8 déc. 2017

Le Rouleau de la Bastille

Jeune aristocrate, le marquis de Sade croyait que tout pouvait lui être permis dans le faux théâtre de sa propre vie. Il n'a en fait de considération que pour lui-même. Des scandales sexuels de plus en plus graves éclosent dans son sillage. Il est emprisonné par lettre de cachet en 1777 sur demande de sa famille soucieuse de le protéger contre ses propres perversions "sadiques".

Transféré en 1784 à la Bastille après une réaffectation du donjon de Vincennes, Sade n'est plus rien d'autre que Monsieur le 6 selon le numéro de son cachot. Son énergie et sa haine n'ont pas faibli et une libération est impensable. Il n'aura plus jamais la liberté de Gilles de Rais ou Elisabeth Bathory. Il devient écrivain. Il veut être le plus impur de tous les écrivains.

Son premier projet de livre est un catalogue de toutes les perversions, pour lequel il s'inspire de la structure du Decameron. Dans une absence abjecte d'humanisme, filles et garçons sont des jouets de torture et de mort pour le plaisir sexuel des maîtres. Le titre, Les 120 Journées de Sodome, est une allusion aux Mille et Une Nuits des contes orientaux.

En octobre 1785 le brouillon de la première partie est terminé. Malgré son isolement, Sade craint la confiscation. Il recopie son texte en une très petite écriture serrée, sur des feuilles de 11,3 cm de large. L'ensemble destiné à être conservé dans un tube est un assemblage de 33 feuilles collées bout à bout pour une longueur totale de 12,10 m, certaines en recto verso.

Sade a travaillé pour rien. Quelques jours avant le 14 juillet 1789 il parvient au travers des barreaux de sa cellule à joindre sa vocifération au mécontentement populaire croissant. Sa présence à la Bastille est considérée comme une menace pour la sécurité et il est transféré à l'hospice de Charenton sans pouvoir rien emporter avec lui. Il ne reverra jamais ce manuscrit de ses plus atroces fantasmes.

Longtemps considéré comme perdu, le manuscrit fait l'objet d'une première édition par un psychiatre allemand en 1904. Récupéré par une descendante de Sade, il est volé en 1982 puis acquis par un collectionneur de littérature érotique, légalement selon la loi Suisse et illégalement selon la loi Française. Son achat par la société Aristophil avec d'importantes compensations pécuniaires pour toutes les parties concernées a été acclamé par la presse en 2014.

Ce rouleau unique en son genre par son thème, son format, son auteur et son histoire est une pièce majeure de la liquidation d'Aristophil. Il est estimé € 4M à vendre par Aguttes à Paris (Hôtel Drouot) le 20 décembre, lot 39. L'image ci-dessous est partagée par Wikimedia.