24 janv. 2015

Le Paysage Sublime de Gerhard Richter

Dès ses débuts dans les années 1960 avec ses détournements de photos floues, Gerhard Richter questionne le rôle de l'art dans la société. En parallèle, il perfectionne sa technique au pinceau pour créer les subtiles variations de couleurs qui caractériseront le reste de sa carrière.

En 1969, il apparaît déjà à la fois comme un excellent praticien et comme un théoricien. Admirateur de Friedrich, Richter comprend que les peintures de paysages romantiques sont intemporelles parce que les paysages n'ont pas d'âme. Le fait que les plus beaux sites naturels soient universellement considérés comme sublimes est un paradoxe que la perfection de son propre art devra dévoiler, ou plutôt dénoncer.

Dans sa bibliothèque d'images, Richter choisit le lac de Lucerne (Vierwaldstätter See) dans le contre-jour violent d'un temps nuageux. Tous les éléments sont présents pour sa démonstrations : les montagnes dans l'ombre ou dans la brume, les variations du ciel et de l'eau et les reflets.

Les limites sont brouillées comme les bords des rectangles de Rothko. Richter apporte une somptueuse variation des nuances par un brossage au pinceau sec sur la toile humide, deux décennies avant de généraliser son utilisation du rateau dans l'art abstrait.

Sa vue du lac de Lucerne est supposée concurrencer à la fois la nature et Turner. Cette huile sur toile 120 x 150 cm sera vendue par Christie's à Londres le 11 février, lot 8.