21 sept. 2017

Caché dans le Parc

Cecily Brown s'engage dans la peinture dans les années 1990 avec un objectif inédit mais somme toute très logique : le spectateur devra être fasciné par l'oeuvre au point de ne pas pouvoir en détacher son regard. Elle construit sa recette avec des éléments simples : le grand format, l'impasto, le sexe sans honte.

Ses peintures sont un mélange de couleurs en couches épaisses. La chair est repérable par sa couleur mais souvent cachée dans les plis de l'impasto. Le spectateur ne peut pas percevoir dans un seul angle toutes les subtilités cachées de la composition et reste devant la toile jusqu'à ce qu'il croie avoir élucidé tout son mystère. Dans sa technique elle associe les chairs de Lucian Freud avec les tourments de Francis Bacon dans une frontière entre l'expressionnisme et l'abstraction qui rappelle de Kooning.

Peinte vers la fin de cette première période en 1998 avec un titre aguichant et des fesses nues au premier plan, The girl who had everything, huile sur toile 253 x 280 cm, a été vendue pour £ 1,87M incluant premium par Sotheby's le 28 juin 2017.

L'artiste manipule avec un humour malicieux les envies des voyeurs. Au tournant des années 2000 elle sait que son art a acquis une telle réputation pornographique qu'elle n'a même plus besoin de cacher du sexe dans ses compositions. Sans changer de technique elle tourne alors tranquillement sa peinture vers d'autres sujets comme l'illustration de poèmes, de comédies musicales ou de films mentionnés en clair dans ses titres.

Peinte en 2004, Park est une huile sur lin de cette seconde période. Les deux éléments 196 x 140 cm chacun de ce diptyque ont une densité opposée : à gauche un jardin clairsemé, à droite une végétation luxuriante, le tout sans imagerie érotique.

Park a été discuté dans cette chronique avant d'être vendu pour £ 420K incluant premium par Phillips de Pury le 12 octobre 2011. Cette oeuvre revient le 6 octobre à Londres dans la même maison de vente devenue entre temps Phillips, lot 7 estimé £ 400K.