26 avr. 2015

L'Enchanteresse Pourrissante

Techniquement, l'art photographique de Cindy Sherman marque la transition entre le noir et blanc et la couleur rapidement traitée en très grandes dimensions. Ses autoportraits maquillés apportent une image globale de la femme, d'abord avec les gentilles scènes décalées des Untitled Film Stills puis avec les gros plans des Centerfolds.

Le magazine qui avait commandé les Centerfolds en 1981 n'a pas osé les publier. Cindy Sherman est une très grande artiste qui a su rendre dérangeants ces portraits dans de banales positions couchées d'une femme faussement offerte ou faussement vulnérable.

L'histoire se répète en 1985 avec la série des Fairy Tales pour un autre commanditaire. Cindy rit des horreurs qu'elle invente, comme faisait Kafka. Il n'y a pas de référence littéraire malgré le titre de la série.

Untitled 153 est une des images les plus fortes des Fairy Tales de Sherman. Depuis les tout débuts de la photographie, la mort fascine les observateurs des vues, qu'elle soit réelle ou mise en scène. 153 tire le meilleur parti de cette prolifique ambiguïté.

La tête ressemble à un buste de pierre tombée sur le sol moussu d'un parc qui a commencé à la souiller. Le maquillage blafard est parfait, et son impression est renforcée par le regard figé et par la perruque hirsute dont le mécanisme est visible en haut du front.

153 a été éditée en tirages chromogéniques 171 x126 cm en six exemplaires plus une épreuve d'artiste. Cinq sont aujourd'hui dans des musées, et les deux autres contribuent à l'histoire des enchères.

Le numéro 5/6 a été vendu pour $ 2,77M incluant premium par Phillips le 8 novembre 2010, un très haut prix pour une photographie à cette époque. Le numéro 2/6 est estimé $ 2M à vendre par Sotheby's à New York le 12 mai, lot 54.