16 avr. 2018

Signac face à la Mer

Paul Signac rencontre Monet et Seurat en 1884. Ayant la vocation de devenir un théoricien, il préfère suivre les théories rigoureuses de Seurat sur la composition et les couleurs. La coopération parfaite entre les deux artistes est facilitée par leur différence de tempérament : Seurat est un solitaire et Signac un prosélyte.

Seurat termine son Dimanche après-midi à l'Ile de la Grande Jatte en 1886. Pour la première fois il a appliqué en grand format sa compréhension des théories de Chevreul sur la rémanence des couleurs. La préparation a été longue et fastidieuse et le résultat terne convient surtout au message social hermétique de l'artiste.

Pendant les étés Signac et Seurat travaillent dans des villages différents, sans se rencontrer. Ces sessions sont cependant soigneusement préparées et de retour dans leurs ateliers la comparaison de leurs résultats confirme la cohérence de leurs pratiques.

Signac pousse Seurat à une observation des lumières vives. Il montre l'exemple, en 1886 dans la vallée de la Seine, en 1887 à Collioure et en 1888 en Bretagne à Portrieux. Pendant ces trois étés Signac perfectionne son pointillisme. Dans le même temps son paysage devient minimaliste pour mieux exploiter la confrontation des couleurs.

Le 8 mai à New York, Christie's vend au lot 21 une vue de Portrieux. Cette huile sur toile 60 x 92 cm peut-être considérée comme l'aboutissement de la saison estivale de Signac, avec une composition dominée dans toute la partie basse par l'étendue jaune presque monochrome de la plage de sable, contrastant avec le bleu pointilliste de la mer.

Signac trouvera en 1892 un soleil plus éclatant à Saint-Tropez. La vue des maisons avec leurs reflets dans la mer, 47 x 55 cm, a été vendue pour $ 10,7M incluant premium par Sotheby's le 9 mai 2016.

Le pointillisme était peu spectaculaire en dehors d'un jaune et d'un orange extrêmes. Signac et van Rysselberghe sont peut-être les seuls à avoir compris et brièvement appliqué cette observation.