11 déc. 2017

Une Visite à Guanyin

Le bodhisattva Avalokiteshvara est un favori des fidèles dans son rôle d'aide aux humains pour soulager les souffrances et montrer la voie. Il peut prendre simultanément une infinité d'apparences pour effectuer les actions nécessaires au bonheur du monde.

L'arrivée du Bouddhisme en Chine génère des transformations profondes de ce bodhisattva qui prend le nom de Guanyin. Après la dynastie des Tang, Guanyin perd définitivement sa moustache, prend une figure androgyne et est révéré comme une divinité féminine.

Pour exercer pleinement sa vocation, Guanyin doit être accessible. Les Chinois localisent son paradis personnel où elle peut être vue en méditation par les plus chanceux. Cette dérive ne répond plus au canon sanskrit mais en génère un autre dans lequel 33 attitudes principales sont décrites. Les statues des temples simulent l'accessibilité de Guanyin dans son paradis.

La méditation Shuiyue Guanyin (Guanyin au reflet de la Lune dans l'Eau) est vénérée depuis la période de transition entre les dynasties Tang et Song. Guanyin est délassée et souriante. Elle est assise avec souplesse sur un rocher, le corps très légèrement penché vers l'arrière, une jambe pliée vers le haut et l'autre posée ou pendante. La main gauche est posée sur le rocher et l'avant-bras droit sur le genou plié.

Les dimensions de ces statues en bois polychrome varient selon l'autel auquel elles sont destinées.  Il est difficile d'identifier leur origine entre les Song et leurs voisins rivaux Liao et Jin qui traitaient l'iconographie de Guanyin d'une façon similaire. Le Nelson Atkins Museum possède un spécimen de 2,40 m de haut annoncé comme Liao ou Jin, et le British Museum un spécimen de 1,70 m de haut annoncé comme Song ou Jin.

Le 16 décembre à Paris (Hôtel Drouot), Leclere vend au lot 88 une Shuiyue Guanyin à la jambe pendante, 102 cm de haut, annoncée comme Song. Finement ciselée et très bon état, elle a gardé de larges traces de polychromie et n'a jamais rencontré les xylophages. Je suppose qu'elle était conçue pour être posée sur le rebord d'une table et qu'elle n'a jamais été intégrée sur un rocher.