2 sept. 2017

De l'Autre Côté de l'Océan

Les richesses de Cathay et Cipango sont bien tentantes et les ambitions de Cristoforo Colombo sont démesurées malgré ses origines modestes. En traversant en pleine mer d'est en ouest, il court-circuitera les dangereuses voies commerciales traversant l'Asie, personne ne contestera sa prise de possession des territoires visités et il sera riche, noble et puissant.

Devenu Cristobal Colon, il cherche des protecteurs au Portugal et en Espagne sans rien céder de ses exigences extravagantes. En 1492 le trésorier de la maison de Castille observe que le gain espéré est bien plus grand que l'investissement et la reine Isabelle accepte le projet.

L'aller et retour réussi de deux des trois navires de la flotte de Colomb au travers de l'océan Atlantique, du 3 août 1492 au 4 mars 1493, est un exploit sans précédent au cours duquel les officiers ont dû calmer les marins affolés d'avoir perdu la terre de vue. Six terres habitées ont été découvertes et Colomb a su reconnaître leur caractère insulaire.

Colomb écrit une lettre qui n'est pas du tout un récit des nombreuses péripéties du voyage mais bien un rapport résolument optimiste destiné à encourager le financement d'une seconde expédition encore plus ambitieuse. Les indigènes appelés Indiens sont timides et faciles à satisfaire bien qu'il faille se méfier de quelques anthropophages. Il n'y aura pas d'obstacle à l'exploitation de l'or et des épices.

Probablement écrite en espagnol par Colomb lui-même, la lettre est publiée à Barcelone en mars ou avril 1493. Traduite en latin, elle est éditée à Rome vers le mois de mai de la même année. La première édition illustrée, non localisée et non datée, est appelée première édition de Bâle parce qu'elle anticipe l'édition plus ambitieuse réalisée dans cette ville avec les mêmes gravures sur bois en 1494.

Les éditions de Bâle confirment l'intention politique de la lettre. Quatre images naïves illustrent la vie dans les îles et leur carte, au côté d'un portrait glorieux du roi Ferdinand et du blason de l'Espagne, renforçant l'information de l'allégeance de Colon aux Reyes Catolicos contre les prétentions de récupération par le Portugal.

Relié au XIXème siècle en compagnie d'un autre texte à la gloire de Ferdinand, un très rare exemplaire complet de la seconde édition de Bâle est estimé $ 700K à vendre par Bonhams à New York le 26 septembre, lot 2. Ce livre était resté invendu par Nate D. Sanders Auctions le 26 janvier 2017.

Près de dix ans plus tard Amerigo Vespucci aura enfin l'intuition que les îles et côtes découvertes de l'autre côté de l'Atlantique n'étaient pas les Indes mais un Nouveau Monde.