10 déc. 2017

Un Haut Lieu du Maoïsme

Autour de 1964 l'art de Li Keran est un éloge exacerbé du Maoïsme. Les troupes de la Révolution traversent les montagnes escarpées de la Longue Marche pour accéder à la tranquillité illimitée des collines. Il n'y a pas d'erreur d'interprétation possible : un poème de Mao accompagne chaque image et les montagnes sont rouge vif.

Pourtant deux ans plus tard la dénonciation des vieilles coutumes périmées est implacable : la Révolution culturelle n'épargne pas Li Keran. Libéré au bout de six ans, il peut reprendre ses pinceaux à condition de respecter les exigences de l'art officiel, incluant des peintures monumentales des hauts lieux du Maoïsme pour les bâtiments officiels et les cadeaux diplomatiques.

Li Keran peint en 1974 une vue de la maison natale de Mao, une ferme dans les collines du Hunan, où les gardes rouges pratiquent de véritables pèlerinages pour s'imprégner de la pensée du Grand Timonier loin des villes et des conflits, bien avant l'engouement actuel pour le tourisme rouge.

La ferme est montrée avec un réalisme photographique. La composition du paysage en plein format est résolument moderne, mais les petits groupes aux occupations diverses répondent à la tradition des rouleaux à main Chinois. Près de cent personnages en uniforme vert composent ces groupes, s'approchant ou s'éloignant, assis par terre autour d'un enseignant ou posant pour une photo. Les drapeaux rouges sont partout. Comme si le poème ne suffisait pas pour louer le modernisme du régime, deux pylônes électriques sont plantés au loin dans la campagne.

Cette encre et couleurs 142 x 243 cm a été vendue pour RMB 124M incluant premium par China Guardian le 12 mai 2012. Elle est à vendre par Poly à Beijing le 17 décembre, lot 2661.