22 janv. 2020

Deux Jours après le Miracle

Aux Jeux Olympiques de Lake Placid en 1980, l'épreuve de hockey sur glace oppose douze équipes nationales, chacune composée de vingt joueurs. La compétition commence par un premier tour de deux groupes de six équipes. Les Etats-Unis se qualifient laborieusement mais ils ont le meilleur gardien de but, Jim Craig.

Pour la phase finale, les Etats-Unis rencontrent l'Union Soviétique le 22 février. Personne ne conteste la suprématie des Soviétiques. Face à cette équipe expérimentée, les Etats-Unis alignent de jeunes joueurs universitaires qui n'avaient jamais joué ensemble. Les Etats-Unis gagnent sur le score de 4-3. Le commentateur de la radio ABC hurle dans son micro : "Five seconds left in the game. Do you believe in miracles ? YES !". Ce match extraordinaire est désormais identifié comme le Miracle on Ice.

Cette victoire ne suffit pas pour gagner le tournoi. Les deux derniers matchs sont joués le 24 février. L'URSS écrase sur le score de 9-2 la Suède, qui avait fait match nul 2-2 avec les Américains au premier tour.

Malmenés par la Finlande, les jeunes Américains finissent par gagner ce match sur le score de 4-2 et par conséquent gagnent le tournoi. C'est un grand jour pour Steve Christoff, qui a marqué le but de l'égalisation 1-1 et a assisté le but final marqué par Mark Johnson. Chacun des vingt joueurs reçoit une médaille d'or inscrite à son nom.

Le maillot porté par le capitaine Mike Eruzione a été vendu pour $ 660K incluant premium par Heritage le 23 février 2013. La médaille d'or qui avait été décernée à Mark Wells a été vendue pour $ 310K incluant premium par Heritage en novembre 2010. La médaille qui appartenait encore à Mark Pavelich a été vendue pour $ 263K incluant premium en mai 2014, également par Heritage.

En 2006 et 2007 Christoff a successivement vendu par l'intermédiaire d'un courtier spécialisé sa médaille d'or et son maillot du match décisif contre la Finlande. Ces deux lots sont maintenant listés par Goldin dans la vente en ligne qui se termine le 22 février, lot 2 et lot 3.

Beaucoup d'Hommes qui marchent

La scène racontée par Giacometti a lieu dans l'immédiat après-guerre, peut-être en 1945. Il va au cinéma à Montparnasse. Sur le boulevard, il voit des hommes qui marchent et des femmes debout. Chacun sait la raison de sa propre action, qui n'est pas connue des autres. Cette foule est un ensemble de personnages solitaires. Alberto n'est plus inspiré par le cinéma, qui n'est rien d'autre qu'une projection de lumière sur un écran. Il décide que son art sera plus proche de la vraie vie.

Il crée son univers en 1947 avec des personnages aussi filiformes que les fûts des lampes qu'il réalisait avant guerre pour Frank. Sa trinité séminale inclut l'homme au doigt qui ne réapparaitra jamais, comme le Godot de son ami Beckett.

A partir de 1948 il essaye des variantes d'attitude comme l'Homme qui marche sous la pluie ou l'Homme qui chavire. Elles sont aussi éphémères que l'Homme au doigt, parce qu'elles ne traitent pas le mystère de la solitude de l'individu dans le groupe.

En 1948 il positionne son homme qui marche en plusieurs exemplaires sur des plateaux, comme un enfant qui joue avec des soldats de plomb. Les Trois hommes qui marchent sont réalisés en deux versions, identifiées I et II, dans lesquelles ils se rapprochent ou s'éloignent les uns des autres. La Place, mettant en scène quatre hommes qui marchent et une femme debout, est également conçue en deux versions. Les mouvements cessent d'être incohérents : un groupe est en train de se former.

Ces quatre variantes fournissent la réponse la plus authentique à la recherche existentialiste de l'artiste. En 1950 sa créativité est plus fantaisiste, avec le regroupement de personnages d'échelles variées.

Les bronzes sont réalisés par la société Alexis Rudier.

Trois Hommes qui marchent I, 72 cm de haut, est édité en six exemplaires en 1950. L'exemplaire 2/6, terminé avec une patine brun foncé, a été vendu pour £ 9,4M incluant premium par Sotheby's le 25 juin 2008. Il est estimé £ 8M à vendre par Christie's à Londres le 5 février, lot 14.

Un exemplaire édité en 1948 de Trois hommes qui marchent II, 76 cm de haut, a été vendu pour £ 10,7M incluant premium par Sotheby's le 22 juin 2011.

21 janv. 2020

La Corne Fauviste

Paul Signac avait été auprès de Seurat un des inventeurs du pointillisme, ou divisionnisme, une nouvelle façon de peindre basée sur la révélation d'une couleur par la juxtaposition de ses couleurs complémentaires. Il est aussi très engagé dans les cercles d'artistes. Co-fondateur en 1884 de la Société des Artistes Indépendants, il en sera le président de 1909 à 1934.

Henri Matisse était membre de cette Société depuis 1901. En juillet 1904, la famille Matisse rend visite à Signac dans sa maison de Saint-Tropez. Matisse n'est pas intéressé par les théories physiologiques des couleurs, et les deux artistes se disputent. Après ce séjour, leur influence réciproque deviendra flagrante.

Avec Luxe, Calme et Volupté peint à l'automne 1904 et acquis par Signac, Matisse essaye les couleurs pures de l'arc en ciel avec une touche divisionniste. Les vues de la Corne d'Or peintes par Signac en 1907 après son séjour à Constantinople appliquent des principes similaires Fauvistes tout en ajoutant sur plusieurs oeuvres la recherche d'une extrême luminosité.

Le chef d'oeuvre de cette série de la Corne d'Or est une huile sur toile 89 x 116 cm qui fut rachetée par sa famille après sa mort et a été vendue pour $ 16,2M incluant premium par Sotheby's le 12 novembre 2019.

Le 4 février à Londres, Sotheby's vend une vue de la Corne d'Or par Signac, récemment restituée par le gouvernement français aux héritiers d'un collectionneur spolié en 1940. Exemplaire par la confrontation de la brume matinale rose et violette avec les couleurs vives des barques et des chalets, cette huile sur toile 73 x 92 cm avait été choisie par l'artiste en 1908 pour être exposée au Salon des Indépendants. Elle est estimée £ 5M, lot 12.

Voici deux résultats incluant premium sur d'autres huiles sur toile de la même série : £ 6,2M par Christie's le 20 juin 2012 (73 x 93 cm), $ 4,7M par Sotheby's le 7 novembre 2007 (81 x 66 cm avec une composition différente, centrée sur un grand voilier), Une vue 73 x 92 cm peinte en 1909 a été vendue pour £ 4,8M incluant premium par Christie's le 18 juin 2007.

Connivence avec la Lune

Le surréalisme de Magritte est une juxtaposition incongrue d'éléments ordinaires facilement reconnaissables. Après guerre, il est célèbre et les spectateurs cherchent une interprétation surréaliste. Quand il n'y en a pas, comme dans L'Empire des lumières, l'artiste atteint une nouvelle dimension. Il devient un poète.

La Lune est un élément récurrent de l'art de Magritte. Complète ou en croissant, elle brille sur le crépuscule ou la nuit. En 1955 Le Maître d'école est un exemple de la nouvelle prépondérance de la poésie dans son art. Dans la lumière douce du crépuscule, l'homme au chapeau melon nous tourne le dos pour regarder un terrain vague bordé de quelques maisons. Le croissant lumineux est juste au-dessus du chapeau. Une gouache 33 x 25 cm a été vendue pour $ 6,7M incluant premium par Sotheby's le 5 novembre 2015.

La Lune est la reine de la nuit noire. En 1956 Le Seize septembre montre le croissant au-dessus d'un pré dominé par un grand arbre. On regarde de plus près : la Lune est en plein milieu de l'arbre au lieu d'être dans le ciel. Une version 162 x 130 cm peinte en 1957 a été vendue pour $ 19,6M incluant premium par Christie's le 11 novembre 2019.

Il n'y a rien d'impossible dans A la rencontre du plaisir, huile sur toile 46 x 55 cm peinte en 1962, sans relation avec des oeuvres antérieures de même titre. Probablement composée pour son cercle d'amis, cette peinture regroupe plusieurs éléments traditionnels de l'artiste. Elle est estimée £ 8M à vendre par Christie's à Londres le 5 février, lot 32.

La pleine Lune brille au-dessus d'une clairière dans le ciel encore bleu d'un crépuscule bien avancé. L'homme au chapeau est dans la même position que dans Le Maître d'école, mais presque indiscernable dans cette ambiance encore plus sombre que dans L'Empire des lumières. A gauche, la composition est complétée par le rideau de théâtre, symbole d'un monde factice.

20 janv. 2020

Un Champion au Paddock

L'Aga Khan engage trois chevaux dans le Derby en juin 1936. Alfred Munnings assiste aux derniers préparatifs et prend des croquis. A 100 contre 8, Mahmoud n'est pas le favori mais son lad a confiance dans sa vitesse. La mère de sa mère avait été surnommée The Flying Fillie pour sa vitesse inégalée.

Les pur sang, tout comme les athlètes, sont capables d'exploits exceptionnels. Le printemps avait été sec et le sol très dur convenait parfaitement à Mahmoud. Il gagne le Derby avec une dernière ligne droite sans faute, battant le record de l'épreuve en 2 minutes 33,8 secondes. La deuxième place de son compagnon d'écurie Taj Akbar complète le triomphe de l'Aga Khan en un doublé qui reste unique dans l'histoire du Derby.

Le prince commande deux peintures à l'artiste. La plus grande, pour son usage personnel, est une huile sur toile 98 x 130 cm. Elle sera vendue par Sotheby's à New York le 31 janvier, lot 442. La plus petite est une huile sur panneau offerte à l'entraîneur du cheval. Elle a été vendue pour $ 3,8M incluant premium par Sotheby's le 1er juin 2000. Les deux pièces ont une composition identique. Un timbre copiant cette image a été émis par la Royal Mail en 1979.

Dans le paddock d'Epsom, Mahmoud se fait seller. Son attitude est tranquille, avec les oreilles couchées. C'est un beau cheval gris clair, avec toute la finesse d'un pur sang arabe. A gauche au second plan, Taj Akbar est plus fringant. Les deux chevaux sont entourés de personnages actifs, parfaitement identifiés, de l'équipe de l'Aga Khan.

Mahmoud continue sa carrière comme étalon, pour l'Aga Khan à Newmarket jusqu'en 1940 puis pour C.V. "Sonny" Whitney dans le Kentucky. Whitney acquiert également l'huile sur toile du Derby, à une date non documentée. La peinture a appartenu ensuite à sa veuve Marylou, récemment décédée, connue pour son brillant engagement dans les courses de chevaux américaines.

Sonny était le cousin de J.H. "Jock" Whitney, qui fut également un grand propriétaire de chevaux de course. Sa collection de peintures, vendue par Sotheby's le 5 mai 2004, incluait deux chefs d'oeuvre sur ce thème. The Red Prince Mare, huile sur toile 102 x 152 cm peinte par Munnings en 1921, a été vendue pour $ 7,8M incluant premium. Les Courses au Bois de Boulogne, huile sur toile 73 x 94 cm peinte par Manet en 1872, six ans avant la décomposition du galop par Muybridge, a été vendue pour $ 26,3M incluant premium.

19 janv. 2020

Danse Macabre à Berlin

Né à Berlin, George Grosz a 21 ans en 1914. Ecoeuré par les atrocités de la guerre, il est réformé deux fois de l'armée allemande. Il échappe ainsi en 1917 à une probable exécution parce qu'il est considéré comme aliéné.

La société civile le dégoûte tout autant. Pendant que les cadavres pourrissent sur les barbelés, les survivants s'adonnent à tous les vices dans Friedrichstrasse. Les prostituées règnent sur cette décadence de plus en plus misérable. La guerre sera perdue mais personne n'y fait attention.

Grosz proteste par une caricature prolétaire, violemment antimilitariste et anti-bourgeoise. Il tentera sans succès de s'approcher des mouvements révolutionnaires et dadaïstes et son art sera censuré par tous les régimes. Pour les Nazis, il sera le pire Bolcheviste culturel. Beaucoup de ses oeuvres ont été détruites.

Le 5 février à Londres, Christie's vend Gefährliche Strasse (la rue dangereuse), huile sur toile 47 x 65 cm peinte en juillet 1918, lot 6 estimé £ 4,5M.

L'image juxtapose deux scènes cauchemardesques qui symbolisent le sexe et la mort. Une prostituée hilare, nue sous ses vêtements transparents, excite une foule lubrique. Au premier plan, un austère soldat aux joues émaciées tourne résolument le dos au reste de l'histoire. Les hurlements de Grosz sont dignes des désastres de Goya.

L'action est montrée dans une ambiance nocturne aux couleurs sombres, avec une fragmentation futuriste dans le style de Boccioni. En bas à droite, la silhouette d'une tête exprimant la répulsion ou la colère est considérée comme un auto-portrait de l'artiste.

L'Hédonisme Caché de la Californie

En 1964 le jeune David Hockney cherche un Paradis sur terre. Son avion survole San Bernardino. Sa première vision de la Californie est le réseau des piscines cachées derrière les bungalows, qui permettent aux habitants de pratiquer en toute discrétion toutes les formes d'hédonisme sous un soleil éclatant.

Revenu en Californie en 1966, David est très excité par une photo instantanée en couleurs en couverture d'un manuel de construction de piscines. Le premier plan est un plongeoir. L'eau est agitée par les éclaboussures que vient de provoquer un plongeur invisible.

L'artiste copie la photo en une première version de peinture, A Little Splash, 40 x 50 cm. La peinture libère le thème de son aspect documentaire. Cette scène où aucun personnage n'est visible symbolise avec beaucoup plus de force la joie de vivre. Les quatre bords de la toile ne sont pas peints, afin d'imiter l'encadrement d'une photo.

L'effet est spectaculaire. David réalise avec une grande minutie deux acryliques de grande dimension, The Splash, 183 x 183 cm, avant la fin de l'année, et A Bigger Splash, 242 x 244 cm, l'année suivante. L'artiste s'est plus tard amusé d'avoir consacré deux semaines à l'expression d'une éclaboussure qui n'a pas pu durer plus de deux secondes.

The Splash a été vendu pour £ 2,9M incluant premium par Sotheby's le 21 juin 2006, un prix très élevé pour cet artiste à cette époque, et est estimé £ 20M à vendre par Sotheby's à Londres le 11 février, lot 16.

Hockney offre dans son art l'interprétation de sa fantaisie, sans recherche du réalisme. Par exemple, l'horizon reste inspiré par le modèle photographique mais est prolongé au travers du bungalow sans que l'on puisse statuer s'il s'agit d'une perspective ou d'un reflet. Une illusion surréaliste similaire figure dans une oeuvre de la même période, Beverly Hills Housewife, vendue pour $ 7,9M incluant premium par Christie's le 13 mai 2009.

Une architecture minimaliste représente mieux les habitations Californiennes. Le toit du Splash tel qu'il avait été photographié par le spécialiste des piscines était encore trop classique. Il sera supprimé dans le Bigger Splash et le BH Housewife.

18 janv. 2020

La Route de l'Elégance

Pour rester compétitif en Grand Prix, Bugatti remplace la Type 35 par la Type 51 en 1931. La Type 55 est la version routière de la 51 avec le même moteur 8 cylindres en ligne 2,3 litres légèrement désaccordé.

La production de la 55 commence en 1932. Un des tout premiers clients est Guy Bouriat, qui vise le Mans. Sa voiture, prête juste à temps pour cette compétition, est vue comme la meilleure représentante de l'industrie française face à l'Alfa Romeo 8C 2300 qui a le même déplacement moteur et est également surcompressée.

Un caillou de la route perce le réservoir, mettant fin à cette première sortie. Bouriat vend aussitôt après la voiture à Jacques Dupuy. Le nouveau propriétaire est le fils de feu Paul Dupuy, un patron de presse qui organisait des évènements de sports mécaniques dans les années 1910 pour Le Petit Parisien et a créé en 1920 l'hebdomadaire Miroir des Sports.

Jacques ne veut pas conserver la carrosserie qui avait été construite spécialement pour répondre aux règlements pointilleux du Mans. Il ne veut pas non plus du roadster sans porte conçu par Jean Bugatti. Sa voiture est carrossée selon ses plans en supersport deux places par Figoni.

Jacques Dupuy mène sa 55 jusqu'en 1936 dans des évènements pittoresques typiques de cette époque : courses routières par étapes, courses de côtes, kilomètre départ arrêté, freinage. Il remporte la compétition composite Paris-Nice en 1933.

Sans oublier les concours d'élégance féminine. Avec cette Bugatti conduite par un mécanicien en livrée et accompagnée de deux chiens, la comtesse de Rivals-Mazères gagne un phonographe au Concours d'Elégance du Bois de Boulogne sponsorisé par les journaux Fémina et L'Intransigeant.

Cette 55 Figoni unique en son genre a gardé une très bonne authenticité malgré un grave accident en 1994. Elle est équipée du moteur d'origine d'une autre 55. Après 56 ans consacrés au plaisir d'un propriétaire enthousiaste, elle est estimée € 4M à vendre par Bonhams à Paris le 6 février, lot 268.

17 janv. 2020

Pissarro joue avec le Feu

Camille Pissarro a pu être considéré comme l'ultime garant du mouvement impressionniste. Il est le seul artiste dont des peintures ont été incluses dans les huit expositions du groupe. Il pourrait tout aussi bien être considéré comme leur fossoyeur : le refus de Monet, Sisley, Renoir et Caillebotte de participer à la huitième et dernière exposition en 1886 est une protestation contre le support apporté par Pissarro à ses nouveaux amis Seurat et Signac.

Pissarro s'est éloigné de la région Parisienne en 1884 pour s'installer à Eragny-sur-Epte, près de Gisors et pas bien loin de Giverny. Il observe la vie paysanne authentique dans un agréable paysage champêtre. C'est là que, pour mieux s'approprier l'ambiance tranquille du lieu, il utilise les techniques divisionnistes. Seurat est très fier de cette apostasie de l'impressionnisme par un des ses plus célèbres promoteurs.

Le divisionnisme, ou pointillisme, est une technique laborieuse, qui s'avère difficilement compatible avec l'envie de spontanéité et d'humanisme de Pissarro. Au moment de la mort prématurée de Seurat en 1891, il déclare que cette technique ne lui convient plus. La peinture hachurée au couteau des oeuvres pointillistes de Pissarro ouvre cependant la voie à la touche précise et minutieuse de la suite de sa carrière.

Signac avait réussi à convaincre Seurat que le pointillisme prenait tout son avantage pour exprimer une lumière intense. Cette remarque est superbement appliquée par Pissarro dans sa peinture Gelée blanche sous-titrée Jeune paysanne faisant du feu, huile sur toile 93 x 93 cm conçue au printemps 1887 et terminée en juillet 1888.

Par un matin ensoleillé d'hiver, une paysanne aidée d'un jeune garçon alimente un grand feu de bois dans un pré. Elle est courbée sous le vent qui pousse sa jupe, imitant la position de la femme dans l'Angelus de Millet comme un pied de nez de l'anarchiste à la scène religieuse de son prédécesseur. Les chauds vêtements du garçon confirment l'ambiance de froid très vif.

L'exploit technique de cette oeuvre est l'extrême luminosité de la fumée, constituée d'un réseau de hachures bleues croisées progressivement entrecoupées de larges traits blancs dans un effet de contraste qui apporte une illusion tridimensionnelle.

Cette peinture brillante est un tour de force peut-être unique de la courte période pointilliste de Pissarro. Elle a été saisie en 1940 à Paris chez un collectionneur juif. Restituée en 2018 à ses héritiers après avoir été confiée pendant dix-huit ans au Musée d'Orsay, elle est estimée £ 8M à vendre par Sotheby's à Londres le 4 février, lot 11.

Les Métamorphoses de Rodin

Dans sa recherche de l'expression d'une sensualité extrême, Rodin observe les plus beaux corps, nus et musclés dans toutes les contorsions de la gymnastique. L'Age d'airain, vers 1877, est un homme debout. Le Torse d'Adèle, vers 1882, est une femme couchée avec le dos très cambré.

Cette approche sans précédent dans l'histoire de la sculpture lui apporte en 1880 la commande par la direction des Beaux-Arts d'une porte monumentale destinée au futur Musée des Arts Décoratifs. Il travaillera sans relâche sur ce projet, avec comme fil conducteur l'Enfer de Dante. Il ajoute et retire continuellement des thèmes, et fait réaliser des bronzes et des marbres de ses figures.

Ainsi l'Eternel Printemps, un de ses plus célèbres groupes, est disqualifié pour la Porte quand Rodin vient à considérer que ce couple engagé dans une étreinte charnelle n'est pas tragique.

Conçue en 1887, la Faunesse, également nommée la Satyresse, a une place incontestée dans la Porte. Elle est à genoux avec les pieds croisés. La position des mains en parallèle entre les omoplates permet de cambrer le corps mince, comme une version redressée du torse d'Adèle.

Baudelaire avait considéré Venus comme l'avatar ultime des diablesses, faunesses et satyresses. La Faunesse à genoux de Rodin a un corps humain parfait mais le museau bestial d'une chèvre, attendant sans retenue le moment du péché charnel. Conscient de cette brutalité qui convient parfaitement pour l'Enfer, l'artiste conçoit vers 1890 deux versions douces avec une tête humaine, Le Réveil et La Toilette de Venus.

Rodin a dédicacé pour son ami Puvis de Chavannes un exemplaire en marbre de Carrare blanc de la Faunesse à genoux. Bien que cette sculpture ne soit pas identifiée explicitement dans la correspondance entre les deux artistes, elle est probablement l'objet d'un remerciement envoyé par Puvis de Chavannes à Rodin en août 1890.

Ce marbre de 54 cm de haut a été vendu pour € 720K incluant premium par Cornette de Saint Cyr le 6 juillet 2011, lot 23. Je l'avais discuté dans cette chronique avant la vente. Il est estimé £ 1M à vendre par Christie's à Londres le 5 février, lot 21.