16 déc. 2017

Electrum à l'Usage d'Artemis

La métrologie des poids est devenue indispensable aux collecteurs de taxes. Son application aux métaux précieux a généré les premières monnaies autour de 700 BCE. L'utilisation du poinçon pour garantir des pièces de métal calibrées est antérieure aux premières vraies monnaies gravées d'un dessin de stries abstraites ou d'un animal. Le commerce, basé sur le troc dans des quantités plus importantes, n'est pas encore concerné.

L'electrum est connu depuis les plus anciennes dynasties Egyptiennes. Cet alliage naturel d'or et d'argent est plus dur que l'or pur. Il est abondant en Ionie à une époque où les techniques de séparation des métaux ne sont pas encore développées. Les premières monnaies d'electrum précèdent de plus d'un siècle les richesses de Crésus basées sur l'electrum de la rivière Paktolos.

L'étalon est le statère dont le poids est variable selon le métal. Les divisions ont été pratiquées dès le début, avec une excellente précision. La plus populaire pour ce qui concerne l'electrum est le trite valant un tiers de statère. Le statère d'electrum pesant autour de 14 g était plus rare. La première utilisation de ces monnaies était sans doute une taxe votive.

Ephèse est un des tout premiers utilisateurs de monnaies. Des monnaies archaïques datent de la période d'un ancien temple d'Artemis détruit par l'eau, le feu ou la guerre au cours du VIIème siècle BCE, près d'un siècle avant la construction du fameux temple qui était considéré comme une des sept merveilles du monde.

Un statère d'electrum ovale émis vers 625-600 BCE montre un grand cerf marchant tête baissée pour brouter. Cet animal est avec l'abeille un des principaux symboles antiques de la déesse Artemis. La comparaison du style et des poinçons permet d'assurer qu'elle a été faite à Ephèse ou pour l'usage d'Ephèse.

Ce statère est le plus ancien modèle connu de monnaie portant une inscription. Dans une écriture paléo-grecque sur toute la longueur au-dessus du cerf, elle est en écriture inversée : le graveur archaïque n'avait pas su pallier le fait que l'image de la pièce est nécessairement inversée par rapport au moule.

Elle est inscrite ΦΑΝΟΣ EMI ΣEIMA. signifiant "Je suis le badge de Phanes". Ce nom n'a pas été décodé : il peut être celui du donateur, du graveur, de l'essayeur ou le surnom d'une divinité. Les linguistes doivent considérer le fait qu'il existe un trite de la même série, avec l'animal dans la même position, où l'inscription réduite au seul nom n'est pas ΦΑΝΟΣ mais ΦΑNEΟΣ.

Deux statères de Phanes sont conservés dans des collections publiques. Trois autres ont été vendus aux enchères : CHF 480K par Tkalec en février 2000, € 345K incluant premium par Gorny und Mosch le 8 mars 2010, € 280K hors frais par Numismatik Lanz le 5 juin 2014. Un autre exemplaire gradé Very Fine par NGC est estimé $ 200K à vendre par Heritage à New York le 8 janvier, lot 32049.