31 oct. 2017

Ciel Bleu dans la Nuit

Le surréalisme demande le plus souvent un difficile décodage. Quand il est pratiqué par René Magritte, il trouble parfois le spectateur par la simplicité même du message. La Trahison des images peinte en 1929 est devenue le symbole de ce langage à la fois décalé et poétique.

Avec son titre conçu par Paul Nougé, L'Empire des lumières a une notoriété similaire. Le thème est banal : une vue de nuit d'une banlieue inspirée par le quartier de Bruxelles où Magritte réside.

Les habitants ne sont pas visibles mais on les imagine derrière les fenêtres éclairées. Un lampadaire éclaire la rue avec une efficacité douteuse. En dehors de ces quelques lueurs les ombres sont saturées. Aucune contradiction d'échelle ne vient intriguer le spectateur.

Au-dessus de cette nuit paisible le ciel est bleu, parsemé de nuages blancs. L'artiste pose une question poétique pour laquelle il sait qu'il n'y a pas de réponse : le jour et la nuit sont-ils incompatibles ou bien sont-ils deux éléments complémentaires de la vraie vie ?

La première variante de l'Empire des lumières est terminée en 1949. Cette huile sur toile 49 x 59 cm est estimée $ 14M à vendre par Christie's à New York le 13 novembre, lot 12 A.

L'entourage de l'artiste est enthousiaste et Magritte réalise de nombreuses variantes sur commande au fil des ans. Un Empire des lumières 100 x 80 cm peint en 1952 a été vendu pour $ 11,5M par Christie's le 7 mai 2002.

Personne n'a osé demander si l'Empire des lumières n'était pas tout simplement une vue crépusculaire un peu ratée. Magritte apporte lui-même une continuation troublante bien plus tard avec la Fin du monde. Au même endroit le ciel est devenu noir et dans une meilleure logique l'horizon est encore lumineux. La tête au chapeau rond apparaît comme une menace dans les noires silhouettes des arbres. Cette huile sur toile 82 x 100 cm peinte en 1963 a été vendue pour $ 7M incluant premium par Christie's le 1er novembre 2011.