2 juil. 2017

Turner sur la Tweed

Joseph Mallord William Turner trouve sa vocation à l'âge de dix ans en coloriant un livre de gravures sur les antiquités anglaises. Il visite ensuite lui-même divers sites touristiques d'Angleterre. Son premier sujet d'intérêt artistique est le dessin d'architecture.

Thomas Girtin a le même âge et la même passion. Quand ils se rencontrent en 1794, ils ont 19 ans. Girtin tire déjà profit de la fluidité de l'aquarelle pour créer des images de monuments et de paysages qui préfigurent le romantisme.

Trois ans plus tard, Turner est enthousiasmé par le château de Norham au-dessus de la Tweed, laissé à l'abandon depuis que l'avènement des Stuart a rendu obsolètes les conflits frontaliers entre l'Angleterre et l'Ecosse. Un matin de très beau temps, le jeune homme se lève avant le soleil pour admirer la couleur du ciel derrière les ruines. L'ambiance est devenue plus importante que le monument.

Comme les autres artistes anglais, Turner travaille en atelier d'après ses croquis. Il ne maîtrise pas bien la peinture à l'huile. Ses premiers chefs d'oeuvres, très admirés à l'exposition de la Royal Academy à Londres en 1798, sont des aquarelles.

L'une d'elles de grandes dimensions, 52 x 74 cm, montre le lever de soleil sur Norham. Elle est estimée £ 500K à vendre le 5 juillet par Christie's à Londres, lot 105.

Cette image est une étude de lumière avec les points forts du ciel et des reflets sur la rivière. Très équilibrée dans sa composition, elle est tout à la fois romantique avec la silhouette des grandes tours, rurale avec le moulin à l'eau qui commence à s'animer, et bucolique avec les vaches qui descendent de la colline pour tremper leurs pattes dans le gué.

Turner accompagne cette exposition de 1798 d'une citation dans le catalogue. Il a sélectionné quatre vers des Saisons par le poète local du sud de l'Ecosse, James Thomson. Contemporain de Rousseau et admiré par Voltaire, précurseur de Robert Burns, Thomson vantait les mérites de la nature avec des mots qui émouvaient le jeune artiste. Après les guerres Napoléoniennes, Turner ajoutera une dimension pacifiste à ce penchant poétique en cherchant à retrouver dans toute l'Europe les observations et arguments de Byron.