6 nov. 2017

Confrontation avec Bacchus

Cy Twombly a toujours été hypersensible aux violences politiques, qu'elles proviennent du mythe ou de l'actualité. Il réside à Gaète qui abrite aussi une base navale de l'OTAN. L'hypothèse selon laquelle ses séries dédiées à Bacchus ont été déclenchées par les manoeuvres en Méditerranée durant la guerre d'Irak peut être considérée.

Ses Bacchus sont des peintures abstraites constituées par un enchevêtrement de boucles vermillon sur un fond clair de couleur chair. En 2004 le premier ensemble de six inclut des inscriptions tirées du Grec attestant que Bacchus n'est pas ici le dieu des beuveries et des débauches mais est dans son autre rôle de personnification de la folie furieuse.

Ces boucles de lasso au trait large montent et tombent entre le haut et le bas de l'image en une spirale sans fin. Peintes par l'artiste au bout d'un long bâton, elles ne sont pas comparables aux boucles de la proto-écriture des blackboards 35 ans plus tôt. De fines coulures verticales donnent une idée de l'humidité poisseuse du sang ou du vin.

Twombly n'expose pas tout de suite cette première série parce que son format vertical sur 2,66 m de haut n'est pas propice à l'expansion des sentiments et peut-être aussi parce son art doit être suffisamment expressif pour se passer des inscriptions. L'opus V a été vendu pour $ 15,4M incluant premium par Sotheby's le 11 mai 2016.

L'artiste réalise la seconde série en 2005 en huit peintures qui sont immédiatement exposées ensemble par Gagosian à New York. La plus grande variante qui sera plus tard numérotée V, acrylique sur toile 325 x 494 cm, sera vendue par Christie's à New York au lot 15 B le 15 novembre.

En 2008 les peintures V et VII de la série de 2005 sont judicieusement positionnées côte à côte lors d'une exposition temporaire à la Tate Modern à Londres. L'artiste se rend compte qu'il n'a pas donné une ampleur suffisante à sa propre création. Il exécute alors une troisième série de six peintures. Cette ultime série de Bacchus n'est pas l'apothéose d'un dieu hostile mais bien le point culminant de l'effort de toute la carrière de Cy Twombly pour exprimer par l'abstraction les rages aveugles du monde réel.