9 avr. 2018

Etude du Spectre Irisé

Autour de 1884 les post-Impressionnistes sont passionnés par les théories de Chevreul sur la décomposition de la lumière. Paul Gauguin, continuellement à la recherche d'un art original, n'essaye pas le pointillisme mais il note que l'arc-en-ciel exhibe les couleurs dans un ordre immuable.

En janvier 1888 l'artiste commence tranquillement son second séjour à Pont-Aven. Il prend le temps de se promener sur la Côte Sauvage et observe que les couleurs de la houle par gros temps répondent à sa théorie.

Le 8 mai à New York, Christie's vend au lot 6 La Vague, huile sur toile 60 x 73 cm peinte par Gauguin en 1888. Une forte vague heurte un groupe de hauts rochers en pleine mer. Deux baigneuses fuient la marée sur la plage vermillon.

Cette peinture inhabituelle et peut-être même unique dans l'art de Gauguin a été incluse en 1891 dans la vente aux enchères préparée par l'artiste pour financer son départ pour l'Océanie. Le titre inscrit au catalogue, La Vague (arc-en-ciel), semble énigmatique mais fournit la clé de l'interprétation.

Il n'y a ni ciel ni pluie dans cette image. Arc-en-ciel est ici la description du spectre irisé sur la mer, passant du violet clair au jaune au fur et à mesure que la profondeur prismatique de l'eau diminue en se rapprochant des côtes. Avec un surprenant modernisme la couleur irréelle de la plage est le prolongement ultime de cette décomposition spectrale.

La Vague de Gauguin a été achetée à cette vente par un collectionneur d'estampes Japonaises probablement attiré par la similitude de thème avec La Vague de Hokusai. La comparaison s'arrête là parce que la vue de Gauguin prise du haut de la falaise n'a pas de plan rapproché.

Malgré l'admiration de Gauguin pour Degas, la position complètement décentrée des deux femmes est secondaire dans cette composition. Leur différence d'échelle face à la nature grandiose n'est cependant pas sans relation avec les questionnements métaphysiques de l'artiste.

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