16 juin 2019

Red 5 et White 6

Le 5 juillet à Goodwood, Bonhams vend au lot 345 une des voitures les plus dominantes de l'histoire de la Formule 1. Cette Williams-Renault FW14B pilotée par Nigel Mansell a en effet gagné en succession les cinq premiers Grand Prix de la saison 1992.

Williams utilisait des moteurs Renault depuis 1989. Cette alliance était prometteuse. Pour la saison 1991, Williams a embauché l'ingénieur Adrian Newey pour mettre au point le modèle FW14. L'année suivante la FW14B corrige les faiblesses de la boîte de vitesses de la FW14 et ajoute la suspension active assistée par ordinateur.

Les numéros en course sont attribués de façon permanente aux équipes. Williams a reçu le 5 et le 6. Pour bien les différencier sur les circuits, le 5 est rouge et le 6 est blanc.

La voiture à vendre a été Red 5 pendant les sept premiers Grands Prix, assurant à Nigel Mansell une avance considérable pour le titre de champion du monde. Mansell a ensuite changé de voiture en conservant le numéro 5. Son ancienne voiture est alors devenue une White 6 pour son coéquipier Riccardo Patrese qui l'a conduite dans six Grands Prix.

Cette Williams est un exemple remarquable de cohérence entre sa technologie et le style de pilotage d'un champion : sa suspension automatique convenait parfaitement à Mansell mais moins à Patrese. Elle a été retirée de la compétition après un accident spectaculaire mais heureusement sans gravité au Grand Prix du Portugal.

Elle est aujourd'hui équipée du moteur utilisé dans son tout premier Grand Prix en Afrique du Sud, un Renault RS3 V10 de 3,5 litres. Elle est en état de fonctionnement. Je vous invite à regarder la vidéo intégrée dans le tweet.


Une Visite à Arezzo

Elève d'Andrea del Sarto à Florence, il Rosso Fiorentino appartient à la génération qui suit Raffaello et Michelangelo. Il développe un maniérisme original avec une profusion de personnages dans des positions contorsionnées.

Après le bref règne de l'austère Adrien VI, l'élection d'un nouveau pape Medicis en novembre 1523 attire immédiatement à Rome les artistes Toscans. Vasari a raconté le passage du Rosso dans la ville d'Arezzo, en route pour Rome en 1524. Originaire d'Arezzo, Vasari a certainement été influencé par cette occasion de mettre en valeur sa ville natale.

A Arezzo, le Rosso rend visite à un peintre nommé Giovanni Antonio Lappoli qui a reçu une commande pour un important autel privé. Lappoli n'est pas un artiste majeur. Le Rosso le tire de l'embarras en réalisant pour lui un dessin préparatoire.

Le dessin 12,6 x 12 cm à la craie noire vient d'être identifié après avoir été non détecté pendant plusieurs siècles à cause d'une attribution incorrecte à Michelangelo. Il est estimé £ 500K à vendre par Sotheby's à Londres le 3 juillet, lot 307. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.

Sur le thème de la Visitation, ce dessin montre dix personnages répartis sur un escalier. Ils sont nus selon la pratique habituelle à cette époque pour les dessins préparatoires des peintures. Malgré le petit format, ce dessin est très finement réalisé, avec un effet de lumière qui invite à l'utilisation de couleurs vives dans l'oeuvre finale.

Lappoli a utilisé ce dessin pour sa peinture. Quelques personnages ont été substitués, sans doute à la demande du patron. Elle est restée jusqu'à nos jours à Arezzo.

Le Rosso a apporté un grand soin à ce dessin qui méritait amplement les louanges de Vasari. Il n'a cependant pas créé une oeuvre originale pour son ami : son Mariage de la Vierge peint l'année précédente mettait en scène un groupe similaire sur le même escalier.

14 juin 2019

Vue Intérieure de San Marco

Peintre des vues de Venise, Canaletto a su y incorporer les foules de personnages de la vie quotidienne. Dans ses dessins préparatoires exécutés devant le monument, il cherche une précision absolue dans les détails et la perspective. En utilisant ces dessins comme une sorte de banque d'images, il prend dans ses peintures des libertés par rapport à la topographie pour plaire à ses clients. Il a aussi dessiné beaucoup de capricci, avec une profusion de détails inventés.

Ses dessins sont ainsi les meilleurs témoignages de l'ambiance réelle à Venise en son temps. Par exemple, un dessin 25 x 37 cm montrant le Campo San Giacomo di Rialto a pu être daté après 1758 par la forme du pavage. Il a été vendu pour £ 1,95M incluant premium par Sotheby's le 4 juillet 2012.

L'intronisation d'un nouveau doge donne lieu à d'importantes célébrations. Le 118ème doge est élu en 1763. Canaletto prépare une série de douze dessins sur ce thème dans le but d'une édition par gravure sous le titre Feste Ducali. Aucun d'entre eux n'a été transposé en peinture par Canaletto. Guardi s'en chargera quelques années plus tard.

Ces douze oeuvres, livrées en deux groupes successifs à l'éditeur en 1766, sont des chefs d'oeuvres du dessin Vénitien. Sur un grand format 39 x 55 cm, la finesse des traits de plume et la beauté des trois nuances de lavis de gris avec des rehauts de craie sont incomparables. La trame est à l'encre brune.

La foule festive est au premier plan, de sorte que le groupe avec le Doge est secondaire. L'artiste montre la vie à Venise sans s'intéresser aux célébrités officielles. Ces images ne résultent certainement pas de témoignages directs, ce qui rend plausible le délai de trois ans entre les cérémonies et l'achèvement des dessins.

Le Couronnement du Doge sur la Scala dei Giganti a été vendu pour £ 2,63M incluant premium par Sotheby's le 5 juillet 2017. La Présentation du Doge à San Marco, vue intérieure de la basilique, est estimée £ 1,5M à vendre par Sotheby's à Londres le 3 juillet, lot 338.

Calculs Vénitiens

Né en Toscane, Luca Pacioli reçoit une éducation orientée vers le commerce. Il rencontre (probablement à Urbino) Piero della Francesca, né dans le même borgo que lui. Piero est un des plus éclectiques esprits de la Renaissance, capable d'intégrer dans ses théories à la fois les mathématiques et l'art pictural.

Luca s'établit de façon durable à Venise dans les années 1470, comme frère franciscain. Venise est la cité des marchands. Il y lit les ouvrages de ses plus importants prédécesseurs dont Fibonacci. Il continue à enseigner et prépare une compilation exhaustive des connaissances en termes d'arithmétique, de géométrie et d'étude des proportions, auxquelles il ajoute les meilleures pratiques de comptabilité du commerce Vénitien.

Luca écrit son manuel en langue Italienne et pas en latin, pour assurer qu'il sera bien compris par les marchands. Dédié au duc d'Urbino, il est édité en 1494 à Venise par Paganinus de Paganinis sous le titre Summa di arithmetica, geometria, proporzioni e proporzionalita.

Un exemplaire annoncé en état superbe de ce premier tirage de la première édition dans sa reliure d'origine sera vendu par Finarte à Rome le 20 juin. lot 507.

Leonardo da Vinci achète l'année suivante un exemplaire du même tirage. Sans doute à sa demande, Luca rejoint la cour de Ludovico Sforza à Milan en 1496. La collaboration du mathématicien et de l'artiste est vite interrompue par les guerres d'Italie mais elle est fructueuse, approfondissant et appliquant le concept de nombre d'or. Paganinus publie leur travail commun en 1509 à Venise sous le titre Divina proporzione.

Un exemplaire du second tirage de la première édition de la Summa, imprimé vers 1502 par Paganinus après quelques rectifications typographiques, a été vendu pour $ 1,21M incluant premium par Christie's le 12 juin 2019.

13 juin 2019

Le Guerrier du Nord

Le trésor de Lewis a été révélé en 1831 par un participant pendant une réunion de la Society of Antiquaries of Scotland. Il était composé de 92 pièces de jeu en ivoire de morse et d'une boucle de ceinture. Les figures constituaient quatre ensembles presque complets de jeu d'échecs. Le reste était composé de pions d'échec et de jetons pour le jeu de table, prédécesseur du jacquet.

Cet ensemble venait d'être trouvé dans l'île de Lewis, à l'extrémité des Hébrides, face au grand large. Il est aujourd'hui réparti entre le British Museum et le National Museum of Scotland.

Les figures sont typiques des sagas Nordiques, depuis la majesté du roi jusqu'à la férocité des gardes qui seront plus tard les tours. Autour de 1200 CE les Normands, successeurs des Vikings, appréciaient le jeu d'échecs : simulation de la guerre, symbolisme de la vie et de la mort par le noir et blanc des cases et le déroulement du jeu.

Une reine similaire à ses homologues de Lewis a été trouvée à Trondheim. Cassée très probablement pendant le ciselage, elle témoigne d'une origine norvégienne de sa production, utilisant l'ivoire d'Islande ou du Groenland. Pour le trésor de Lewis, l'hypothèse la plus probable est qu'il a été perdu par un marchand dans un naufrage.

Le 2 juillet à Londres, Sotheby's vend un garde en ivoire de morse de 8,8 cm de haut qui a toutes les caractéristiques des pièces de Lewis, lot 7 estimé £ 600K. Comme pour le trésor, l'usure est due à un contact prolongé avec l'eau de mer et le sable. Contrairement aux pièces de Lewis, elle n'a pas été nettoyée et conserve des traces vert foncé qui sont peut-être sa couleur d'origine pour le jeu.

Cette pièce est inédite. Elle a été achetée en 1964 pour £ 5 par un antiquaire d'Edinburgh à un de ses confrères et la famille l'a aimée jusqu'à nos jours pour sa mystérieuse beauté d'un autre temps. Elle est la première pièce d'échecs du type de Lewis à être disponible sur le marché depuis la découverte du trésor.

12 juin 2019

Cabinets Baroques à Anvers

Le 4 juillet à Londres, Christie's vend une paire de meubles baroques provenant d'une collection Rothschild, lot 50 estimé £ 1,5M.

Ces deux pièces sont composées d'un cabinet décoré en première partie sur un piètement de caryatides en bois doré, pour une hauteur totale de 2,40 m. Cette première partie est une marquèterie de laiton et étain sur de l'écaille de tortue. Sa décoration surabondante est à l'honneur du roi Philippe V d'Espagne et de ses batailles. Le monogramme du roi est inscrit à plusieurs endroits.

La paire en contre partie, décorée en écaille sur métal, est également identifiée. Elle a été séparée en 1944. Un de ces cabinets a été vendu pour £ 890K incluant premium par Sotheby's le 30 octobre 2002. L'illustration est comme toujours moins fine qu'en première partie.

Une fabrication française est exclue pour deux raisons. Ces piètements à caryatides étaient démodés à Paris où Boulle venait de créer le mobilier moderne. Les illustrations narratives sont très rares dans le mobilier français. Dans ces conditions, une attribution à Hendrick van Soest apparaît comme hautement crédible.

Travaillant à Anvers, van Soest avait précédemment produit des cabinets de forme similaire avec les plus luxueuses marquèteries. Il avait expédié en 1703 à Madrid un groupe de bureaux portant un hommage au nouveau roi. Son inventaire après faillite en 1713 enregistre plusieurs meubles au monogramme de Philippe V, incluant peut-être les deux paires qui font l'objet de la présente discussion.

1713 est aussi la date du traité d'Utrecht qui met fin à la guerre de succession d'Espagne. Ce groupe de cabinets a probablement été créé cette année-là pour célébrer la victoire de la dynastie des Bourbon contre les Habsbourg. Il n'a probablement pas été livré au roi et se trouvait quelques décennies plus tard dans la collection d'un bourgeois flamand.

Un des cabinets de la prochaine vente est illustré sur le tweet.

11 juin 2019

Les Terrains Blancs de L.S. Lowry

La carrière de L.S. Lowry n'est pas exceptionnelle. Il vit avec ses parents dans une banlieue avec des parcs, à Manchester. Il les suit en 1909 dans une banlieue ouvrière. Il ne cache pas qu'il déteste le paysage industriel. Quand il prend sa retraite 43 ans plus tard, il est caissier chef dans une entreprise de Manchester. Il est célibataire et n'a jamais su conduire une voiture.

La courte biographie ci-dessus ne suffit pas pour révéler que cet artiste a été le meilleur témoin de la vie de la classe ouvrière dans le nord de l'Angleterre et qu'il menait sa vie personnelle avec un humour hors du commun. Il se définissait comme un peintre du dimanche qui peint tous les jours de la semaine (après la fin de sa journée de travail).

Il vit pour son art et refuse les honneurs, y compris une élévation à la knighthood proposée par un premier ministre travailliste.

Le fond de ses images est souvent un grand bâtiment terne, qui cache le reste de la ville : il l'avait un jour observé depuis le quai de la gare où il venait de rater son train. Ses personnages constituent des foules actives qui vont et viennent, formant un beau contraste sur un sol blanc. Ce n'est pas de la neige : il avait été vexé par un critique d'art qui trouvait que sa palette était trop sombre. En plus du blanc, il n'utilise d'abord que quatre couleurs. Ses couleurs deviennent plus variées après la seconde guerre mondiale.

Cet observateur social regarde avec acuité les groupes d'enfants, parce qu'ils sont passionnés par leurs jeux et politiquement innocents. Le 18 juin à Londres, Sotheby's vend A Cricket Match, huile sur toile 45 x 61 cm peinte en 1938, lot 16 estimé £ 800K. Les gamins improvisent une partie de cricket sur un terrain vague. Les adultes sont rares : à cette heure-là, ils sont à leur poste de travail. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.

L'artiste n'omet pas d'encourager l'équipe de football locale. Il a peint la même année un groupe de supporters avant le match Manchester City vs Sheffield United. Le dessin de Lowry reste trop caricatural quand ses personnages sont en gros plan. Cette huile sur toile 43 x 53 cm est passée à Christie's le 6 juin 2008 sur une estimation basse de £ 700K.

Egalement peinte en 1938, the Fairground, huile sur toile 45 x 61 cm montrant une animation festive, a été vendue pour £ 1,42M incluant premium par Sotheby's le 13 décembre 2007.


La Colombe est revenue

Sous le titre La Magie noire, René Magritte montre en 1934 une femme nue, debout, vue de face, comme une Venus de Milo qui aurait retrouvé ses bras. La tête et le torse imitent le bleu du ciel, en contradiction avec le bas du corps traité dans la couleur de la chair. Une colombe est posée tendrement sur une épaule, le bec près de la joue.

Une version 73 x 54 cm avec le même titre a été vendue pour £ 1,62M incluant premium par Christie's le 28 février 2017. Le Beau navire, 93 x 70 cm, a été vendu pour £ 3,7M incluant premium par Sotheby's le 3 février 2010. Ces deux exemples ont été peints en 1942. La colombe n'est plus là. La main tient une rose éphémère.

Une version ultérieure de La Magie noire, huile sur toile 81 x 60 cm peinte en 1946 a été vendue pour $ 2,1M incluant premium par Sotheby's le 3 novembre 2008. Elle est estimée £ 2,5M à vendre par Sotheby's à Londres le 19 juin, lot 17.

Ce remake réalisé pour son frère Raymond inclut les principaux éléments des versions précédentes : la femme bicolore aux yeux vides, une main sur un rocher servant de piédestal. La paix est revenue, la colombe aussi.

Le tweet montre un détail.

10 juin 2019

Le Fils de Jan l'Ancien

Le fils ainé de Jan Brueghel, également prénommé Jan, partage un atelier à Anvers avec van Dyck. Les deux jeunes gens échappent à l'épidémie de choléra qui tue Jan Brueghel l'ancien en janvier 1625 : ils faisaient alors le traditionnel voyage en Italie.

Quand Jan le jeune revient à Anvers quelques mois plus tard, il est le seul capable de reprendre l'atelier familial. Sa fratrie a été décimée et son demi-frère Ambrosius est encore un enfant.

Jan l'ancien laissait une oeuvre originale d'une très grande variété. Jan le jeune propose à ses clients les mêmes thèmes avec d'autres variantes, avec une prédilection pour les scènes avec des animaux. Il continue aussi la pratique très courante à Anvers de coopérer avec d'autres artistes, tout particulièrement avec Rubens qui était son parrain.

L'entrée des animaux dans l'arche de Noé, huile sur panneau 60 x 90 cm par Jan le jeune avec une date illisible qui est probablement 1625, a été vendue pour $ 2,9M incluant premium par Christie's le 27 janvier 2010.

Pan et Syrinx, huile sur panneau 58 x 95 cm, a été réalisée à quatre mains vers 1626. Rubens a peint les personnages et Jan le jeune le paysage, les fleurs et les animaux. Cette oeuvre a été vendue pour $ 3,1M incluant premium par Sotheby's le 22 avril 2015. Ce thème avait fait l'objet d'une coopération similaire entre Rubens et Jan l'ancien, avec une composition différente.

Les séries allégoriques, comme par exemple les quatre saisons, les cinq sens et les quatre éléments, ont intéressé la famille Brueghel. Elles permettent de répartir le savoir faire sur une plus grande surface. L'ensemble des saisons peint en 1624 par Pieter le jeune en quatre panneaux 42 x 57 cm a été vendu pour £ 6,5M incluant premium par Christie's le 7 juillet 2016.

Le 3 juillet à Londres, Bonhams vend l'ensemble des éléments peint par Jan le jeune en quatre huiles sur cuivre 33 x 48 cm, lot 58 estimé £ 800K. Le Dr Ertz a conclu à une oeuvre autographe par Jan le jeune, sans collaboration. L'utilisation de ces cuivres d'assez grand format pour cette technique montre le désir du jeune artiste de fournir des peinture de grande qualité, certainement peu de temps après avoir succédé à Jan l'ancien.

Les collaborations continuent, surtout avec Hendrick van Balen pour les figures. Un autre ensemble d'éléments avec une iconographie beaucoup plus simple en quatre panneaux 58 x 95 cm a été vendu pour $ 2,2M incluant premium par Christie's le 27 janvier 2010. Cette coopération entre Jan le jeune et Frans Francken le jeune est probablement ultérieure à la mort de van Balen survenue en 1632.

La Série du Boulevard Montmartre

Le groupe impressionniste n'a pas survécu à la sécession de Seurat et Signac en 1886. Au fil de leurs rivalités et de leurs disputes, Pissarro est le seul à avoir participé à toutes les expositions.

Durand-Ruel ne se décourage pas. Il avait soutenu le mouvement depuis la première heure et organisé leur seconde exposition dans sa galerie en 1876. Menacé par la faillite, il conserve ses toiles impressionnistes puisque personne n'en veut. Il trouve la solution en organisant des expositions permanentes ou temporaires à Londres et à New York. Les collectionneurs commencent à s'intéresser à Monet et Renoir.

Pendant l'hiver 1890-1891, le thème des Meules par Monet devient une série, sans que cela ait été voulu à l'origine par l'artiste. La grande avancée de cette nouvelle phase de l'impressionnisme est la série des Peupliers en 1891 et les trois séries des cathédrales de Rouen commencées en 1892 : Monet garde la même composition d'une oeuvre à l'autre pour exprimer les variations de la lumière.

Le nouveau succès de l'impressionnisme atteint enfin Pissarro, installé depuis 1884 à Eragny-sur-Epte où il peint inlassablement l'ambiance rurale. Contrairement à Monet, Pissarro ne fuit pas l'animation urbaine. Après une concertation avec Durand-Ruel, il conçoit des séries sur le Paris moderne.

Pour sa première série de vues de Paris, il s'installe en février 1897 au Grand Hôtel de Russie. Jusqu'au printemps, il observe par la fenêtre toute l'enfilade du boulevard Montmartre, avec son interminable double procession de calèches, les passants sur le trottoir, la réapparition des feuilles au début du printemps, les becs de gaz pour illuminer la nuit.

Pissarro a peint environ quinze huiles sur toile dans une topographie identique. Matinée de printemps, 65 x 81 cm, a été vendue pour £ 19,7M incluant premium par Sotheby's le 5 février 2014 sur une estimation basse de £ 7M. Fin de journée, 54 x 65 cm, est estimée £ 3,5M à vendre par Sotheby's à Londres le 19 juin, lot 9.