21 nov. 2017

Bouquets à Montparnasse

Pendant ses études à la Grande Chaumière, Sanyu dessine inlassablement les corps nus des femmes. Malgré sa très bonne compréhension des arts Asiatiques et Occidentaux, son approche est très originale : l'émotion peut provenir de l'équilibre entre les surfaces délimitées par les traits. Les détails figuratifs, les proportions et les perspectives sont sans importance. Cézanne avait raison : l'art ne peut pas copier la nature.

La rencontre avec le flamboyant collectionneur Henri-Pierre Roché en 1929 est décisive pour Sanyu. Ami de Leo et Gertrude Stein, Roché joue un rôle de découvreur de talents dans les communautés d'avant-garde de Montparnasse. Il promet à Sanyu de lui acheter toutes ses futures oeuvres.

Dégagé des contraintes matérielles, le jeune Chinois donne désormais libre cours à sa créativité. Il ajoute la couleur en suivant la recommandation de Roché de pratiquer la peinture à l'huile. Avec cette technique nouvelle pour lui, Sanyu explore les possibilités artistiques d'un thème trois fois centenaire : le bouquet de fleurs dans un vase.

Un fois de plus Sanyu va à l'encontre de toutes les conventions artistiques. Ses couleurs sont très peu contrastées soit en tons pastels soit dans le sombre. Sa couleur préférée est le rose dans une similitude entre la nature morte et le nu qui aurait pu le mener à l'expressionnisme abstrait. Le vase est réduit à son contour sans couleur et sans texture.

Le 22 novembre 2014 à Hong Kong, Christie's a vendu pour HK $ 47M incluant premium un Bouquet de roses dans un vase blanc, huile sur toile 81 x 50 cm datée 10 avril 1931. Le vase attire l'attention uniquement par un léger déséquilibre angulaire. La meilleure visibilité sur les feuilles que sur les fleurs est en opposition avec tous les académismes.

Le 25 novembre dans la même maison de ventes, un Bouquet de marguerites daté janvier 1931 est estimé HK $ 50M, lot 21.

Cette huile sur toile 81 x 45 cm apparaît comme une étude audacieuse d'asymétrie. Les bords blancs en bas et à droite simulent une fenêtre qui décentre le vase par illusion d'optique. Les fleurs sont en deux groupes séparés par des tiges nues. Le groupe du haut qui penche vers la gauche est contre-balancé par la composition des fleurs du bas. Dans cette composition sans perspective le vase stylisé est soit posé soit flottant.