13 avr. 2018

Un Eté avec Seurat

Georges Seurat désire que son art soit une critique sociale. Il reproche aux techniques impressionnistes d'être émotionnelles, pas assez strictes. Il commence à travailler en 1884 à une oeuvre de démonstration sur très grand format, 208 x 308 cm : Un dimanche après-midi à l'Ile de la Grande Jatte.

Tout est important et tout est imbriqué. Une image aux lignes montantes et aux couleurs chaudes sera joyeuse. La Grande Jatte devra être glaçante, avec une ombre envahissante au premier plan et des personnages figés qui symbolisent les aberrations de la bourgeoisie.

Le jeune artiste est attentif aux idées sur l'équilibre des couleurs. Les observations psychophysiologiques de Chevreul selon lesquelles la perception d'un halo de couleur complémentaire accompagne la vision d'une couleur pure le persuadent que la composition des couleurs d'une peinture ne doit pas suivre servilement la nature.

Seurat passe l'été 1885 au bord de la mer, à Grandcamp, sur les conseils de Signac qui l'invite aussi à s'intéresser aux lumières intenses. Seurat teste alors par des vues de marines son interprétation des théories de Chevreul, en développant sa nouvelle technique de division des couleurs par des coups de pinceaux horizontaux qui deviendront bientôt des points. Il donne à sa pratique le nom de chromo-luminarisme.

Le 8 mai à New York, Christie's vend au lot 18 La Rade de Grandcamp, huile sur toile 65 x 81 cm sur le thème plutôt joyeux d'une régate de voiles blanches alignées horizontalement.

Les effets obtenus le satisfont. De retour dans son atelier, il retravaille la Grande Jatte en réduisant les variations chromatiques et en introduisant le pointillisme. Quand il termine cette oeuvre en 1886, elle déclenche la rupture inévitable avec les Impressionnistes. Seul Fénéon est convaincu. Il crée en 1887 le terme néo-Impressionniste pour essayer de démontrer que l'art de Seurat n'est pas une opposition à l'Impressionnisme mais une autre étape sur la voie d'un art nouveau.

Passionné par ses théories, Seurat retouchait ses oeuvres. La Rade de Grandcamp est peut-être le seul exemple resté dans son état d'origine des toutes premières expériences de l'artiste sur les techniques des couleurs complémentaires.