20 oct. 2017

L'Afrique à Paris

En 1920 Félix Fénéon pose une question dérangeante : les arts lointains iront-ils au Louvre ? Dans le même élan les avant-gardes imaginent de nouveaux styles artistiques réutilisant des éléments Africains.

Les Demoiselles d'Avignon dont les têtes ressemblent à des masques apparaissent désormais comme un précurseur de l'art moderne. Sur le conseil d'André Breton, Jacques Doucet achète cette peinture à Picasso en décembre 1924. Picasso a nié l'influence Africaine sur son exemple séminal d'art primitif.

Man Ray est très à l'aise dans ce foisonnement intellectuel. En 1924 il prend une photo intitulée Black and white pour laquelle il a juxtaposé un masque Africain et une statuette de nu de la Renaissance allemande.

Une autre photo de l'artiste paraît en mai 1926 dans l'édition française du magazine Vogue. Intitulée Visage de nacre et masque d'ébène, elle montre Kiki de Montparnasse avec un masque Baoulé. Les yeux fermés, la muse de Man Ray a la tête posée sur une table sur laquelle l'objet Africain est maintenu vertical par sa main.

Cette image composée simplement de deux ovales parfaits ouvre une vision des opposés dans la meilleure tradition surréaliste : blanc et noir, Europe et Afrique, horizontal et vertical, vivant et objet. Son titre deviendra Noire et Blanche en 1928 sans accord de l'auteur.

Le tout premier tirage argentique de cette photo, en format 21 x 28 cm, a été particulièrement soigné par l'artiste avec les nombreuses retouches répondant à sa conception de la perfection. Aussitôt acheté par Doucet, il fait apparaître Noire et Blanche comme une réponse de Man Ray aux Demoiselles d'Avignon. Ce tirage est estimé € 1M à vendre par Christie's à Paris le 9 novembre, lot 8.

Toujours attentif à sa propre promotion, Picasso ne néglige plus la tendance Africaine. Il promeut a posteriori les Demoiselles d'Avignon comme la pierre angulaire du cubisme et cherche une jeune muse blonde avec un nez épaté. Ce sera Marie-Thérèse.