4 juin 2016

Eh bien, Continuons

Dix ans après la guerre, le traumatisme persiste. Bacon, comme tant d'autres, ne trouve plus la signification de la vie. L'existentialisme athée de Sartre offre une explication qui n'est nullement un échappatoire. Giacometti, que Bacon n'a pas encore rencontré à cette époque, subit les mêmes tourments.

Le cri du Cuirassé Potemkine ne suffit déjà plus. Une bouche muette est encore plus terrible car elle exprime l'impossibilité d'extérioriser une émotion. Le pape de Velazquez est un éternel modèle de veulerie mais ne convient pas non plus : le non-sens de la vie d'un être humain anonyme est encore plus poignant.

Bacon met ses personnages dans des cages sans parois. Comme le Joseph Garcin du Huis Clos de Sartre, ils sont immobilisés dans leurs propres incompétences. L'homme anonyme est entouré d'un espace bleu presque noir de dimensions croissantes dans lequel sa petite image est réduite au visage et au col cravaté.

Peint en 1953 et intitulé Study for a portrait, un chef d'oeuvre de ce nouveau style par Bacon, 198 x 137 cm, a été vendu pour £ 18M incluant premium par Christie's le 28 juin 2011.

La série Man in blue, peinte en 1954, comporte sept opus. Elle vient dans la suite directe de la Study for a portrait. Un homme d'affaires unique et trivial exprime différents sentiments qui sont une évolution progressive vers le désespoir. Bacon a insisté sur le fait que cette série a été conçue dans l'hôtel où il venait souvent se reposer de ses relations sado-masochistes avec Peter Lacy. Son client d'hôtel inhibé dans la profondeur de son angoisse bleue a aussi envie de relations illicites.

Man in blue VI, huile sur toile 153 x 117 cm, a été vendu pour £ 5M incluant premium par Christie's le 13 février 2013.

Man in blue VII, de même technique et de même dimension, est estimé € 5M à vendre par Christie's à Paris le 8 juin, lot 16. Exposée la même année à la Biennale de Venise, cette oeuvre est une de celles qui ont ouvert la reconnaissance internationale de la modernité de Francis Bacon, le plus effrayant artiste de l'après-guerre.