18 juin 2016

Henrietta de Pire en Pire

Francis Bacon, homosexuel notoire, a aussi exploré la chair des femmes. Henrietta Moraes fait partie de sa bande d'amis hédonistes de Soho. John Deakin fait les photos.

En 1963, Henrietta ne peut certainement pas anticiper qu'elle servira de support au questionnement de l'artiste concernant la dégradation du corps. Elle est droguée, et Francis prévoit déjà un vieillissement accéléré quand il peint le nu d'Henrietta avec une seringue fichée dans le bras.

Henrietta est couchée sur un lit, la tête en gros plan. Francis utilise cette image à plusieurs reprises jusqu'en 1969. La photo, comme le Dorian Gray d'Oscar Wilde, n'a pas vieilli. Il n'en est pas de même pour les peintures. A la même époque, Francis cherche dans le corps de George le maintien illusoire d'une éternelle jeunesse masculine.

La version de 1968 de l'image d'Henrietta est intitulée Version No 2 of lying figure with hypodermic syringe. Cette huile sur toile 198 x 148 cm a été vendue pour $ 15M incluant premium par Sotheby's le 14 novembre 2006. Elle vient maintenant chez Christie's à Londres le 30 juin, lot 6. Le communiqué de presse du 6 mai annonce une estimation aux alentours de £ 20M.

Une rencontre avec De Kooning au début de 1968 avait convaincu Francis contre son propre style figuratif qu'un enchevêtrement de couleurs pouvait évoquer le corps de la femme. Henrietta est devenue une accumulation qu'on imagine grouillante. Il faut comparer son image avec les autres versions du même thème pour percevoir qu'elle est une femme nue et confirmer sa position. La netteté de la seringue inchangée depuis la version de 1963 complète cette poignante réflexion sur les outrages du temps.