16 nov. 2014

Les Trois Têtes de St Antoine

En 1945, la vie reprend après la Seconde Guerre Mondiale. Albert Lewin prépare un film d'après Bel-Ami, le roman de Maupassant. Les tentations rappellent la légende de St Antoine dans le désert d'Egypte, un bon thème pour intéresser les artistes surréalistes.

Lewin a l'idée audacieuse et astucieuse d'organiser une compétition ouverte à dix artistes sur le thème de St Antoine, avec comme enjeu l'utilisation de la peinture dans le film. Duchamp fait partie du jury. Max Ernst gagne avec une oeuvre gothique qui répond bien à l'imagination populaire des diableries. Dali réalise une de ses oeuvres les plus connues, datée 1946.

Leonora Carrington fait partie des dix artistes invités, sans doute suite à sa liaison d'avant-guerre avec Max Ernst. Agée de 28 ans, elle n'est pas encore connue du public. Le thème excite sa fantaisie exacerbée par ses récentes difficultés psychiatriques.

L'huile sur toile peinte par Carrington, 122 x 91 cm, datée 1945, est estimée $ 1,8M, à vendre le 24 novembre par Sotheby's à New York, lot 17.

Leonora s'est amusée à positionner tous les symboles de la légende, en introduisant des nouveautés. Les trois têtes blafardes du saint sortent progressivement du manteau blanc trop grand qui est aussi un linceul remémorant les fantômes de Blake. Une jeune femme le tente en préparant des nourritures succulentes. Une sorcière joue de la trompette au milieu d'une couverture en forme de toile d'araignée tenue par les péchés. La disproportion des figures restera une caractéristique majeure de sa vision personnelle du surréalisme.

L'artiste répondait complaisamment aux questions sur l'interprétation de ses oeuvres. Quand on lui demandait pourquoi le saint avait trois têtes, elle répondait : why not ?