5 déc. 2014

Scandale au Milieu des Roses

Dante Gabriel Rossetti se tenait à l'écart de toutes les conventions artistiques. Dans les années 1860, avec la complicité de Swinburne, il s'intéresse à représenter la femme idéale comme dominatrice et sensuelle.

En 1868, il peint Venus Verticordia, un terme latin qui signifie que la déesse joue un rôle de protectrice de la chasteté féminine. Cette peinture est le plus important nu réalisé par Rossetti et un chef d'oeuvre de symbolisme érotique.

La femme guerrière est autoritaire. Elle tient fermement deux armes. Sa pomme a jeté une telle discorde chez les hommes qu'elle a généré la guerre de Troie, et pourtant le fruit nourrit pacifiquement ou sournoisement le papillon. La flèche de Cupidon fait tout autant de ravages. Elle la tient avec ambiguïté comme si c'était aussi le poignard de Lucrèce.

La pomme mène à Eve, et ce n'est pas un hasard si l'abondante chevelure rousse de la Vénus de Rossetti est entourée d'un halo. L'année précédente, son Christmas carol avait déjà abordé le thème de place de la femme dans la civilisation chrétienne.

Sous les seins nus, le corps de Vénus est caché par un abondant buisson de roses, symbole de volupté. John Ruskin est entré dans une rage folle quand il a vu les fleurs sur cette peinture.

Il avait sans doute raison de ne pas y voir seulement un symbole pré-Raphaélite. Depuis son mariage raté par absence de consommation en 1846, son approche de la femme était un sujet de moqueries. Une récente tentative pour recommencer sa vie venait tout juste d'échouer, avec une très jeune femme prénommée Rose.

La Vénus de Rossetti a fort heureusement plu à d'autres amateurs et l'artiste en a réalisé quelques répliques. Une aquarelle 67 x 59 cm également datée 1868 est estimée £ 1M, à vendre par Sotheby's à Londres le 10 décembre, lot 8.