4 avr. 2018

Un Ermite en Picardie

Les frères Le Nain venaient de Laon. Leur style et leurs thèmes sont certainement inspirés des scènes de genre hollandaises. Ils apportent à Paris un art à la palette réduite et au dessin efficace qui plait aux clients à la fin du règne de Louis XIII et sera rejeté sous Louis XIV. Leur traitement post-caravagesque de la lumière est également innovante pour Paris.

Leur production est abondante et variée. La religion est traitée sous deux aspects opposés : l'image Biblique ou hagiographique et la foi sincère des familles de paysans.

Le 19 avril à New York, Christie's vend un Saint Jérôme signé Le Nain récemment découvert, huile sur toile 72 x 92 cm, lot 23 estimé $ 1M.

Le saint est un vieillard concentré sur son analyse du livre sacré. A moitié couvert d'une grande draperie rouge, pieds nus, il ne prête aucune attention à la pauvreté et au désordre de son ermitage, à l'entrée de la grotte. La peinture porte une date en limite de lisibilité mais qui ne peut être que 1642 ou 1643. Une Sainte Madeleine au Désert de composition et style extrêmement similaires est signée et datée 1643.

Les ombres verticales impliquent que la source de lumière solaire soit à l'intérieur de la grotte : à l'époque de l'art Baroque, l'effet pictural est plus important que le réalisme. Tout au long de leur carrière les Le Nain se sont appuyés sur ce qu'ils voyaient dans leur Picardie natale. Leur désert est verdoyant.

Le patron n'aurait pas compris une image de Saint Jérôme sans le lion. L'analyse par réflectographie infra-rouge a montré que la place de l'animal était à l'origine à côté de l'ermite. L'artiste a compris juste à temps qu'il s'engageait dans une figure pour laquelle il n'avait pas de modèle. Il a judicieusement envoyé le lion se promener au loin dans la campagne, presque imperceptible. Il y a des vieillards en Picardie mais pas de lion.