25 févr. 2020

Figures à Arirang

Le Festival d'Arirang est organisé régulièrement à Pyongyang pour exalter le patriotisme Nord-Coréen. Il est à la fois collectiviste et populaire : les acteurs sont aussi les spectateurs et chaque participant a répété pendant des mois les gestes à exécuter pour se confondre totalement dans la masse. Il ne peut rien exister de semblable, nulle part.

Sur la scène les milliers de gymnastes coordonnent leurs gestes rapides pour construire des figures globales d'une grande simplicité géométrique et d'une grande beauté. Dans les gradins des milliers d'enfants brandissent des pancartes de couleurs, constituant tour à tour les différents symboles visuels du régime Nord-Coréen.

Ces personnes n'ont pas d'existence individuelle. En termes de chimie, ils sont les atomes d'un unique matériau. En termes d'impression, ils sont les pixels de l'image. Dans les vidéos d'Arirang il est impossible de discerner une caractéristique spécifique d'un gymnaste, ni dans le geste ni dans le costume.

En 2007 Andreas Gursky assiste à la cérémonie d'ouverture d'Arirang. Sa technique de reconstruction d'une image globale à partir de photos successivement focalisées sur les différentes distances offre une très haute résolution sans distorsion depuis le premier plan jusqu'à l'arrière-plan.

Pyongyang I, III, IV et V montrent des figures de gymnastique. Un Pyongyang IV 304 x 205 cm a été vendu pour £ 1,33M incluant premium par Sotheby's le 15 octobre 2010. Un Pyongyang V 307 x 219 cm a été vendu pour £ 1,08M incluant premium le 30 juin 2014 également par Sotheby's. Pyongyang III est en format panoramique, 206 x 422 cm. Dans une phase où l'arrière-plan est inactif, il offre une composition en bandes horizontales qui ressemble au chef d'oeuvre de l'artiste, le Rhein II de 1999.

Pyongyang II est un diptyque de deux éléments 185  x 237 cm chacun sur Plexiglas 207 x 259 cm. Il montre une figure de soldats en carrés successifs avec en arrière plan un vol de colombes sur une vue et une paire de pistolets de Kim Il Sung sur l'autre, signifiant que la paix est assurée par la force militaire.

Le diptyque Pyongyang II 4/6 a été vendu pour $ 960K incluant premium par Christie's le 26 septembre 2013.  Le diptyque Pyongyang II 6/6 a été vendu pour £ 830K incluant premium par Christie's le 14 février 2012 et est estimé $ 400K à vendre par Sotheby's à New York le 6 mars, lot 265.

24 févr. 2020

Origines de la Peinture

Les peintures abstraites de Pierre Soulages sont admirées aux Etats-Unis. Il fait un séjour à New York en 1957 et rencontre Rothko et Motherwell. En France, il est un ami de Zao Wou-Ki. Pour le public son art a des affinités avec ces artistes, et avec Kline et Shiraga.

Pourtant Soulages veut conserver son indépendance. Il considère que chacune de ses oeuvres exprime une émotion, et déjoue les envies des critiques d'art d'établir une chronologie de sa créativité. Les techniques évoluent mais pas l'inspiration.

Il accepte cependant une influence. L'homme est l'animal qui a inventé la peinture. Soulages admire sans limite les oeuvres des grottes néolithiques : Lascaux, le bison d'Altamira, plus tard Chauvet. L'homme préhistorique a peint dans le noir, avec des pigments colorés et du charbon noir. Il utilisait très peu le blanc malgré la facilité à trouver la craie. Le noir met en valeur toutes les autres couleurs par contraste. L'homme néolithique a aussi inventé le mysticisme et la poésie.

Tout ceci n'est pas facile, d'autant plus qu'il ne commente pas ses oeuvres. Souvent une peinture de Soulages n'est compréhensible que par lui-même.

Il produit ses chefs d'oeuvre entre novembre 1959 et mars 1960. Sa technique consiste à arracher des petites surfaces sur une large forme noire, pour que le regard accède à une sous-couche de couleur vive, ou bien en d'autres endroits au blanc de la toile. La sous-couche n'est pas complète mais sous la partie intacte du noir seul l'artiste peut savoir où sont ses limites.

Avec une sous-couche bleu clair,  Peinture 195 x 130 cm 21 Novembre 1959 a été vendue pour £ 4,3M incluant premium par Sotheby's le 26 juin 2013. Avec une sous-couche rouge sang qui est une des couleurs de Lascaux, Peinture 186 x 143 cm 23 Décembre 1959 a été vendue pour $ 10,6M incluant premium par Christie's le 15 novembre 2018. Avec une sous-couche de plusieurs nuances d'ocre, Peinture 200 x 162 cm 14 mars 1960 a été vendue pour € 9,6M incluant premium par Tajan le 27 novembre 2019. Dans tous ces exemples, la sous-couche colorée est confinée sous la masse noire.

Créée avec la même technique, Peinture 128,5 x 128,5 cm 16 décembre 1959 est une composition résolument différente. Sur la toile d'un carré parfait, la masse noire s'approche des bords sans les atteindre, avec une sorte de symétrie qui rappelle une tache de Rorschach invitant à toutes les interprétations psychologiques. Le fond autour de la masse noire est rouge bordeaux. Cette couleur n'apparaît au travers du noir que par une minuscule lucarne carrée tandis que de très longues incisions révèlent le blanc.

Peinture 128,5 x 128,5 cm 16 décembre 1959 est estimée £ 5,5M à vendre par Bonhams à Londres le 12 mars, lot 8.

22 févr. 2020

Poussière d'Or

Le 20 mars à Baltimore, Stack's Bowers vend deux pièces d'or fabriquées en 1854 à la Branch Mint de San Francisco. Le half eagle ($ 5), gradé AU58+ par PCGS, est estimé $ 1,5M, lot 7335. Le quarter eagle ($ 2,5), gradé AU50 par PCGS, est estimé $ 300K, lot 7325. Chacune d'elles est la meilleure de son type. Elles ont été produites dans la même usine à un jour d'intervalle. C'est la rareté qui fait la différence.

En 1850, quand la Californie adhère à l'Union, la ruée vers l'or bat son plein. La création d'une Branch Mint à San Francisco est contestée par les adversaires de la décentralisation. Le président Fillmore adresse au Congrès un argument social qui sera décisif : les mineurs sont forcés à accepter des discounts importants quand ils vendent la poussière d'or aux acheteurs privés, il faut centraliser ce commerce pour stopper cette injustice.

L'usine de San Francisco ouvre ses portes le 3 avril 1854 pour recevoir l'or. Le premier dépôt est effectué par The Adams Express Company, consistant en 50 ounces d'or enregistré dans les registres pour $ 1 311,92 le 11 avril.

On ne s'improvise pas fabricant de monnaie. Deux semaines plus tard, les ouvriers parviennent enfin à maîtriser les fourneaux. Du 18 au 20 avril, les premiers lots de $ 20, $ 10, $ 5 et $ 2,5 sont produits avec des quantités respectives de 178, 260, 268 et 246 pièces qui suffisent pour démontrer la faisabilité.

L'usine n'a pas de chance. Les difficultés techniques n'ont pas toutes été résolues, et sont aggravées par le naufrage en février 1854 du bateau qui acheminait l'acide nitrique nécessaire pour purifier l'or. L'usine ne lance en 1854 aucun autre lot de $ 5 et $ 2,5.

Le 29 avril, le Mountain Democrat, journal de l'El Dorado County, raconte qu'un agent d'Adams a exhibé plusieurs exemples de demi-aigles récemment fabriqués à San Francisco. Les autres dénominations ne sont pas citées. On ne reverra plus de half eagle 1854-S avant les années 1910, avec une première vente publique en 1932.

Quatre exemplaires en tout sont apparus, dont l'un a été perdu probablement irrémédiablement dans un cambriolage en 1967. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par NGC comparant les quatre pièces pour annoncer leur garantie d'authenticité de la quatrième qui venait de faire surface. Cette pièce gradée XF45 a été vendue pour $ 2,16M incluant premium par Heritage le 16 août 2018.

The Adams Express Company est une société de convoyage fondée à Boston en 1840. Son bureau de San Francisco, créé en 1849, pratiquait aussi le commerce de la poussière d'or. Le dépôt de 50 ounces effectué le 3 avril est bien petit pour une société aussi puissante, concurrente de l'American Express. Son prix en or brut, indiqué ci-dessus, équivaut au prix de 262 half eagles, à comparer avec les 268 pièces du premier lot de cette dénomination.

Le détail des transactions financières entre Adams et la Branch Mint n'est pas connue mais il n'était pas anormal avant 1854 de payer les déposants avec des monnaies réalisées avec leur or. Si l'on suppose qu'Adams a acheté tout le lot de half eagles, on constate qu'il s'agit d'une excellente opération promotionnelle, incluant à la fois un retour d'expérience vers les mineurs et la conformité avec les souhaits exprimés par l'ancien président Fillmore. Après cette opération, les pièces n'étaient plus utiles à Adams. La plupart ont sans doute été fondues.

Environ onze quarter eagles 1854-S ont survécu. Comparé au chiffre de production de 246 pièces, la proportion semble normale pour une édition de pièces livrées pour circulation.


21 févr. 2020

Le Class III Restrike

Le Class III Restrike est la désignation utilisée en 1962 par Newman et Bressett pour décrire un novodel du dollar 1804, réalisé secrètement à l'usine de Philadelphie, distinct du Class II par son bord lettré. Une pièce Class II et six Class III ont survécu.

Le dollar 1804 est le dernier modèle réalisé avant la suspension de production du dollar d'argent qui durera jusqu'en 1836. Les 19 570 pièces déclarées dans le rapport annuel pour 1804 sont toujours restées introuvables, créant des mythes fabuleux comme la disparition de la totalité de la production dans un naufrage. Les outillages existaient à l'usine, et avaient été conservés.

En 1834 le gouvernement demande deux spécimens de chacune des dénominations de monnaie américaine dans l'année courante ou la dernière année de production, pour constituer à peu de frais des cadeaux diplomatiques pour le roi de Siam et le sultan de Muscat. L'usine n'a pas de dollar 1804 dans ses stocks. Il est facile d'en recréer quelques exemplaires : c'est le Class I, dont huit exemplaires sont connus, représentant probablement la totalité de la production.

Un exemplaire est utilisé en 1842 pour illustrer un manuel publié par deux employés de l'usine, Eckfeldt et DuBois. Les collectionneurs deviennent fous. L'usine accepte en 1843 un échange avec l'un d'eux, récupérant l'unique exemplaire d'un projet abandonné de monnaie d'or de 1785 avec l'inscription Immune Columbia.

Le Class II restrike est créé à l'usine en 1858. C'est une opération clandestine de mauvaise qualité destinée à tirer profit de l'avidité des collectionneurs. L'usine demande à les récupérer. Trois sont détruites et une est gardée comme spécimen à l'usine. Aucune autre Class II n'est connue. La seule pièce survivante a été frappée sur un thaler suisse de 1857, avec un bord lisse.

L'idée de produire des restrikes monte jusqu'au plus haut niveau de la hiérarchie. En 1859 le Mint director J.R. Snowden tente en vain d'obtenir une autorisation du Trésor pour de telles opérations.

La production du Class III à l'usine de Philadelphie est incontestable, probablement en 1858 ou 1859. Le lettrage maladroit sera réalisé tardivement sur les pièces précédemment frappées, qui pouvaient être des Class II faites sur planchettes vierges et restées à l'usine. La première Class III fait surface en 1876, tendant à prouver que les utilisations illicites de cette variante avaient été bloquées avec succès jusqu'à cette date.

Quatre Class III ont été usées artificiellement par frottement en poche pour faire croire à des pièces authentiques fabriquées en 1804. Le lot avait cependant été réalisé avec un proof finish qui n'existait pas avant 1817.

Un Class III gradé PR58 par PCGS a été vendu pour $ 2,3M incluant premium par Heritage le 30 avril 2009.

Un autre Class III, gradé PR55 par PCGS, a été vendu pour $ 1,88M incluant premium par Stack's Bowers le 6 août 2014, lot 13146.  Je l'avais discutée dans cette chronique avant cette vente. Provenant maintenant de la collection Pogue, cette pièce est estimée $ 1,2M à vendre par Stack's Bowers à Baltimore le 20 mars, lot 7304.

La production de dollars d'argent avait déjà été faible en 1803, permettant une prolongation de l'utilisation des matrices. Les pièces de 1 dollar annoncées en 1804 dans le rapport annuel ont certainement été frappées avec les matrices des années antérieures, peut-être à cause d'une disponibilité trop tardive des matrices à la date de 1804, qui resteront inutilisées jusqu'en 1834.

20 févr. 2020

Les Trésors du Colonel Snowden

Le trade dollar de 1885 n'a pas été documenté en son temps et n'a fait l'objet d'aucun enregistrement dans les registres de l'usine de Philadelphie. Physiquement, cette pièce est identique au trade dollar 1884 à l'exception de la date. Elle a été fabriquée à Philadelphie avec les méthodes de production de l'usine et ne peut pas être un novodel.

L'interdiction de continuer à produire le trade dollar 1884 était intervenue juste après la fourniture au caissier en janvier d'un premier lot couvrant environ un quart de la quantité annuelle nécessaire pour les silver proof sets. Les matrices 1884 n'ont cependant été détruites qu'en janvier 1885, comme si l'usine avait attendu un contre-ordre du gouvernement. Il y avait un précédent, le cafouillage de 1878, quand la production des trade dollars de circulation avait été redémarrée sur de mauvais arguments après avoir été interdite.

Cinq trade dollars 1885 ont survécu. Inconnus du caissier de l'usine, ils étaient probablement des pièces d'essais pour une production qui n'a jamais été autorisée, ce qui expliquerait l'omission des références internes. Entre temps, le démocrate Grover Cleveland était devenu président et la position du surintendant de l'usine de Philadelphie, le républicain A. Loudon Snowden, devenait intenable. Il démissionna, ou fut contraint à démissionner, en juin 1885.

En 1908 le marchand John Haseltine annonce à la Convention de l'ANA l'existence du trade dollar 1884, que certains numismates proches de l'usine avait supposée. Le trade dollar 1885 est encore insoupçonné à cette date.

Snowden avait eu l'habitude pendant sa surintendance de garder des échantillons des opérations effectuées par l'usine. En 1909 il a besoin d'argent et vend au collectionneur William Woodin par l'intermédiaire de Haseltine le fleuron de son trésor, les deux seules pièces d'or de $ 50 fabriquées en 1877 pour un projet d'union ($ 100) et half union ($ 50) dans le contexte du développement de l'étalon or. Le projet avait été abandonné pour des raisons de faisabilité technique.

Le maintien en mains privées des deux half unions suscite un tollé, et la vente est annulée après une action en justice. Snowden reprend les deux pièces qui sont immédiatement restituées à l'usine par don ou confiscation. Après un accord à l'amiable, Snowden, incapable de payer Woodin, lui remet son trésor en 1910.

Cette transaction n'a pas fait l'objet d'un inventaire mais il ne fait aucun doute que les quatre trade dollars 1884 qui n'avaient pas appartenu à Haseltine et les cinq trade dollars 1885 faisaient partie du lot. Toutes ces pièces ont été mises sur le marché par des associés de Woodin entre 1911 et 1915.

Le meilleur trade dollar 1885, gradé PR66 par NGC, a été vendu pour $ 3,96M incluant premium par Heritage le 10 janvier 2019. Une autre pièce, gradée PR64 par PCGS, sera vendue le 19 mars à Baltimore par Stack's Bowers, lot 3216.

19 févr. 2020

Dernier Rapport pour le Trade Dollar

Le trade dollar est créé en 1873 en même temps que l'étalon or. La production de pièces pour circulation cesse en 1878. Les proof coins, destinées aux collectionneurs et le plus souvent insérées dans les silver proof sets, sont maintenues à Philadelphie jusqu'en 1883. 979 trade dollars sont produits en 1883, une quantité très comparable aux 865 proof coins de 1873.

L'usine de Philadelphie prépare 1884 de façon similaire. Le rapport de fin d'année déclarera la production de 264 pièces, livrées au caissier en janvier. Peu après le Treasury Department interdit la production et la vente de nouveaux trade dollars. Le caissier rend 254 pièces qui sont fondues. Aucune n'est conservée pour les archives. Les matrices sont détruites en janvier 1885. Le modèle devient mythique, d'autant plus qu'une impression en cuivre était connue.

L'existence de pièces survivantes est révélée quand six unités sont vendues par le marchand John Haseltine, en 1907 et 1908. Elles proviennent de proof sets assemblés par feu son beau-père William Idler pour sa collection personnelle. Joaillier à Philadelphie, Idler avait aussi été un pionnier du commerce numismatique, en relation directe avec l'usine. D'un tempérament secret, il ne dévoilait pas ses trésors.

Il apparaît que le colonel Snowden, surintendant de l'usine de Philadelphie, avait acquis les dix pièces manquantes, très probablement avant l'ordre d'annulation de l'opération, probablement pour en céder six à Idler et conserver les autres pour lui.

Cet acte était tout à fait légal : les employés de l'usine pouvaient acheter des pièces neuves à leur valeur faciale. La relation avec les collectionneurs explique la survivance de pièces d'essais dont le modèle a été rejeté, comme par exemple la stella coiled hair de 1879 et 1880.

Les quatre autres pièces ont fait surface plus tard, sans lien apparent avec la filière Idler-Haseltine. Les dix pièces manquantes selon l'arithmétique des registres sont ainsi connues. Elles sont toutes en mains privées. Neuf d'entre elles sont gradées PR63 et au-dessus, et la dixième est PR50.

Un Trade dollar gradé PR66 par NGC a été vendu pour $ 1,14M incluant premium par Heritage le 10 janvier 2019. Un autre, gradé PR64+ Cameo par PCGS, sera vendu par Stack's Bowers à Baltimore le 19 mars, lot 3215. Le lot suivant est un Trade dollar 1885, plus mystérieux et encore plus rare, qui fera l'objet d'un autre article dans cette chronique.

18 févr. 2020

L'Art du Chasse-Mouches

Joe DiMaggio atteint une popularité sans précédent dans le baseball. Il est fier de faire toute sa carrière dans la prestigieuse équipe des New York Yankees, avant et après son engagement actif dans la Seconde guerre mondiale.

En 1941 il réalise son plus grand exploit sportif, inégalé à ce jour : 56 matchs successifs avec au moins un safe hitting, du 15 mai au 17 juin. Ce record est accompagné d'une chanson par Les Brown and His Band of Renown, recréant la passion du stade et des filles : « Joltin' Joe DiMaggio, We want you on our side (nous te voulons dans notre équipe)».

Bien entendu Joe est la vedette des cartes de baseball de son temps. En 1940 il est le # 1 dans la série de 240 cartes Play Ball éditées par Gum Inc, avec une photo sur laquelle il est prêt à frapper. Il est le meilleur batteur de la MLB avec une moyenne de .381 dans la saison précédente. Le dos considère qu'il est le meilleur fly-chaser (chasse-mouches) et mérite son nouveau surnom de Yankee Clipper (sécateur), faisant implicitement de Joe le successeur du Sultan of Swat (écrase-mouches).

En 1941 sa carte Play Ball est numérotée 71 dans une série limitée à 72 qui inclut aussi ses deux frères, Vince et Dom. L'image est la même que l'année précédente à l'exception du fait qu'elle a été colorée. Pour expliquer ce recul apparent dans la liste, on peut supposer que la Play Ball 1940-1 n'était pas épuisée quand les impressions 1941-1 à 1941-48 ont été préparées. Le texte au dos est remis à jour.

Environ 800 cartes 1941-71 ont été gradées par PSA mais une seule est certifiée au plus haut niveau de leur échelle, Gem Mint 10. Elle est estimée $ 500K dans la vente en ligne par Heritage qui se termine le 22 février, lot 50014.

16 févr. 2020

Super Ado

A l'apogée de l'ère du rêve américain, les super-héros de nos grands-pères sont devenus super-ringards. Batman survivra mais pas Superman.

Marvel Comics ne trouve pas la solution. Son nouveau magazine Amazing Adventures prend avec le # 7 un nouveau titre, Amazing Adult Fantasy. Le sous-titre, The Magazine that respects your intelligence, montre avec une grande naïveté le désarroi des éditeurs face aux profonds changements de la société.

Ce magazine n'est pas viable. En août 1962 pour le # 15, Stan Lee, chargé de préparer les histoires, essaye quelque chose de résolument nouveau. Le héros n'est plus un simple monstre humanoïde. Il a le comportement d'un adolescent ordinaire, avec sa timidité et ses problèmes d'argent. Il incarne simultanément le super-héros à la fois tout-puissant et pleinement responsable que tous les enfants rêvent de devenir : il est Spider-Man.

Pour cet appel aux enfants, le mot Adult est supprimé du titre du magazine. Le succès est immédiat et considérable. Amazing Fantasy est clos après ce numéro. Le magazine mensuel The Amazing Spider-Man est lancé par Marvel en mars 1963 avec un nouveau # 1.

De nos jours, la pérennité de Spider-Man est encore assurée, avec une quantité croissante de produits dérivés. La cote des exemplaires en excellent état d'Amazing Fantasy # 15 suit ce nouvel engouement. Les grades identifiés ci-dessous ont été attribués par CGC.

Le magazine était vendu pour 12 cents en 1962. En 2011 un exemplaire gradé Near Mint + 9.6 a été vendu pour $ 1,1M par ComicConnect en vente privée. Ces succès attirent de nouveaux exemplaires à la surface. Le 18 février 2016, Heritage a vendu pour $ 454K incluant premium un NM 9.4 avec des pages off-white, qui venait de passer 35 ans dans un coffre de banque. Ce prix a été dépassé le 16 janvier 2017 par un 9.2 vendu pour $ 460K par ComicLink.

La population certifiée par CGC est maintenant de 6 en 9.4 et 4 plus haut. Le 5 mars à Dallas, Heritage vend un NM 9.4, lot 91050. Son papier gradé Off white to white est presque parfait.

Le Choix d'un Rothschild

A l'époque des gentlemen drivers, en 1932, la Bugatti Type 55 carrossée en roadster Super Sport sans portes par l'usine sur le dessin de Jean Bugatti allie la robustesse légendaire de la marque avec une élégance d'un raffinement sans précédent dans l'automobile. 14 exemplaires sont réalisés.

Victor Rothschild, héritier de la baronnie des banquiers britanniques, ne s'y trompe pas. Agé de 21 ans, il est étudiant à Cambridge où il mène une vie de playboy. Il ne commande pas La Royale ni La Petite Royale mais une Super Sport Jean Bugatti, qui est assemblée en août 1932. Il sera en 1936 le tout premier des trois clients de la Bugatti Atlantic.

La 55 Super Sport génère jusqu'à nos jours des passions. En 1985 le Dr Edmonds, physicien à l'université de Boston, apprend que la Type 55 ex Rothschild va passer aux enchères chez Sotheby's à Londres. Il saute dans un Concorde et devient le propriétaire de la merveille pour £ 440K, à l'extrême limite de ses possibilités financières, au-delà du prix maximum qu'il s'était fixé.

Edmonds remet la voiture en état de fonctionnement avec tous ses équipements d'origine. En 1993 sa Bugatti est First in class à Pebble Beach. Il ne s'en séparera jamais. Provenant de sa succession, elle est estimée $ 6,5M à vendre par Bonhams à Amelia Island le 5 mars, lot 123.

Un autre des 14 roadsters a été vendu pour $ 10,4M incluant premium par Gooding le 21 août 2016. Elle avait participé comme voiture d'usine aux Mille Miglia 1932 et avait été maintenue en matching numbers.

Citons également une Type 55 carrossée en SuperSport avec des portières par Figoni, vendue pour € 4,6M incluant premium par Bonhams le 6 février 2020. Elle avait été pendant 56 ans la voiture préférée de son propriétaire, récemment décédé.

15 févr. 2020

Le Spider et son Toit

Le California Spider n'est pas un spyder et ne doit pas être confondu avec un cabriolet. C'est un coupé dont le toit a été enlevé.

En 1955 Ferrari est jaloux des succès de la Mercedes-Benz 300 SL. Il fait développer une berlinette sportive sur le châssis 250 GT. Dessinée par Pinin Farina et fabriquée par Scaglietti, ce modèle sera surnommé TdF après ses victoires dans le Tour de France.

En 1957 John von Neumann, agent de Ferrari pour la côte ouest des Etats-Unis, déplore que cette nouvelle voiture ne réponde pas à l'envie de ses clients pour une voiture de sports Européenne légère, agréable à conduire sous le soleil Californien.. Il suffirait d'ouvrir la berlinette.

Luigi Chinetti, importateur de Ferrari aux Etats-Unis, transfère l'idée de von Neumann à Enzo Ferrari. Ferrari n'est pas enthousiaste parce qu'il promeut le lancement du lourd cabriolet 250 GTC, assemblé sur le même châssis, qui sera connu sous le nom de Cabriolet Pinin Farina Prima Serie.

Si Ferrari n'avait pas avalisé la version sportive, Pinin Farina ou Scaglietti n'aurait pas eu de difficulté à offrir cette transformation sur demande privée. Le prototype de ce modèle au goût Californien est bien une Ferrari, réalisée par les mêmes sous-traitants que la TdF : dessin par Pinin Farina et fabrication par Scaglietti. Il est livré en janvier 1958 à un client de Chinetti.

En juin et juillet 1958, Scaglietti assemble sept voitures sur ce modèle. Quand il redémarre la production à l'automne 1958, Ferrari entérine enfin cette Speciale comme un nouveau modèle, la Ferrari 250 Granturismo Spyder California, abrégée en Ferrari 250 California, une désignation qui n'invite pas à une concurrence avec l'autre cabriolet. Spyder devient bientôt Spider pour décourager la comparaison avec le Spyder Porsche.

Les spiders du printemps 1958 ont avec les TdF certains poins communs qui seront différenciés ultérieurement, dont l'arrangement des fentes d'aération latérales et des feux arrière, et les pare-chocs. Elles offrent déjà la prestigieuse option des phares couverts et les options de capote pliante et de hardtop amovible.

Un seul de ces huit premiers spiders est vendu en Europe. Il est revenu en matching numbers après l'annulation en 1990 d'un échange de moteurs effectué en 1973 avec une 250 GT Ellena. Il a conservé ses principaux éléments d'origine, dont le châssis, la boîte de vitesses, les freins, la suspension et la carrosserie et est accompagné de son très rare hardtop d'usine. Les phares sont couverts.

Ce spider est estimé $ 9M à vendre par Gooding à Amelia Island le 6 mars, lot 43. Voici le lien vers le communiqué de presse.