11 mars 2018

Le Paysage de la Nuit

Fils d'un garde forestier, Syed Haider Raza conservera toute sa vie l'impression de la promesse de l'aube, transition entre la terreur de la nuit et les vives couleurs du jour. Les paysages du début de sa carrière sont non localisés, mêlant ses impressions de son Madhya Pradesh natal et de la Provence avec des collines, des villages et des horizons. L'explosion des couleurs domine déjà la forme.

Raza exprime le mystère de la terre, comme Pollock. Au début des années 1970 il ose aborder les dangers de la nuit.

Le 21 mars à New York, Christie's vend au lot 222 Tapovan, acrylique sur toile 160 x 189 cm peinte en 1972.

Tapovan est un mot Sanskrit qui mêle dans l'esprit du yoga la méditation et la forêt. Des taches rouges incandescentes et des flammèches jaunes vif parsèment la scène nocturne. Une inspection attentive suggère l'apparition prochaine de visages dans les flammes et les braises, non sans évoquer la schématisation expressive de F.N. Souza.

Si cette interprétation est correcte, elle est exceptionnellement rare dans l'art habituellement déshumanisé de Raza et rapproche Tapovan des questions primordiales des tribus sauvages et de Gauguin : D'où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Et aussi : qui sont ces esprits de la nuit ?

La Terre, acrylique sur toile 189 x 189 cm peinte l'année suivante, est aussi une explosion de lumières dans la nuit mais plus proche d'une abstraction totale. Elle a été vendue pour $ 3,1M incluant premium par Christie's le 18 mars 2014.

Raza trouvera bientôt une réponse à cette angoisse. Admirateur de Rothko, il systématisera l'inclusion de ses formes abstraites dans une structure qui dans son cas commence par être une fenêtre. Il délaisse la nuit mais pas la terre et donne dans la suite de sa carrière le rôle principal à la forme essentielle, le bindu.