22 juin 2018

Les Bibles Polyglottes

Préparée entre 1502 et 1517 à l'université catholique d'Alcala, la première Bible polyglotte a pour but d'offrir aux théologiens et aux orientalistes les textes sacrés dans leurs langues traditionnelles. La lecture comparative est directe sur trois colonnes par page pour l'Ancien Testament en hébreu, latin et grec. Pour le Pentateuque une traduction commentée en chaldéique est ajoutée. L'hébreu est omis pour le Nouveau Testament.

Christophe Plantin s'installe en 1549 à Anvers comme relieur puis devient imprimeur en 1555 dans cette ville.

La Bible d'Alcala devenait périmée. Il lui était reproché d'être inégale, due à la difficulté de l'équipe d'édition de maîtriser les quatre langues. De plus la plus grande partie des exemplaires avait disparu dans un naufrage et elle n'avait pas été rééditée.

Plantin a l'idée de créer une nouvelle Bible polyglotte basée sur la Bible d'Alcala. Il expose quelques modèles de feuilles à la Foire de Francfort en 1566 pour trouver des sponsors, mettant en concurrence les catholiques et les protestants. Le projet passionne le roi d'Espagne Philippe II qui est aussi souverain des Pays-Bas. Le roi envoie en 1568 son chapelain Benito Arias Montano pour créer une équipe d'experts philologues et superviser l'édition.

Dans les quatre langues ainsi que pour le Syriaque qui a été ajouté, l'imprimeur parvient à choisir les plus beaux types disponibles, incluant les caractères Hébreux utilisés par Bomberg et Grecs par Alde. Dans l'atelier quatre presses sont utilisées pendant cinq ans.

Pour son usage personnel et pour présenter à de grands dignitaires, le roi commande treize exemplaires sur vélin. Ces livres de très grand luxe sont terminés en 1572 en folio 42 x 30 cm. Deux volumes de thesaurus ne sont pas prêts mais leur version sur papier pourra être ajoutée ultérieurement.

Philippe II avait gardé cinq exemplaires pour son usage personnel. Ils resteront groupés dans la collection royale pendant plus de deux siècles, jusqu'à ce que Charles III les partage entre ses fils. L'exemplaire du plus jeune fils, 6 volumes reliés en 11 livres, est estimé £ 400K à vendre par Christie's à Londres le 11 juillet, lot 152. C'est le dernier exemplaire sur vélin restant en mains privées. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes.


21 juin 2018

La Berlinette Britannique

Après les grands succès de 1959 Aston Martin met fin successivement à ses équipes en Grand Tourisme et en Formule 1. Les efforts de développement concernant la DB4GT incluent cependant des versions de compétition. La domination de Ferrari appelle à des allègements pour lesquels Aston Martin coopère avec Carrozzeria Zagato. Le coupé DB4GT Zagato est dévoilé au Salon de l'Auto de Londres en 1960.

John Ogier, propriétaire de l'équipe privée Essex Racing Stable, veut maintenir une participation entièrement Britannique dans les compétitions internationales. Il achète deux DB4GT Lightweight en 1960 puis deux DB4GT Zagato en 1961. Il obtient pour son équipe le support de l'usine. A la même période l'Américain Cunningham tente une approche comparable avec Jaguar.

En 1962 Aston Martin sent bien que ce ne sera pas suffisant pour gagner. Sous la référence de projet MP209, Zagato va encore plus loin dans l'allègement avec d'importantes modifications de la forme de la carrosserie.

L'une des deux Zagato 1961 de l'équipe Essex est lourdement accidentée en mai 1962 à Spa. Des réparations importantes sont nécessaires et Aston Martin transforme cette voiture selon la configuration DP209. Elle est à nouveau accidentée en août 1962 à Gooodwood, cette fois-ci avec au volant le futur champion du monde Jim Clark.

Dans le haut de gamme ce sont les victoires qui génèrent les ventes. La berlinette Aston Martin a beaucoup de déboires en compétition, incluant la tenue de route et l'usure des pneus. La collaboration entre Aston Martin et Zagato est terminée après la 19ème voiture alors que 25 avaient été prévues à l'origine. Trois voitures seulement ont reçu la configuration DP209. Elles peuvent être considérées comme des prototypes du châssis P214 sorti en 1963.

L'ancienne Zagato DP209 d'Ogier a été rétablie dans sa configuration de 1962 après un accident de la route dans les années 1990. Elle sera vendue au lot 335 par Bonhams à Goodwood le 13 juillet. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes. La vue arrière est partagée par Hipwell sur Wikimedia.

La 14ème Zagato, qui n'était pas une DP209, a été vendue pour $ 14,3M incluant premium par RM Sotheby's le 10 décembre 2015.




19 juin 2018

Têtes Idéales par Canova

Spécialiste du marbre, Antonio Canova sculpte des figures et des monuments d'une extrême qualité. L'oeuvre est précédée de modèles en argile et en plâtre.

Grâce à un processus mis au point par l'artiste, la finition est belle et brillante, atteignant la délicatesse d'une vraie peau. Canova a expliqué sa méthode qui consiste à passer sur la surface un pinceau trempé dans de l'eau sablée puis à nettoyer avec une éponge. Le marbre reste naturel sans adjonction de pigments.

Les bustes de jeunes femmes se prêtent très bien à la perfection atteinte par Canova. A partir de 1811 il propose à ses clients des Têtes Idéales (Teste Ideali) auxquelles il donne généralement des identifications mythologiques, historiques, littéraires ou allégoriques. Certaines sont données à des patrons qu'il souhaite honorer.

En mars 2012 une tête en marbre est vendue aux enchères à Londres sans identification d'auteur et de sujet et sans provenance. L'acheteur l'inspecte après la vente et l'identifie comme étant La Paix sculptée en 1814 par Canova pendant qu'il travaillait à une statue entière sur ce thème pour un ministre Russe.

A cette époque toute l'Europe a hâte d'en finir avec les guerres Napoléoniennes. Le Pape demande l'aide de Canova pour le rapatriement d'oeuvres pillées. Le Buste de la Paix a été promis puis donné par l'artiste à un Lord Britannique impliqué dans ce projet. L'identification de l'oeuvre a été perdue par les descendants.

Ce buste de 53 cm de haut en incluant son socle en marbre blanc sera vendu au lot 25 par Sotheby's à Londres le 4 juillet. La vidéo ci-dessous montre que sa qualité est réelle. Il est surprenant qu'aucune attribution n'ait été tentée en 2012.

La Dérive Finale de Kippenberger

Martin Kippenberger a toujours mis en question la civilisation. Son art décalé centré sur des auto-portraits repoussants montre bien qu'il ne peut pas obtenir de réponse. La société n'empêche pas les catastrophes. Parfois elle les provoque, suscitant des scandales.

En 1996 il expose à Copenhague son installation intitulée The Happy End of Franz Kafka's Amerika. A côté de son installation il voit Le Radeau de la Méduse.

Ce Radeau à la dérive peint par Géricault en 1818-1819 a assuré la transition entre le classicisme et le romantisme, entre l'art officiel obséquieux et la protestation politique. Les dimensions de l'original, 491 x 716 cm, en font l'équivalent d'une installation moderne. Basée sur un fait réel, la peinture entremêle les vivants, les agonisants et les cadavres. Contrairement à la peinture classique il n'y a pas de héros mais la vigie qui domine cette scène terrible est un noir.

Kippenberger est malade. Le cancer attaque son foie et son pancreas et il ne se soigne pas. Il a l'âge auquel Mapplethorpe est mort, 43 ans. Sa femme Elfie le photographie dans les positions des personnages de Géricault. Il réalise une importante série de peintures, dessins et lithographies sur le thème du Radeau, centrée sur un tapis qui montre le plan du radeau.

Le 27 juin à Londres, Phillips vend au lot 8 une huile sur toile 150 x 180 cm peinte en 1996. Cet autoportrait est mis en scène dans la position du cadavre prêt à tomber dans la mer en bas à droite du Radeau de Géricault. La bande bleu foncé à gauche de l'image accentue l'idée que la mort est inéluctable, un peu sur le modèle du sinistre Black Fire abstrait de Barnett Newman.

18 juin 2018

Louis XIV à Cheval

Pendant le règne de Louis XIV l'art doit glorifier ce roi qui veut être l'égal des plus grands souverains de l'histoire. En 1665 Bernin propose un monument équestre qui serait installé entre le Louvre et les Tuileries. Il reçoit deux ans plus tard la commande pour une statue en marbre de Louis XIV basée sur la statue équestre de Constantin.

Les années passent et le monument de Bernin n'est toujours pas livré. Le roi a établi pendant ce temps un régime protectionniste, y compris en matière d'arts. Avant même la réception du monument en 1685, Louvois demandait à Girardon d'y apporter d'importantes modifications. Cette statue de près de 4 m de haut est ensuite installée à Versailles.

Il faut faire mieux. En 1686 un bronze montrant Louis XIV debout en costume de sacre est installé sur la nouvelle Place des Victoires. Haut de 12 m en incluant son haut piédestal, le monument a été réalisé par Desjardins. Il sera détruit pendant la Révolution.

La place qui deviendra Place des Conquêtes avant d'être la Place Louis-le-Grand et plus tard la Place Vendôme est également en cours de construction. Poussé par Louvois, le roi commande en 1685 une statue équestre à Girardon. Conçu sur le modèle de la statue de Marc Aurèle, le monument est réalisé en 1692 en une seule coulée de 60 000 litres de bronze. Inauguré en 1699, il mesure 7 mètres de haut, 17 m en incluant le piédestal, et sera également détruit sous la Révolution.

En 1690 Louvois veut la même chose pour son château à Meudon. Girardon prépare un modèle très similaire, avec un changement dans la position du bras pour tenir un bâton de commandement. Cette version sera illustrée dans le répertoire des oeuvres et collections de Girardon réalisé sous la supervision de l'artiste à la fin de sa vie.

Quatre répliques en réduction de la statue équestre de Louis XIV par Girardon ont été réalisées sous la supervision de l'artiste. Une seule d'entre elles est dans la configuration Louvois-Meudon. Cette statue 104 x 90 x 43 cm pesant 232 Kg est estimée £ 7M à vendre par Christie's à Londres le 5 juillet, lot 130.

La date de fonte d'un des trois spécimens en configuration Louis-le-Grand est connue : 1696. Les inspections radiographiques de trois répliques montrent que les bras ont été assemblés sur des corps étayés par des armatures internes similaires.

17 juin 2018

Les Cinq Travaux d'Hercule

Pietro Tacca avait les talents et la position nécessaires pour devenir un des meilleurs sculpteurs de tous les temps. Il n'a pas eu de chance. Elève puis assistant de Giambologna à Florence, il succède au maître en 1608. Dans le même temps le baroque succède au maniérisme.

Tacca conçoit des groupes dans des activités violentes ainsi que des monuments équestres, réalisés en bronze par assemblages d'éléments. Sa statue du roi Philippe IV d'Espagne sur un cheval cabré en équilibre sur les pattes arrière et la queue est un exploit technique sans précédent mais l'artiste meurt en 1640 juste avant l'installation de ce chef d'oeuvre.

En 1612 l'héritier du trône d'Angleterre est le prince Henry, âgé de 18 ans. Il communique au grand-duc de Toscane son intérêt pour les bronzes. Attiré par l'idée d'un support facile pour une nouvelle alliance, le grand-duc commande à Tacca des groupes illustrant les travaux d'Hercule.

Vers 1614 Tacca a réalisé cinq modèles mais le jeune prince est mort et le projet n'intéresse plus personne. Vingt ans plus tard il restait encore des arriérés de paiement.

Ce n'est pas Pietro mais son fils Ferdinando qui porte à la perfection l'art du bronze Florentin, avec une finition de surface qui simule de façon différenciée la peau, le cheveu, le textile, la fourrure, la roche, la plante. Les cinq travaux d'Hercule étaient restés inutilisés. Ferdinando réalise les premiers bronzes de cette série après la mort de son père. La sculpture est passée de mode. Dix ans plus tard Ferdinando devient machiniste de théâtre et architecte.

En 1681 le roi de France Louis XIV désire parachever l'éducation de son fils héritier le Grand Dauphin. Il constitue une collection de neuf bronzes à caractère humaniste incluant quatre des travaux d'Hercule réalisés dans les années 1640 par Ferdinando Tacca.

Sorti des collections royales pendant la Révolution Française, Hercule terrassant le taureau Acheloüs, 58 x 55 x 38 cm avec une belle patine brun-rougeâtre, a été vendu pour $ 1,65M par Sotheby's le 20 mai 1994. Il sera vendu par Christie's à Londres le 5 juillet, lot 110. Le communiqué de presse du 16 avril annonce une estimation autour de £ 5M.

Amitié entre Florence et Dresde

L'Europe n'est pas une nouveauté. Florence et Dresde dépendent toutes deux du Saint-Empire Romain. L'électeur de Saxe aimerait avoir des ânes Italiens dans ses étables. La coopération qui s'établit entre les deux villes à partir de 1572 est l'équivalent d'un jumelage moderne. Florence est la capitale des arts, incluant des monuments et des sculptures grandioses. Dès 1577 Dresde a l'ambition d'être reconnue comme la Florence de l'Elbe.

L'électeur August de Saxe meurt en 1586. Florence prépare des cadeaux diplomatiques pour son successeur l'électeur Christian. Les présents incluent des chevaux et des bronzes.

Le grand-duc Francesco est un grand amateur du style Maniériste. Depuis 1583 l'Enlèvement des Sabines de Giambologna (Jean de Boulogne) est installé dans la Loggia dei Lanzi qui était et est restée la plus sensationnelle exposition permanente au monde pour des sculptures monumentales.

Le cadeau du grand-duc inclut trois bronzes par Giambologna, probablement choisis dans la collection ducale. Giambologna est au faîte de sa gloire au point que le grand-duc refuse qu'il quitte Florence. Il n'ira pas à Dresde mais ajoute un bronzetto à titre personnel. L'électeur l'en remercie par une chaîne en or. Les quatre bronzes figurent dès 1587 dans l'inventaire du Kunstkammer électoral.

Pour cette opération Giambologna a choisi le Dieu Mars. Le modèle avait été créé par d'autres artistes. Le style est résolument maniériste, opposant les gestes de grande autorité du dieu de la guerre à une nudité musclée. Aucun accessoire symbolique n'est nécessaire pour identifier le dieu. Ce thème n'est pas lié à la personnalité du nouvel électeur qui n'avait pas d'ambitions militaires.

Les opérations nécessaires à la réalisation d'un bronze étaient longues mais Giambologna a probablement créé ce Mars spécifiquement pour cette opération. La supériorité de l'artiste sur ses concurrents réside dans la qualité du ciselage et de la finition. La petite dimension inhabituelle pour l'artiste à cette époque est peut-être une volonté politique de ne pas concurrencer les oeuvres offertes par le grand-duc.

Ce bronze de 40 cm de haut monté sur un petit socle en bois est estimé £ 3M à vendre par Sotheby's à Londres le 4 juillet, lot 5. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.

16 juin 2018

L'Erosion des Ancêtres

Les anciens Africains n'écrivaient pas. Les régions sèches ont préservé leur art, donnant une petite idée incomplète de la vie sociale et des croyances des humains dans les conditions primordiales.

Dans la forêt humide le bois pourrit. Pourtant quelques oeuvres du groupe ethnique Mbembe du Nigeria ont été préservées par un mécanisme proche de la fossilisation qui a affecté différemment les parties dures et tendres du bois. Ces figures ont ainsi atteint en trois ou quatre siècles une texture craquelée qui renforce l'impression d'une épave primordiale.

Cet art était inconnu en Europe en 1972 quand Hélène Kamer-Leloup achète une statuette à un marchand Malien. Elle obtient en tout par cette provenance onze pièces de cette culture qu'elle expose dans sa galerie à Paris en 1974.

Par chance l'existence d'une pièce complète conservée au Staatliche Museum à Berlin permet de connaître la configuration globale et l'utilisation de cet art. Il s'agit d'un tambour monumental en bois évidé. Flanqué de deux plates-formes latérales occupées respectivement par la statuette d'un guerrier et d'une mère, il mesure 3,30 m hors tout.

Dans le corpus de cet art Mbembe l'homme est agressif, parfois debout. La femme est assise au sol avec les genoux levés, avec ou sans un enfant sur ses genoux. L'attitude est fière ou peut-être orante, avec le menton légèrement relevé.

Une figure féminine de 75 cm de haut provenant de la collection Kamer-Leloup d'origine est estimée € 2M à vendre par Christie's à Paris le 27 juin, lot 72. Les membres sont manquants au-delà des coudes et des genoux mais la tête a conservé des détails morphologiques précis.

15 juin 2018

Le Partage des Aquarelles

Au retour de son voyage de tourisme en Suisse en 1841, Turner décide de proposer des aquarelles d'assez grand format qui seront des oeuvres uniques en alternative aux huiles sur toile. En quatre ans il réalisera ainsi 25 "finished" landscapes.

Au printemps 1842 son agent commercial Thomas Griffith organise à Londres la vente de dix oeuvres dont quatre seulement sont terminées. L'artiste a réalisé des esquisses pour un total de quinze sujets qui permettront aux clients d'apprécier à l'avance l'effet de l'oeuvre finale.

Griffith sélectionne quatre clients pour cette opération. Trois sont de grands collectionneurs d'art moderne. Le très jeune John Ruskin dont la réputation comme critique d'art est déjà établie est le quatrième. Il reconnaîtra plus tard avec justesse que cette série d'aquarelles est ce que Turner a fait de mieux dans toute sa carrière dans cette technique.

Le plus ancien collectionneur refuse l'invitation. Le plus motivé est Munro of Novar qui avait eu en 1836 l'honneur rare d'être accepté comme compagnon de voyage de Turner. Il part avec trois aquarelles finies et achète deux des futures oeuvres. Ruskin choisit aussi deux futures oeuvres.

L'autre client est l'armateur Bicknell qui avait acheté en 1841 la vue de la Giudecca. Cette huile sur toile 61 x 92 cm est le chef d'oeuvre des vues de Venise par Turner. Elle a été vendue pour $ 36M incluant premium par Christie's le 6 avril 2006.

Dans le partage des vues de Suisse, Bicknell prend le Rigi bleu, une des quatre aquarelles 30 x 45 cm immédiatement disponibles. Cette vue de la montagne en contre-jour à l'aube est un chef d'oeuvre de l'art pré-impressionniste avec la limpidité et la luminosité d'une aquarelle sur papier. Elle a été vendue pour £ 5,8M incluant premium par Christie's le 5 juin 2006.

Pour faire pendant à son Rigi parmi les aquarelles restant à réaliser, Bicknell choisit une vue du lac de Lucerne depuis Brunnen. Elle est estimée £ 1,2M à vendre par Sotheby's à Londres le 4 juillet, lot 209.

Après la livraison de la vue du lac à Bicknell, Turner donne son esquisse préparatoire à Griffith. Les esquisses n'étaient pas destinées au commerce. Turner gardera toutes les autres qui feront partie de son legs à Tate Britain. Cette aquarelle 25 x 31 cm du lac de Lucerne a été vendue pour $ 1,1M incluant premium par Christie's le 30 janvier 2018.

14 juin 2018

Transition Chippendale

Sorti en 1754 et étendu à 160 planches pour sa troisième et dernière édition en 1762, le "Director" de Thomas Chippendale est le recueil des plans conçus par lui pour fabriquer des meubles de luxe. Les clients peuvent s'adresser à l'auteur pour leurs ameublements et la concurrence peut s'en inspirer sans copyright. Chippendale apparaît ainsi comme le leader incontesté du nouveau mobilier de maison anglais. Le choix des styles est vaste, incluant Gothique, Chinois et rococo.

La très récente mode du néoclassicisme est inspirée en architecture par le néo-palladianisme et en mobilier par le style français appelé plus tard Transition Louis XV - Louis XVI. L'harmonie des proportions remplace la complexité des formes et des ornements. Les faces avant des commodes perdent leur galbe tandis qu'une attention nouvelle est portée à la splendeur des bois.

Succédant en 1765 à son père comme Baronet, Rowland Winn hérite d'une vaste demeure de style Palladien dans le Yorkshire. L'année suivante il achète une résidence à St. James's au coeur de Londres pour satisfaire les envies de sa femme pour une vie sociale brillante. Le baronet aime le style moderne pour lequel il fait appel à Robert Adam. Les relations d'Adam avec Chippendale sont excellentes depuis leur collaboration pour le mobilier Dundas.

Une commode néoclassique en acajou 89 x 159 x 59 cm ouvrant par deux portes est estimée £ 3M à vendre par Christie's à Londres le 5 juillet, lot 10. Elle était apparue dans la succession de Winn. En 1991 pendant la préparation d'une vente à Christie's, une facture datée 1769 de Chippendale à Winn avait fait surface, décrivant les transformations des tiroirs et casiers internes. Une date autour de 1766 est plausible pour la construction d'origine de ce meuble.

Cette pièce non signée est le chef d'oeuvre de Chippendale dans la catégorie des commodes néo-classiques, avec une façade rectilinéaire, des côtés latéraux concaves et une frise de grecques en ébène qui correspond bien à la nouvelle mode française.

Les seuls meubles directement comparables sont une paire de commodes réalisées environ dix ans plus tard, apparue en 1914 avec une histoire liée au duc de Wellington. Il est cependant intéressant de considérer également une commode en divers bois précieux à façade galbée, également non signée, vendue le 7 décembre 2010 par Sotheby's pour £ 3,8M incluant premium sur une estimation basse de £ 600K.