglais, Turner travaille en atelier d'après ses croquis. Il ne maîtrise pas bien la peinture à l'huile. Ses premiers chefs d'oeuvres, très admirés à l'exposition de la Royal Academy à Londres en 1798, sont des aquarelles.

L'une d'elles de grandes dimensions, 52 x 74 cm, montre le lever de soleil sur Norham. Elle est estimée £ 500K à vendre le 5 juillet par Christie's à Londres, lot 105.

Cette image est une étude de lumière avec les points forts du ciel et des reflets sur la rivière. Très équilibrée dans sa composition, elle est tout à la fois romantique avec la silhouette des grandes tours, rurale avec le moulin à l'eau qui commence à s'animer, et bucolique avec les vaches qui descendent de la colline pour tremper leurs pattes dans le gué.

Turner accompagne cette exposition de 1798 d'une citation dans le catalogue. Il a sélectionné quatre vers des Saisons par le poète local du sud de l'Ecosse, James Thomson. Contemporain de Rousseau et admiré par Voltaire, précurseur de Robert Burns, Thomson vantait les mérites de la nature avec des mots qui émouvaient le jeune artiste. Après les guerres Napoléoniennes, Turner ajoutera une dimension pacifiste à ce penchant poétique en cherchant à retrouver dans toute l'Europe les observations et arguments de Byron.

L'Homme de Douleur

A Seville où il fait toute sa carrière, Bartolomé Esteban Murillo est isolé des académismes. Profondément original dans son approche humaniste des thèmes religieux, il promeut la piété en montrant que le Christ et les saints étaient des êtres humains, renforçant ainsi l'idée simple selon laquelle les Evangiles et les hagiographies sont des exemples à imiter.

Le 5 juillet à Londres, Sotheby's vend un Ecce Homo, huile sur toile 64 x 53 cm peinte par Murillo autour de 1670 ou un peu avant, lot 32 estimé £ 2M. Cette oeuvre avait été vendue pour £ 2,47M incluant premium par Christie's le 8 décembre 2005.

Le Christ est vu à mi-corps sur un fond noir, dans une composition très proche de l'Ecco Homo de dimensions similaires peint par Titien en 1547, actuellement au Museo del Prado. Il est seul sans environnement narratif face à ses douleurs physiques et morales avec les attributs de la dérision : la corde liant les mains, la robe rouge qui ne couvre pas le corps, la couronne d'épines et le sceptre de roseau.

L'attitude est cependant complètement différente. L'homme de douleur par Titien est presque de profil, avec une barbe trop épaisse. Au contraire, l'Ecce Homo de Murillo est vu de face. Les yeux baissés et la bouche songeuse montrent que cet homme est suffisamment fort dans sa tête pour surmonter les souffrances et les défis.

1 juil. 2017

Le Greco dans la Contre-Réforme

El Greco arrive à Venise vers 1567. Il est ambitieux et ses idées artistiques sont originales. Il s'établit à Rome en 1570 et crée un scandale en proposant au pape de repeindre le Jugement Dernier de la Chapelle Sixtine. Il a plus d'ennemis que d'amis et a besoin de patrons. Il tente sa chance en 1577 en Espagne à la cour de Philippe II.

Sa première grande commande n'est cependant pas pour Madrid mais pour Tolède où des clients humanistes lui confient la décoration de l'église de Santo Domingo el Antiguo. Il réalise neuf peintures pour cette église entre juillet 1577 et septembre 1579.

Né en Crète, el Greco est probablement de religion grecque orthodoxe. Son art est pourtant acclamé par les catholiques de Tolède qui apparaissent comme remarquablement tolérants malgré les prescriptions du Concile de Trente d'une stricte interprétation des écritures saintes.

L'oeuvre majeure de ce début Espagnol est El Espolio, une huile sur toile 285 x 173 cm réalisée pour la sacristie  de la cathédrale de Tolède. Au milieu d'une foule dense, le Christ est dépouillé de son manteau. La présence au premier plan des Trois Maries, inventée par l'artiste, crée cependant un petit scandale.

Le 6 juillet à Londres, Christie's vend une huile sur toile 64 x 93 cm peinte par el Greco à la même période sur le thème des adieux du Christ à la Vierge. Le Christ fait un geste du doigt pour montrer le chemin de Jérusalem. Cette scène absente de la bible avait été considérée comme un épisode nécessaire par certains moines du Moyen-Age désireux de compléter la biographie du Christ. Elle est estimée £ 4M, lot 34.

Les deux personnages sont vus à mi-corps dans une composition horizontale hardie pour l'époque. Ils n'ont pas besoin de se regarder pour exprimer une émotion intense : le Christ pense à sa Mission et Marie sait qu'aucun argument n'empêchera son départ. Le réalisme des visages et la beauté des couleurs marquent l'influence de Titien. L'auréole en forme d'étoile est lumineuse.

A Madrid le respect du dogme continue à prévaloir contre la qualité artistique. El Greco ne réussit pas à travailler pour le roi. La Réforme était probablement jugée moins menaçante à Tolède qu'à Madrid. Contraint à une carrière provinciale, il s'établit désormais définitivement à Tolède. La conversion d'el Greco au catholicisme n'a pas été démontrée.