13 févr. 2018

L'Inaccessible Désir

En 1929 Dali vient d'adhérer au surréalisme. Paul et Gala Eluard lui rendent visite à Figueras. Gala qui est aussi la maîtresse de Max Ernst est connue pour sa liberté sexuelle. Dali clame son impuissance liée à une phobie physique des organes génitaux féminins. Ils partent ensemble et ne se quitteront plus.

Gala est pour Dali la personnification du désir inaccessible. Il la surnomme Gradiva du nom d'une statue Pompéienne passionnément aimée d'un archéologue dans un roman de Jensen. Pendant ce temps la famille de Dali est furieuse. Le père prend sous le nom de Guillaume Tell le rôle du castrateur dans le complexe d'Oedipe exacerbé de Dali. Sigmund Freud se délectera de ce cas de psychiatrie obsessionnelle. L'engouement soudain et durable de Gala pour Dali mériterait aussi une explication psychanalytique.

En 1930 Dali et Gala s'installent à Paris. Il peint Guillaume Tell, huile et collage sur toile 113 x 87 cm acquise en 2002 par le Centre Pompidou. Le castrateur a un genou posé sur une stèle ornée de la Gradiva Dalinienne à côté d'un phallus aussi haut qu'elle.

En 1931 deux huiles sur cuivre construisent l'histoire de Gradiva illustrée par Dali comme une résurgence d'Andromède enchaînée au rocher. Gradiva est Gala, l'unique objet de l'adoration de Dali, sans référence à Jensen.

Le premier opus intitulé Gradiva, 21 x 16 cm, est estimé £ 1,2M à vendre par Sotheby's à Londres le 28 février, lot 33. Le corps de la femme est tordu dans les souffrances d'un St Sébastien qui ont ici une dimension orgasmique. La tunique déchiquetée révèle les seins et surtout le sexe centré des lèvres aguicheuses d'une bouche. Une goutte de sang coule sur la cuisse.

La suite 30 x 24 cm dans le même décor rocheux est intitulée Guillaume Tell et Gradiva. Elle a été acquise en 1996 par le Musée Dali à Figueras. La femme est restée dans une position similaire mais est maintenant complètement nue. Auprès d'elle un humanoïde ithyphallique empêche une nouvelle fois l'amoureux d'accéder à son désir.