27 avr. 2018

L'Angoisse du Marin

Tout va mal pour Picasso à l'automne 1943 dans Paris occupé. Le message de Guernica contre les totalitarismes était clair et il ne le reniera jamais. Son choix de rester à Paris est téméraire. En septembre une lettre administrative l'invite à se préparer pour le Service du Travail Obligatoire qui est une déportation sur le sol allemand.

Cette année-là Picasso est très occupé par la sculpture. Quand Brassaï entre dans son atelier pour faire des photos, il est ébloui par la Tête de mort, plus grande que nature. Le crâne est presque vivant avec ses orbites vides et son nez aplati. Ce thème montre bien les idées noires de l'artiste. Peut-être même est-ce un autoportrait.

Le 15 mai à New York, Christie's vend au lot 8 A Le Marin, huile sur toile 129 x 81 cm datée du 28 octobre 1943. Le communiqué de presse du 30 mars indique une estimation autour de $ 70M.

Une fois passée les ambitions de sa jeunesse, Picasso laissait généralement le doute sur l'identité de ses personnages. Il a cependant très rapidement admis que ce marin est un autoportrait.

L'homme en buste plus grand que nature est vêtu d'un pull marin, qui n'est pas seulement descriptif de ses habitudes vestimentaires : Pablo coincé à Paris se languit de sa chère Méditerranée qu'il ne reverra peut-être jamais. Toute son expression est triste, renforcée par les cernes des yeux.

Un an plus tard Paris vient tout juste d'être libéré. Le Marin, symbole de l'art de guerre, est une pièce majeure du Salon d'Automne. Appartenant plus tard à la collection Ganz, elle a été vendue pour $ 8M par Christie's le 10 novembre 1997. Dans cette vente la version O des Femmes d'Alger a été vendue pour $ 32M incluant premium.