18 mars 2018

Danse avec le Buffle

En 1976 dans un village au sud-est du Congo près du lac Tanganyika, un marchand d'art achète directement au groupe tribal Tabwa un masque-heaume d'une extrême rareté. Le seul autre exemplaire connu en casque intégral incluant toute la coiffure est moins décoré. Selon la tradition Tabwa ce masque de danse est une présence féminine avec une forte connotation sexuelle. Ce n'est pas si simple.

Les Tabwa pratiquaient des danses de fertilité et fécondité dans lesquelles l'homme portait un masque de buffle. Ces masques masculins sont moins rares. Chez leurs voisins les Luba un masque d'homme à cornes de buffle est connu.

Le masque collecté en 1976 est très finement incisé de détails réalistes et enjolivé d'inclusions de coquillages blancs dans les yeux et le nez. Les trois lignes de scarification du visage répondent à la pratique de beauté des hommes et des femmes des élites Tabwa, attestées par des photos anciennes. Le très fin réseau tressé de la coiffure répond aussi à la mode du rituel tribal. Les femmes Tabwa utilisaient un appuie-tête pour dormir sans endommager une nouvelle coiffure.

L'identification féminine de ce masque est confirmée par le bijou dans la narine gauche, une tradition Arabo-Indienne venue par la Tanzanie actuelle, et par les boucles d'oreilles. En rejoignant la pratique du masque rituel, la jeune femme cache sa beauté personnelle dans une figure parfaite d'ancêtre qui la rend encore plus désirable. Elle devait aussi boire la sève de l'arbre médicinal qui produisait le bois de son masque.

Ce masque dont la patine démontre un long usage rituel sera vendu par Christie's à Paris le 10 avril, lot 91.