11 mai 2018

Femmes sur Socles

La population humaine n'est pas limitée à un seul homme qui marche et une seule femme debout. En 1948 Alberto Giacometti les multiplie et assemble des groupes. La communication des personnages entre eux prend la dimension d'un mystère existentialiste. Il crée ainsi Place I et II et Trois hommes qui marchent I et II.

En 1950 Pierre Matisse demande une nouvelle exposition qui devra confirmer le très grand succès de celle de 1947. Il faut des nouveautés mais Alberto n'a pas trouvé de réponse satisfaisante concernant la communication. Il n'en trouvera d'ailleurs jamais. Que faire ?

Dans son atelier Alberto a multiplié les figures individuelles avec surtout des Femmes debout d'une élongation de plus en plus importante. Tout d'un coup il regarde dans son ensemble le fouillis de son atelier. Les sculptures s'étaient réparties en petits groupes sans intervention volontaire de sa part. Il en fait trois oeuvres sans modifier cet assemblage de hasard.

Par rapport aux groupes calculés par lui deux ans plus tôt, deux différences apparaissent : les figures restent sur leur socle et l'unicité d'échelle est supprimée. Les bronzes reviennent de la fonderie. Alberto a une nouvelle vision : ses femmes sont tellement étirées qu'elles ont des formes d'arbres. Il a créé La Forêt et La Clairière. Le troisième groupe est intitulé La Place par un jeu de mot entre la place publique de son oeuvre de 1948 et la place immuable de chaque femme debout sur son socle.

La Clairière, haute de 59 cm sur une surface de 65 x 52 cm, est la plus complexe avec neuf femmes debout et la moins illogique parce qu'elle n'inclut pas de buste. Un exemplaire fondu par la société Alexis Rudier entre 1950 et 1952 est estimé $ 10M à vendre par Christie's à New York le 15 mai, lot 17 A.