10 avr. 2018

Borduas en Noir et Blanc

Influencé par les poèmes surréalistes d'André Breton, Paul-Emile Borduas développe dès 1941 un art automatique abstrait pour lequel la composition et le geste ne sont pas préconçus. Enseignant à  l'Ecole du meuble à Montréal, il mène l'hostilité de ses étudiants contre la politique conservatrice et cléricale du premier ministre Duplessis raillée sous le nom de Grande Noirceur. Sa créativité influence Riopelle.

Après trois ans à New York où il a rencontré les expressionnistes abstraits, Borduas installe son atelier à Paris en 1955. Abandonnant la couleur, il met en scène des formes noires dont la répartition sur fond blanc reflète ses émotions entre l'angoisse de l'explosion et la construction d'une civilisation meilleure.

Borduas est un très bon connaisseur de l'histoire de l'art, influencé par Malevitch pour la primauté au support par rapport à l'image et par les natures mortes de Cézanne pour la disposition équilibrée des objets. Ses cohortes ne semblent pas statiques : elles entrent ou sortent de la toile comme faisaient les couleurs illimitées de Mondrian.

Il n'y a pas de perspective sur les toiles de Borduas. Un relief est cependant présent avec les bourrelets créés dans la matière épaisse par les accumulations de la spatule. Ses fonds blancs anticipent de quelques mois les plis renforcés au kaolin des Achromes de Manzoni.

Le 30 mai à Toronto, Heffel vend Figures Schématiques, huile sur toile peinte en 1956. Mesurant 130 x 195 cm, c'est un des plus grands formats réalisés par l'artiste. Elle est estimée $ 3M CAD, lot 018.

Le noir continue à envahir les espaces de Borduas. Il meurt d'une crise cardiaque en 1960 à côté de sa Composition 69 tout juste terminée. Cette composition d'un noir intense est traversée dans le haut de l'image par des balafres blanches, dans un dernier acte d'espoir qui rappelle les zips de Barnett Newman et anticipe de deux décennies les Outrenoir de Soulages.