11 oct. 2017

Proust et les Editeurs

Marcel Proust prépare à partir de 1907 sa grande suite de littérature de fiction intitulée A la Recherche du Temps Perdu. Pour exprimer la vraie vie, il s'écarte résolument du roman narratif pour s'appuyer sur la persistance de la mémoire dans toute son apparente confusion.

Cette approche sans précédent ne persuade pas les éditeurs. En 1912 et 1913 Fasquelle, NRF et Ollendorff refusent de publier la première histoire intitulée Du Côté de chez Swann. Grasset poussé par son directeur Louis Brun accepte à condition que tous les frais soient payés par l'auteur. Le livre sort en novembre 1913.

Comme convenu Proust assure sa propre promotion en préparant des lettres dactylographiées pour les journaux. Il ne s'identifie pas comme l'auteur de cette campagne de marketing qui inclut des éloges dithyrambiques envers lui-même. ll croyait d'ailleurs certainement en son propre génie.

Dès janvier 1914 André Gide agissant pour la NRF et pour Gallimard comprend que son refus de l'année précédente était une erreur stratégique majeure. En mars la NRF fait une offre à Proust pour publier le reste à venir de la série. L'offre sera acceptée mais Proust restera très reconnaissant à Brun de l'accord initial qui lui avait ouvert les portes de la gloire.

L'édition originale de Du Côté de chez Swann inclut cinq exemplaires sur le très prestigieux papier Japon, que Proust offre et dédicace à ses meilleurs amis. Le numéro 1 offert à Léon Daudet a été vendu pour € 600K incluant premium par Sotheby's le 18 décembre 2013 sur une estimation basse de € 200K.

Le numéro 5 offert à Louis Brun a été truffé par son destinataire de précieux courriers autographes de l'auteur concernant ses relations avec les éditeurs et les journaux pendant cette période décisive de mars à mai 1914. Un bibliophile les a ultérieurement reliés avec le livre. Ce volume vient de refaire surface. Il est estimé € 400K à vendre par Sotheby's à Paris le 30 octobre, lot 151.