22 sept. 2018

Macallan avec Adami et Blake

La marque Macallan était autrefois appréciée pour ses mélanges. Certains de leurs concurrents menés par Glenfiddish promouvaient le pur malt. Au début des années 1980 Macallan change de stratégie pour le haut de gamme. Les préparations pur malt qui distillaient depuis plusieurs décennies dans leurs réserves ont généré de très petites éditions qui sont parmi les meilleurs whiskys du monde.

Un opérationnel de la marque observe que le Macallan 1926 mis en bouteilles après 60 ans en 1986 est un des plus puissants qu'il ait testés dans sa carrière. Il est aussi le plus ancien dans sa catégorie. 40 bouteilles de 75 cl titrant 42,8% ont été préparées, incluant deux séries de prestige numérotées chacune de un à douze. L'étiquette d'une des séries est une impression d'un dessin par Valerio Adami, l'autre par Peter Blake.

Ces bouteilles sont les plus chères du monde, en vente privée et aux enchères. Le 25 avril 2018 il a été annoncé qu'une Adami et une Blake venaient d'être vendues à l'aéroport de Dubai pour US $ 600K chacune. Bonhams préparait alors une vente aux enchères de deux bouteilles similaires, estimées HK $ 3,6M chacune. Le 18 mai l'Adami 2/12 était vendue pour HK $ 8,6M incluant premium et la Blake 8/12 pour HK $ 8M incluant premium. Bonhams Magazine a calculé que le prix au verre dépasse US $ 40 000.

D'autres bouteilles font maintenant surface avec des estimations plus élevées tenant compte de la vente du 18 mai. L'Adami 5/12 est estimée au-dessus de £ 700K à vendre par Bonhams à Edimbourg le 3 octobre, lot 86. La Blake 9/12 est estimée au-dessus de $ 700K à vendre par Sotheby's à New York le 12 octobre, lot 1559. Les estimations hautes sont cohérentes entre elles, respectivement £ 900K et $ 1,2M.

Les deux bouteilles qui viennent en vente, tout comme celles du 18 mai, sont intégrées dans leur conditionnement de sécurité 'tantalus'. L'Adami 5/12 est vendue par son propriétaire d'origine. Une légère corrosion de la capsule est annoncée par Sotheby's pour la Blake.




20 sept. 2018

Calligraphie sur Jade

L'écriture Chinoise est standardisée à 3000 caractères par les Qin vers 220 BCE. La calligraphie est développée par deux grands maîtres contemporains l'un de l'autre sous les Han à la fin du deuxième siècle CE : Zhong atteint la perfection pour l'écriture standard et Zhang développe la calligraphie cursive.

Sous la dynastie des Jin au quatrième siècle CE, Wang Xizhi égale Zhong et tente d'égaler Zhang. Son fils Wang Xianzhi porte l'écriture cursive au rang d'un art majeur. Le geste de l'artiste devient beaucoup plus important que le texte. En tentant d'établir des copies les plus exactes possibles, les lettrés retrouvent non seulement le geste mais aussi l'émotion de l'ancien artiste.

Aucun original par Wang Xizhi n'a survécu. Une ancienne copie non datée 24,7 x 13,9 cm d'une de ses calligraphies a été vendue pour RMB 308M incluant premium par China Guardian en novembre 2010.

L'empereur Qianlong rassemble tout l'héritage culturel de ses prédécesseurs. Une salle du palais est dédiée entièrement à la conservation de trois trésors de la calligraphie ancienne. Des copies sont réalisées à titre de diffusion et aussi d'exercice, y compris par l'empereur lui-même qui note son appréciation sur des colophons et appose son sceau.

Qianlong sait que le papier est incompatible avec une préservation éternelle. Les albums ne sont donc pas suffisants. Il fait inciser les calligraphies les plus prestigieuses dans des écrans de jade. Contrairement aux potiers, les inciseurs signent parfois leurs oeuvres, ce qui montre à quel point leur travail était important pour l'empereur.

Les calligraphies sur jade respectent l'exactitude du trait du document d'origine et aussi les bossages et creux liés à l'écriture et aux sceaux, ce qui est un exploit technique quand on considère que le jade ne peut être ciselé qu'en profondeur. Les incisions sont remplies d'une poudre d'or compressée.

Le 3 octobre à Hong Kong, Sotheby's vend un écran 31 x 30 cm d'1,7 cm d'épaisseur, lot 3203 estimé HK$ 40M. Le jade de couleur céladon est volontairement parsemé de taches blanches imitant la neige.

Elle est gravée et dorée des deux côtés. L'un d'eux reproduit un des trois trésors, qui est aussi le seul autographe authentifié de Wang Xianzhi, 22 caractères en écriture cursive. Le colophon impérial et les sceaux sont également reproduits, incluant une date qui correspond à 1746 CE. L'autre côté est consacré à 250 caractères en treize vers, seuls restes d'un poème du début du 3ème siècle CE. Il est une copie d'une plaque non datable gravée d'après une calligraphie du même artiste Wang Xianzhi. L'original perdu avait été copié sous les Song.

19 sept. 2018

Les Points de Fuite de Mark Grotjahn

Inspiré par l'art de Picasso, Mark Grotjahn commence par des peintures abstraites avec deux points de fuite répartis sur une verticale centrale. Les lignes radiantes définissent des triangles qui sont remplis de façon monochrome dans plusieurs nuances d'une couleur de base. C'est sa série des Butterflies, offrant l'illusion de papillons aux ailes ouvertes.

Il change de thème en 2007. Les point de fuite sont désormais multiples, répartis sur la toile pour simuler une bouche, un nez et des yeux en quantité indéterminée. Les graphismes radiants sont désormais des lignes de toutes les couleurs qui s'enchevêtrent en un profond impasto. Les éléments figuratifs disparaissent, comme faisaient les dessins préliminaires de Pollock sous son dripping.

Les couleurs sont soigneusement choisies pour qu'aucune d'entre elles ne soit dominante. Comme pour Rothko ou Gaitonde, les oeuvres originales sont spectaculaires et leur reproductions photographiques sont ternes. Au travers des plis de l'impasto, le spectateur cherche le visage comme il cherche le message caché avec Mark Bradford ou le détail truculent avec Cecily Brown.

Peinte en 2011, Untitled (S III Release to France Face 43.14), huile sur carton montée sur toile 257 x 187 cm, a été vendue pour $ 16,8M incluant premium par Christie's le 17 mai 2017.

Le 4 octobre à Londres, Christie's vend Untitled (Yellow and Green Low Fall Face 41.80), 224 x 124 cm peinte la même année dans la même technique. Elle est estimée £ 6M, lot 21.

18 sept. 2018

Porte-Pinceaux Polylobés pour les Song

Sous les Song la porcelaine remplace le jade pour la vaisselle du palais impérial, à condition que son raffinement soit extrême. La plus grande simplicité géométrique est hautement appréciée. La douceur des glaçures est si grande au toucher qu'elles représente jusqu'à nos jours le sommet inégalable de cet art. Les décorations incisées sont souvent délicates mais ne sont pas indispensables.

Dès le début de la dynastie avec les porcelaines blanches de type Ding, certaines coupelles sont polylobées, prenant la forme d'une fleur épanouie. Cette forme a aussi une raison pratique car elle permet de mieux maintenir les pinceaux à laver.

Il y a 900 ans les Song "du Nord" sont renversés par les Jin. La dynastie Song persiste dans le Sud avec une nouvelle capitale à Hangzhou. Après une longue réticence à s'installer aussi loin de leurs bases d'origine, les Song du Sud y recréent les meilleures porcelaines.

La principale porcelaine des Song du Sud est nommée guan. Imitant la texture des pièces du Nord incluant la phénoménale glaçure Ru, la porcelaine guan innove en une intéressante rivalité entre les traditionalistes et les réformistes minimalistes. Pour plaire aux premiers, une grande variété de nouvelles formes imite les bronzes et les jades antiques. Les modernes cherchent non sans succès à approcher la qualité des pièces Ru.

Un lave-pinceaux Ru des Song du Nord de 13,5 cm de diamètre a été vendu pour HK$ 208M incluant premium par Sotheby's le 4 avril 2012.

Dans un style extrêmement similaire, Sotheby's vend le 3 octobre à Hong Kong au lot 3105 un lave-pinceaux guan des Song du Sud de 14 cm de diamètre. L'épaisse glaçure vert bleuâtre avec une classique texture craquelée est brillante, sans décoration. La couleur change sur le bord, imitant volontairement non sans humour les traces de la position dans le four qui avaient tant déplu aux empereurs Song dans les premiers temps des Ding.

Un plat guan de conception et forme similaires de 18 cm de diamètre avec une glaçure celadon a été vendu pour HK$ 26M incluant premium par Christie's le 28 mai 2014.

Meilleur que Gunga Din

Philip Vincent considère que les records de vitesse augmenteront les affaires pour sa marque de motos Vincent HRD. En 1947 il fait adapter pour cet objectif une moto de série du modèle Vincent HRD Series B Rapide. Elle est surnommée Gunga Din par référence au poème de Kipling qui se termine par le vers célèbre : "You're a better man than I am, Gunga Din".

Gunga Din servira de modèle de développement pendant plusieurs années. Le premier modèle commercial dérivé est la Black Shadow dont le prototype est terminé en février 1948.

Dans sa version d'origine, Gunga Din atteint 130 mph (210 km/h). Ce n'est pas assez : cette vitesse avait été atteinte par BMW depuis 1929 et la marque Allemande détenait depuis 1937 le record avec 173 mph, suivie de très près par Gilera et Brough.

En 1948 Vincent travaille sur une version de course dérivée de la Black Shadow pour laquelle les équipements superflus seront ôtés aux dépens de l'homologation routière. Le 13 septembre à Bonneville, une Black Shadow modifiée bat le record de vitesse sur sol Américain avec 148 mph.

Le prototype d'un nouveau modèle Black Lightning Vincent HRD incorporant les améliorations de Bonneville est exposé par Vincent au British International Motor Show qui ouvre à Earls Court le 27 octobre 1948. La Black Lightning est très chère et ne peut intéresser que les champions confirmés. 5 exemplaires seulement sont vendus pendant le premier semestre 1949.

La deuxième moto de cette série avait été vendue au coureur Suisse Hans Stärkle qui avait été avant guerre pilote d'usine pour NSU. Il l'utilisa en compétition, parfois avec un sidecar. Les propriétaires suivants l'ont modifiée pour obtenir l'homologation routière.

Cette Black Lightning n'a jamais été accidentée malgré un usage fréquent. Elle est estimée $ 400K à vendre par Bonhams à Birmingham, Alabama le 6 octobre, lot 144. Je vous invite à regarder et écouter la video préparée par la maison de ventes.


17 sept. 2018

George en Mouvement

George Dyer a commis son acte irréparable en octobre 1971. Bien que le chagrin de Francis Bacon soit profond et sincère, il n'est pas dénué d'égoïsme. Francis a des remords pour ses propres erreurs de comportement envers le jeune homme. Surtout, cet évènement tragique remonte à la surface avec une puissance sans précédent ses interrogations sur la signification de la vie.

Le corps et l'âme du défunt sont perdus à jamais mais la mémoire subsiste, menacée par l'oubli. Le triptyque conservé à la Tate Gallery montre l'homme amputé de divers organes avant son écroulement sur le panneau central.

Le 4 octobre à Londres, Christie's vend Figure in Movement, huile sur toile 198 x 148 cm peinte en 1972, lot 7 estimé £ 15M.

George est vu de dos, nu, sans amputation, debout en contorsion sur la pointe d'un pied. Le titre est ambigu : par nature un mort ne bouge pas. Une joue est serrée contre un journal illustré par Letraset qu'il ne regarde pas, comme s'il tentait désespérément de se maintenir dans un présent qui ne le concerne plus.

La composition d'ensemble paraît simple mais elle est est en fait peuplée de symboles, plus faciles à décrire qu'à interpréter.

La pièce vide peut être l'atelier d'un photographe : le personnage est inscrit dans une cage filiforme, comme pour une mise en scène d'un instant éphémère ou la prévision du cadrage pour un agrandissement. Cette idée avait déjà été utilisée par l'artiste, par exemple dans les trois images du portrait triptyque de Lucian Freud en 1969.

Le présent est en fait impossible à capter. Sur le sol à côté de la cage, une page du même journal est déchiquetée.

Le corps est éclairé par en haut, projetant au sol une ombre noire. Dans d'autres oeuvres comme le Study for portrait peint en 1977, l'ombre prend la silhouette reconnaissable de Francis Bacon lui-même. L'artiste est ainsi associé au défunt sous une forme dématérialisée.

La peinture est réalisée dans un impasto épais, presque une sculpture. En pétrissant les pigments, Bacon offre sa seule méthode pour créer quelque chose qui s'apparente à la vie : son art.

16 sept. 2018

Exploits Techniques à Jingdezhen

En 1728 CE, Tang Ying est nommé par l'empereur Yongzheng surintendant des porcelaines impériales produites à Jingdezhen. Il passe plusieurs années à observer les meilleures pratiques des potiers. L'une des premières grandes réussites de son mandat est le développement du yangcai, offrant un substitut moins cher au falangcai de la Cité Impériale qui reste le haut de gamme.

Ces premières années sont expérimentales, avec des pièces de toutes formes. Qianlong qui succède à Yongzheng en 1735 CE est tout aussi exigeant que son père. Pour lui plaire, il faut lui apporter en permanence des nouveautés qui répondent à son rôle ambitieux de Fils du Ciel, accumulant les styles de toutes les dynasties et intégrant les nouvelles modes Européennes.

Au début des années 1740 le savoir-faire piloté par Tang Ying à Jingdezhen n'a plus de limites. Les pièces les plus compliquées sont des synthèses technologiques qui requièrent une importante succession de mise à feu aux dépens d'un faible rendement.

Dans un memorandum soumis à Qianlong en 1743 CE, Tang Ying s'excuse de la faible quantité de pièces produites dans le nouveau style de double vase, neuf exactement. La pièce intérieure est enfermée dans le vase extérieur avec une distance d'environ 3 à 4 cm entre leurs parois. Le vase extérieur est percé par de larges trous de formes élégantes qui permettent l'inspection de la partie intérieure. L'extérieur est décoré avec le même foisonnement que les pièces impériales plus classiques.

Qianlong ne demande pas l'impossible. Il autorise de compléter en paires les motifs qui avaient été produits en pièces uniques avant de suspendre cette technique sine die.

Un vase réticulé aux paires de poissons a fait surface dans le Middlesex en 2010. Haut de 40 cm, il mêle les inspirations archaïques, Song, bouddhistes et rocaille, juxtaposant le classique céladon et le moderne yangcai à fond jaune avec sgraffiato. La pièce intérieure est un bleu et blanc d'inspiration Ming. Après 30 minutes d'enchères, le marteau de Bainbridges est tombé à £ 43M, £ 51,6M incluant le premium mais le paiement a échoué et la vente a été annulée.

En 2010 personne n'avait retrouvé le catalogue de l'exposition à New York en 1905 d'une collection Japonaise où la pièce formant paire avait été photographiée et décrite. Ce vase vient de faire surface à son tour et est estimé HK$ 50M à vendre par Sotheby's à Hong Kong le 3 octobre, lot 3001. Il diffère du specimen du Middlesex par une variante plus rare de la marque du règne, et est ainsi peut-être le premier élément produit pour cette paire.

Pei et Zao à Raffles City

L'architecte I.M. Pei a considérablement influencé le style des grandes cités modernes. Quand sa renommée devient internationale, il revisite sa Chine natale. Dans les années 1970 l'Extrême-Orient ne veut plus que son urbanisme suive l'Occident. Ils veulent toujours plus haut, plus spectaculaire, plus fonctionnel. Pei construit à Singapour un gratte-ciel de bureaux de 198 mètres de haut.

Zao Wou-Ki a fait lui aussi son retour aux sources. Dans les années 1980 l'originalité de sa peinture abstraite inspirée par l'Est et l'Ouest rencontre un grand succès en Extrême-Orient.

Pei construit à Singapour un complexe immobilier nommé Raffles City basé sur une tour et deux hôtels, et intégrant un centre commercial et un centre de congrès. En 1985 le projet est suffisamment avancé pour concevoir l'aménagement intérieur. Zao est alors en voyage en Extrême-Orient. Pei lui fait visiter le site de Raffles City et lui passe commande d'une peinture gigantesque qui ornera le grand hall du bâtiment principal aux côtés d'abstractions dans le goût minimaliste de l'architecte par Ellsworth Kelly et Kenneth Noland.

De retour en France, Zao exécute ce travail avec une passion comparable à Monet préparant avec les Grandes Décorations la phase ultime de sa carrière. Le résultat est un triptyque d'huiles sur toiles, 2,80 m x 10 m en tout, qui est installé en 1986 à l'endroit prévu et y restera jusqu'en 2005. Contrairement à l'habitude de Zao, le titre n'est pas une date mais une période, Juin-Octobre 1985, confirmant ainsi l'attention prolongée apportée par l'artiste pour sa création.

Juin-Octobre 1985 est l'oeuvre la plus monumentale dans toute la carrière de Zao. Selon son inspiration de cette décennie, elle évoque l'unicité mystique entre la nature et l'infini. Le centre incandescent est vu au-delà d'un rideau sombre accentué par des bleus stridents. Elle sera vendue par Sotheby's à Hong Kong le 30 septembre, lot 1004. Le communiqué de presse du 7 septembre indique que cette peinture est attendue au-delà de HK$ 350M.

15 sept. 2018

Le Poème des Pavots

Les porcelaines falangcai d'époque Qianlong sont d'une extrême rareté et très difficiles à dater. Cette technique développée à l'origine pour l'empereur Kangxi dans le petit atelier des Jésuites avait survécu au règne de Yongzheng grâce à la persévérance et au talent de Castiglione. La porcelaine blanche préparée à Jingdezhen était décorée avec les émaux des plus exquises couleurs dans cet atelier du palais impérial avant la dernière mise à feu.

Peintre sur soie, Castiglione avait réussi à plaire à ces trois empereurs exigeants en ajoutant au style graphique traditionnel Chinois des éléments d'une grande précision naturaliste. Le vase Qianlong de la collection Meiyintang avec des faisans au nid est un très bel exemple. Il a été vendu pour HK$ 200M en post sale par Sotheby's le 7 avril 2011.

Le 3 octobre à Hong Kong, Sotheby's vend au lot 1 un bol falangcai Qianlong de 11,8 cm de diamètre décoré de pavots. Le communiqué de presse du 30 août indique qu'il est attendu au-dessus de HK$ 200M. Je vous invite à regarder ci-dessous la video partagée par la maison de ventes.

Directement inspiré par l'art de Castiglione, ce bol montre sur sa paroi externe des fleurs de pavots de couleurs variées sur de longues tiges courbées dans toutes les directions par le vent. Tout comme le nid des faisans, cette scène est ancrée sur un sol rocheux. La forme bombée et le bord retourné donnent un effet tridimensionnel à ce dessin qui monte jusqu'en haut de la pièce. L'intérieur du bol est décoré des fruits d'abondance et la marque impériale est en émail bleu.

Qianlong aimait les citations littéraires. Le haut col du vase aux faisans est décoré d'un poème. De même un poème en quatorze caractères orne l'arrière du bol aux pavots en haut d'une large zone par ailleurs inutilisée.

Ce poème est d'époque Ming, directement lié avec le thème du bol. Un des noms du pavot en Chinois est Yu meiren, la Belle Yu, en souvenir de la concubine d'un empereur usurpateur contre les Han. Lorsque la défaite est devenue inévitable, Lady Yu a chanté pour son empereur une chanson langoureuse tout en dansant autour d'une épée sur laquelle elle s'est ensuite transpercée.

Vanités par Richter

Agé de 50 ans en 1982, Gerhard Richter tente de redéfinir sa vie et son art. Les titres de ses peintures, limités à un ou deux mots, n'apportent cependant pas la compréhension et la cohérence. Abstraktes Bild et Ohne Titel sont des titres comme les autres.

Les Kerzen (chandelles) sont un exploit technique avec la transition colorée du halo entre la flamme et l'abstraction. Ces vanités répondent aussi aux questions métaphysiques de l'artiste.

Est-ce un hasard ? Les très spectaculaires crânes par Jean-Michel Basquiat sont peints la même année.

Vingt ans plus tôt à Düsseldorf, Richter avait reçu d'un ami un modèle de crâne humain. Il ne l'avait pas encore utilisé. En 1983 il photographie cet artefact posé à l'endroit ou à l'envers. Il réalise une petite série de peintures en projetant l'image photographique sur la toile. L'estompage des contours apporte une transition vers l'abstraction. L'image évanescente flotte quelque part entre ici et l'au-delà.

La première série de Schädel (crâne) est composée de quatre opus, 545-1 à 545-4, ce dernier intitulé 'Schädel, abstrakt' confirmant le désir de l'artiste d'assurer la cohérence globale de son oeuvre. 546-1 et -2 est un retour aux Kerzen, probablement pour retrouver le tour de main. 547-1 montre le crâne en position retournée. Dans la même position, il est associé à une chandelle dans 547-2.

La série des crânes est terminée avec 548-1 et -2, comme si tout d'un coup l'artiste avait surmonté une angoisse temporaire de la mort en intégrant ensemble le crâne, l'abstraction et la chandelle.

Ces Schädel sont extrêmement rares sur le marché de l'art. 545-3 a été vendu pour $ 1,5M incluant premium par Christie's le 16 mai 2000. 545-1, huile sur toile 80 x 65 cm, sera vendu par Christie's à Londres le 4 octobre, lot 11. L'estimation de £ 12M à £ 18M est dévoilée par Christie's dans l'Auction preview du 6 septembre.