1 avr. 2018

Les Conspirations Joviales d'Isabella Brant

Le 19 avril à New York, Christie's vend une huile 105 x 76 cm peinte par Rubens sur le thème du satyre tenant un panier de raisins et de coings avec une nymphe à ses côtés, datée autour de 1620 par la maison de ventes. Elle est estimée $ 5M, lot 41.

Le satyre barbu est dans la force de l'âge, avec deux minces cornes sur le front et des oreilles pointues. La nymphe est prête à saisir une grappe dans le panier. Les deux personnages ne se regardent pas mais ont un même sourire jovial.

Ils apparaissent dans d'autres compositions de la même période. Dans une peinture perdue connue par des copies, la même nymphe est nue sous un voile transparent. Surtout, ils représentent un lien entre deux scènes de groupes, la Bacchanale et le Silène Ivre, qui sont toutes deux des images répugnantes destinées à sensibiliser les spectateurs contre les conséquences de la débauche.

La Bacchanale, 95 x 107 cm, est traditionnellement datée vers 1615 et conservée au Musée Pouchkine à Moscou. Notre satyre est à gauche, nu et saoul, soutenu avec difficulté par une satyresse nue aux jambes et sabots de chèvre.

Le Silène Ivre est traditionnellement daté entre 1616 et 1617. La version survivante, 212 x 214 cm conservée à l'Alte Pinakothek à Munich, est un des chefs d'oeuvres les plus célèbres de Rubens. Autour du satyre titubant, tous les autres personnages du haut de l'image sont hilares. Une autre version a été détruite à Berlin en 1945.

Dans le Silène Ivre la jeune femme juste derrière le satyre lance un joyeux regard de connivence en direction du spectateur comme si c'était elle qui avait abusé de la faiblesse du satyre avec le raisin et le vin. Elle a eu le même rôle que la figure centrale de Lot et ses filles peint en 1614 qui est occupée à saouler son père. Ce ne peut pas être un hasard si les visages de ces jeunes femmes se ressemblent : ce sont certainement des portraits de la toujours souriante Isabella Brant, la femme de Rubens.