7 mai 2018

La Banlieue d'Arcadie

Kerry James Marshall vit à Chicago. Militant pour les droits civiques, il observe les Africains-Américains qui ne savent pas créer une communauté révélant leur propre culture. Ils ont les mêmes loisirs que les blancs mais leur peau est immanquablement peinte avec un noir profond qui est une caractéristique de son art.

Les projets immobiliers des banlieues nomment parfois Garden leurs ghettos qui ne veulent surtout pas être identifiés comme tels. En 1994 Marshall réalise une série de cinq peintures monumentales intitulée Garden Project. Il renforce son message politique par trois oeuvres supplémentaires.

Peinte en 1997, la dernière de ces trois oeuvres est un acrylique et collage sur toile 275 x 400 cm, estimé $ 8M à vendre par Sotheby's à New York le 16 mai, lot 5 A. Son titre est Past Times, subtil jeu de mot avec Pastime pour montrer que ces personnages ne profitent pas réellement du monde contemporain, même quand ils imitent les blancs.

Cette scène est jouée dans un parc idyllique offrant golf et sports nautiques. Les gratte-ciel très loin à l'horizon montrent que nous sommes quelque part en banlieue. Au premier plan sur et autour d'une couverture à carreaux une famille profite d'un moment de repos.

L'homme tape dans une balle de golf. La petite fille avec des couettes essaye de l'imiter, avec gaucherie. La femme est en habits traditionnels Africains et le garçon adolescent ne veut pas qu'on le dérange quand il écoute sa musique. Le chien dort.

Il n'y a pas de blancs dans l'univers de Marshall, non pas qu'il les rejette mais plutôt parce que son observation sociale ne les concerne pas. C'est un peu comme s'il donnait une suite à la Grande Jatte de Seurat après en avoir expulsé les bourgeois. Il ne fait pas de doute que cette peinture révolutionnaire conservée à l'Art Institute of Chicago a eu une influence décisive dans le style narratif de Marshall.