12 févr. 2018

Le Dernier Matador

Agé de 89 ans Pablo Picasso assiste à une corrida à Fréjus. Comment avait-il pu délaisser le thème de la tauromachie ? Le matador est un symbole de virilité et de bravoure tout autant que le mousquetaire, et moins désuet. Il est aussi un symbole de l'Espagne. En septembre et octobre 1970 Picasso réalise des portraits imaginaires de matadors à mi-corps. C'est l'être humain et pas le taureau ou la faena qui intéresse l'artiste dans ce qui sera sa dernière série thématique.

Picasso revisite les styles de sa longue carrière comme il avait fait quinze ans auparavant pour Les Femmes d'Alger. Comme pour cet exemple l'opus final est le plus complexe et le mieux achevé. Le 28 février à Londres, Sotheby's vend cette huile sur toile 146 x 114 cm datée 23 octobre 1970, lot 16 estimé £ 14M.

Cet homme robuste est bien plus grand que nature. Il tient l'épée, instrument essentiel de sa fonction. Si l'on excepte son fantaisiste chapeau de mousquetaire, son habit imite un portrait de matador peint par Goya vers 1797. Le fond n'est pas uni contrairement aux peintures précédentes de la série : le torero pose au milieu de l'arène couleur de sable et des hachures évoquent les spectateurs qui attendent l'action dans les gradins.

Avec ses yeux grand ouverts et la bouche crispée, l'attitude de l'homme est sévère. Son métier est dangereux. Malgré la mauvaise santé de l'artiste, cette oeuvre avec une bonne expression psychologique est une évocation pittoresque de la culture Espagnole et pas une évocation de son prochain rendez-vous avec la mort.