30 sept. 2017

Dernière Lueur

Fragilisée par l'hypertension et les excès, la santé de Mark Rothko se détériore au début de 1968. Il n'écoute pas les recommandations de ses médecins concernant ses conditions de vie. En janvier 1969 Mark et sa femme se séparent. Il se réfugie dans son atelier.

Il applique cependant une des prescriptions : pour éviter la fatigue, il limite le format de ses peintures à 40 inches de haut. Il utilise désormais l'acrylique sur un papier à monter sur une toile. N'ayant plus guère d'illusions sur l'utilisation de son art pour véhiculer un message émotionnel, il explore les possibilités de sa nouvelle technique pour rechercher la lumière.

Dans cette période qui dure moins de deux ans avant la catastrophe finale, Rothko atteint une nouvelle fois le sublime en faisant jaillir une brillante lumière au travers de couleurs saturées. Bien que les couleurs de plus en plus sombres suivent l'aggravation de sa dépression, il sent à quel point son art est transcendental. Il revient progressivement à de plus grands formats et à des huiles sur toile.

Le 6 octobre à Londres, Christie's vend un acrylique 182 x 98 cm daté du 21 mai 1969, lot 40 estimé £ 4M. La provenance de cette oeuvre est impeccable : elle a été achetée en 1997 par Antoni Tapies à la fille de l'artiste.

Cet opus sans titre est extraordinaire dans son opposition avec la chute vers le sombre. Le centre jaune bordé en haut et en bas par des blocs oranges est un hommage à la lumière pure et peut-être aussi un très bref retour à l'optimisme, comme un point haut dans une cyclothymie.

Un ultime aboutissement de cette phase, une huile sur toile 175 x 137 cm vert sombre sur indigo peinte quelques semaines avant son suicide, a été vendue pour $ 40M incluant premium par Sotheby's le 10 novembre 2014.