26 juin 2016

Rubens devant Sodome

Peter Paul Rubens a réussi ce dont rêvent tous les grands artistes : assimiler l'art de tous ses prédécesseurs et aller plus loin. Il revient d'Italie en 1608 et s'installe à Anvers, la ville de son enfance. La paix est revenue et l'époque est propice à l'art. Les commandes aristocratiques et religieuses affluent.

En Italie, Rubens a admiré Titien. Dans le Nord, il voit les thèmes de plus en plus audacieux de Goltzius et Wtewael. Les tabous tombent : la Bible et la mythologie offrent des histoires érotiques sous des prétextes moraux.

Le 7 juillet à Londres, Christie's vend au lot 12 Lot et ses filles, huile sur toile 190 x 225 cm peinte par Rubens vers 1614. Cette peinture est une redécouverte : elle n'avait pas été vue depuis l'échec d'une tentative de vente en 1904 et 1905 et son réexamen la pousse au rang des chefs d'oeuvres de l'artiste.

Rubens offre ici une scène à trois personnages d'une grande complexité psychologique. En 1608, François de Sales jugeait que l'histoire de Lot n'était pas un inceste mais un péché pardonnable. Lot est un vieil ivrogne sympathique, comme Noé.

Dans les grandes compositions de cette phase de sa carrière, Rubens mêle judicieusement le nu et le vêtement. Même si la chair nue est l'objectif principal de l'oeuvre, cette exécution mixte apporte une présence et une actualité à son thème. Samson et Dalila, le Massacre des Innocents et le Silène Ivre sont d'autres exemples célèbres.

La chair abondante est traitée par un impasto qui permet de très subtiles variations de lumière et favorise l'effet sensuel malgré l'âge avancé de l'homme. Lot et ses filles est resté dans un excellent état auquel on peut seulement reprocher un vieillissement du vernis.

L'artiste a bien lu la Genèse : les deux filles n'ont pas été engrossées le même jour et une seule est nue, prête à l'acte. Sa soeur est très proche du père, avec le sourire charmeur d'une femme qui est en train de réussir sa conjuration. L'attitude et surtout le superbe regard hagard de l'homme expriment une parfaite ébriété qui encourage la fille nue à verser à nouveau le vin. Le Silène de 1616 réutilisera des personnages similaires.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Christie's :