24 sept. 2018

L'Art de la Femme Noire

Petite-fille d'esclaves libérés, Elizabeth Catlett développe très tôt une sensibilité sociale qu'elle souhaite exprimer par l'art. A l'époque de la ségrégation et longtemps avant l'acceptation du féminisme, il est illusoire pour une femme noire de vouloir faire carrière comme artiste. Elle sera enseignante. Son art original et authentique servira à éveiller les jeunes femmes Afro-Américaines.

Elle termine ses études en 1940 à l'University of Iowa par un diplôme de Master in fine arts pour lequel elle a réalisé une sculpture sur calcaire sur le thème de Mother and child.

Catlett utilise toutes les techniques artistiques : gravure, peinture, sculpture en bois, terre cuite, plâtre et bronze, mais elle pratique très peu la taille directe qui impose une discipline et une minutie qui ne sont guère en ligne avec son envie de définir et divulguer un art moderne Afro-Américain.

Son style inspiré par Zadkine est cubiste avec une très forte part de réalisme, montrant avec une simplification expressive les traits caractéristiques de la communauté qu'elle promeut.

Probablement aussi sous l'influence de Zadkine, elle sculpte une autre oeuvre en pierre vers 1943. Cette tête de jeune homme de 33 cm de haut est estimée $ 200K à vendre par Swann Galleries à New York le 4 octobre, lot 20.

Tout au long de sa carrière qui s'étend sur sept décennies, Elizabeth Catlett reste fidèle à son engagement militant, non sans difficultés à cette époque où les minorités ne sont pas appréciées. Mieux reçue au Mexique dans la mouvance gauchiste de Rivera et Kahlo, elle perd la citoyenneté Américaine de 1962 à 2002.

23 sept. 2018

Une Pendule Dorée pour Qianlong

Pendant la période Kangxi, les nouvelles relations avec les étrangers génèrent un intérêt pour les pendules. Qianlong intègre l'horlogerie dans son périmètre de supervision directe. Les ateliers mécaniques du Palais impérial sont considérablement développés sous son règne, occupant à leur apogée environ cent personnes.

Avec l'aide des Jésuites, ces ateliers imitent en forme, en technique et en flow de production les modèles Européens. Un véritable système qualité est appliqué, incluant récompenses et punitions après inspection du travail réalisé.

Le 3 octobre à Hong Kong, Sotheby's vend une somptueuse horloge à pendule de 47 cm de haut portant la marque impériale de Qianlong, lot 3421 estimé HK$ 15M.

Elle a la forme d'une tour carrée surmontée d'une double coupole ajourée et d'une galerie avec des piliers balustres. Le cadran marqué en chiffres romains pour les heures et en chiffres arabes pour les minutes est d'inspiration occidentale. Le luxe apporté à cet objet est typiquement Chinois avec une riche ciselure de feuilles et fleurs. Toutes les parois de bronze sont entièrement dorées.

Les horlogers impériaux Chinois ont atteint sous Qianlong le savoir faire de leurs collègues anglais. Cette horloge n'est clairement pas une caisse Chinoise abritant un mécanisme anglais mais bien une pièce entièrement fabriquée en Chine : les échappements horizontaux sont une innovation locale.

Il est très difficile de situer cette horloge dans les six décennies de la période Qianlong. On notera cependant qu'elle n'a pas de complication excepté une rudimentaire frappe sonore des quarts d'heure par choc sur un bol de bronze.

Elle est probablement antérieure à l'intérêt passionné de l'empereur pour les automates musicaux développés en Europe pendant la seconde moitié de son règne. Le besoin de maintenir le contact commercial avec la Suisse et l'Angleterre assurera pendant un siècle le succès des ateliers de Guangzhou, constituant une nouvelle phase de l'horlogerie de luxe Chinoise.

22 sept. 2018

Macallan avec Adami et Blake

La marque Macallan était autrefois appréciée pour ses mélanges. Certains de leurs concurrents menés par Glenfiddish promouvaient le pur malt. Au début des années 1980 Macallan change de stratégie pour le haut de gamme. Les préparations pur malt qui distillaient depuis plusieurs décennies dans leurs réserves ont généré de très petites éditions qui sont parmi les meilleurs whiskys du monde.

Un opérationnel de la marque observe que le Macallan 1926 mis en bouteilles après 60 ans en 1986 est un des plus puissants qu'il ait testés dans sa carrière. Il est aussi le plus ancien dans sa catégorie. 40 bouteilles de 75 cl titrant 42,8% ont été préparées, incluant deux séries de prestige numérotées chacune de un à douze. L'étiquette d'une des séries est une impression d'un dessin par Valerio Adami, l'autre par Peter Blake.

Ces bouteilles sont les plus chères du monde, en vente privée et aux enchères. Le 25 avril 2018 il a été annoncé qu'une Adami et une Blake venaient d'être vendues à l'aéroport de Dubai pour US $ 600K chacune. Bonhams préparait alors une vente aux enchères de deux bouteilles similaires, estimées HK $ 3,6M chacune. Le 18 mai l'Adami 2/12 était vendue pour HK $ 8,6M incluant premium et la Blake 8/12 pour HK $ 8M incluant premium. Bonhams Magazine a calculé que le prix au verre dépasse US $ 40 000.

D'autres bouteilles font maintenant surface avec des estimations plus élevées tenant compte de la vente du 18 mai. L'Adami 5/12 est estimée au-dessus de £ 700K à vendre par Bonhams à Edimbourg le 3 octobre, lot 86. La Blake 9/12 est estimée au-dessus de $ 700K à vendre par Sotheby's à New York le 12 octobre, lot 1559. Les estimations hautes sont cohérentes entre elles, respectivement £ 900K et $ 1,2M.

Les deux bouteilles qui viennent en vente, tout comme celles du 18 mai, sont intégrées dans leur conditionnement de sécurité 'tantalus'. L'Adami 5/12 est vendue par son propriétaire d'origine. Une légère corrosion de la capsule est annoncée par Sotheby's pour la Blake.




20 sept. 2018

Calligraphie sur Jade

L'écriture Chinoise est standardisée à 3000 caractères par les Qin vers 220 BCE. La calligraphie est développée par deux grands maîtres contemporains l'un de l'autre sous les Han à la fin du deuxième siècle CE : Zhong atteint la perfection pour l'écriture standard et Zhang développe la calligraphie cursive.

Sous la dynastie des Jin au quatrième siècle CE, Wang Xizhi égale Zhong et tente d'égaler Zhang. Son fils Wang Xianzhi porte l'écriture cursive au rang d'un art majeur. Le geste de l'artiste devient beaucoup plus important que le texte. En tentant d'établir des copies les plus exactes possibles, les lettrés retrouvent non seulement le geste mais aussi l'émotion de l'ancien artiste.

Aucun original par Wang Xizhi n'a survécu. Une ancienne copie non datée 24,7 x 13,9 cm d'une de ses calligraphies a été vendue pour RMB 308M incluant premium par China Guardian en novembre 2010.

L'empereur Qianlong rassemble tout l'héritage culturel de ses prédécesseurs. Une salle du palais est dédiée entièrement à la conservation de trois trésors de la calligraphie ancienne. Des copies sont réalisées à titre de diffusion et aussi d'exercice, y compris par l'empereur lui-même qui note son appréciation sur des colophons et appose son sceau.

Qianlong sait que le papier est incompatible avec une préservation éternelle. Les albums ne sont donc pas suffisants. Il fait inciser les calligraphies les plus prestigieuses dans des écrans de jade. Contrairement aux potiers, les inciseurs signent parfois leurs oeuvres, ce qui montre à quel point leur travail était important pour l'empereur.

Les calligraphies sur jade respectent l'exactitude du trait du document d'origine et aussi les bossages et creux liés à l'écriture et aux sceaux, ce qui est un exploit technique quand on considère que le jade ne peut être ciselé qu'en profondeur. Les incisions sont remplies d'une poudre d'or compressée.

Le 3 octobre à Hong Kong, Sotheby's vend un écran 31 x 30 cm d'1,7 cm d'épaisseur, lot 3203 estimé HK$ 40M. Le jade de couleur céladon est volontairement parsemé de taches blanches imitant la neige.

Elle est gravée et dorée des deux côtés. L'un d'eux reproduit un des trois trésors, qui est aussi le seul autographe authentifié de Wang Xianzhi, 22 caractères en écriture cursive. Le colophon impérial et les sceaux sont également reproduits, incluant une date qui correspond à 1746 CE. L'autre côté est consacré à 250 caractères en treize vers, seuls restes d'un poème du début du 3ème siècle CE. Il est une copie d'une plaque non datable gravée d'après une calligraphie du même artiste Wang Xianzhi. L'original perdu avait été copié sous les Song.

19 sept. 2018

Les Points de Fuite de Mark Grotjahn

Inspiré par l'art de Picasso, Mark Grotjahn commence par des peintures abstraites avec deux points de fuite répartis sur une verticale centrale. Les lignes radiantes définissent des triangles qui sont remplis de façon monochrome dans plusieurs nuances d'une couleur de base. C'est sa série des Butterflies, offrant l'illusion de papillons aux ailes ouvertes.

Il change de thème en 2007. Les point de fuite sont désormais multiples, répartis sur la toile pour simuler une bouche, un nez et des yeux en quantité indéterminée. Les graphismes radiants sont désormais des lignes de toutes les couleurs qui s'enchevêtrent en un profond impasto. Les éléments figuratifs disparaissent, comme faisaient les dessins préliminaires de Pollock sous son dripping.

Les couleurs sont soigneusement choisies pour qu'aucune d'entre elles ne soit dominante. Comme pour Rothko ou Gaitonde, les oeuvres originales sont spectaculaires et leur reproductions photographiques sont ternes. Au travers des plis de l'impasto, le spectateur cherche le visage comme il cherche le message caché avec Mark Bradford ou le détail truculent avec Cecily Brown.

Peinte en 2011, Untitled (S III Release to France Face 43.14), huile sur carton montée sur toile 257 x 187 cm, a été vendue pour $ 16,8M incluant premium par Christie's le 17 mai 2017.

Le 4 octobre à Londres, Christie's vend Untitled (Yellow and Green Low Fall Face 41.80), 224 x 124 cm peinte la même année dans la même technique. Elle est estimée £ 6M, lot 21.

18 sept. 2018

Porte-Pinceaux Polylobés pour les Song

Sous les Song la porcelaine remplace le jade pour la vaisselle du palais impérial, à condition que son raffinement soit extrême. La plus grande simplicité géométrique est hautement appréciée. La douceur des glaçures est si grande au toucher qu'elles représente jusqu'à nos jours le sommet inégalable de cet art. Les décorations incisées sont souvent délicates mais ne sont pas indispensables.

Dès le début de la dynastie avec les porcelaines blanches de type Ding, certaines coupelles sont polylobées, prenant la forme d'une fleur épanouie. Cette forme a aussi une raison pratique car elle permet de mieux maintenir les pinceaux à laver.

Il y a 900 ans les Song "du Nord" sont renversés par les Jin. La dynastie Song persiste dans le Sud avec une nouvelle capitale à Hangzhou. Après une longue réticence à s'installer aussi loin de leurs bases d'origine, les Song du Sud y recréent les meilleures porcelaines.

La principale porcelaine des Song du Sud est nommée guan. Imitant la texture des pièces du Nord incluant la phénoménale glaçure Ru, la porcelaine guan innove en une intéressante rivalité entre les traditionalistes et les réformistes minimalistes. Pour plaire aux premiers, une grande variété de nouvelles formes imite les bronzes et les jades antiques. Les modernes cherchent non sans succès à approcher la qualité des pièces Ru.

Un lave-pinceaux Ru des Song du Nord de 13,5 cm de diamètre a été vendu pour HK$ 208M incluant premium par Sotheby's le 4 avril 2012.

Dans un style extrêmement similaire, Sotheby's vend le 3 octobre à Hong Kong au lot 3105 un lave-pinceaux guan des Song du Sud de 14 cm de diamètre. L'épaisse glaçure vert bleuâtre avec une classique texture craquelée est brillante, sans décoration. La couleur change sur le bord, imitant volontairement non sans humour les traces de la position dans le four qui avaient tant déplu aux empereurs Song dans les premiers temps des Ding.

Un plat guan de conception et forme similaires de 18 cm de diamètre avec une glaçure celadon a été vendu pour HK$ 26M incluant premium par Christie's le 28 mai 2014.

Meilleur que Gunga Din

Philip Vincent considère que les records de vitesse augmenteront les affaires pour sa marque de motos Vincent HRD. En 1947 il fait adapter pour cet objectif une moto de série du modèle Vincent HRD Series B Rapide. Elle est surnommée Gunga Din par référence au poème de Kipling qui se termine par le vers célèbre : "You're a better man than I am, Gunga Din".

Gunga Din servira de modèle de développement pendant plusieurs années. Le premier modèle commercial dérivé est la Black Shadow dont le prototype est terminé en février 1948.

Dans sa version d'origine, Gunga Din atteint 130 mph (210 km/h). Ce n'est pas assez : cette vitesse avait été atteinte par BMW depuis 1929 et la marque Allemande détenait depuis 1937 le record avec 173 mph, suivie de très près par Gilera et Brough.

En 1948 Vincent travaille sur une version de course dérivée de la Black Shadow pour laquelle les équipements superflus seront ôtés aux dépens de l'homologation routière. Le 13 septembre à Bonneville, une Black Shadow modifiée bat le record de vitesse sur sol Américain avec 148 mph.

Le prototype d'un nouveau modèle Black Lightning Vincent HRD incorporant les améliorations de Bonneville est exposé par Vincent au British International Motor Show qui ouvre à Earls Court le 27 octobre 1948. La Black Lightning est très chère et ne peut intéresser que les champions confirmés. 5 exemplaires seulement sont vendus pendant le premier semestre 1949.

La deuxième moto de cette série avait été vendue au coureur Suisse Hans Stärkle qui avait été avant guerre pilote d'usine pour NSU. Il l'utilisa en compétition, parfois avec un sidecar. Les propriétaires suivants l'ont modifiée pour obtenir l'homologation routière.

Cette Black Lightning n'a jamais été accidentée malgré un usage fréquent. Elle est estimée $ 400K à vendre par Bonhams à Birmingham, Alabama le 6 octobre, lot 144. Je vous invite à regarder et écouter la video préparée par la maison de ventes.


17 sept. 2018

George en Mouvement

George Dyer a commis son acte irréparable en octobre 1971. Bien que le chagrin de Francis Bacon soit profond et sincère, il n'est pas dénué d'égoïsme. Francis a des remords pour ses propres erreurs de comportement envers le jeune homme. Surtout, cet évènement tragique remonte à la surface avec une puissance sans précédent ses interrogations sur la signification de la vie.

Le corps et l'âme du défunt sont perdus à jamais mais la mémoire subsiste, menacée par l'oubli. Le triptyque conservé à la Tate Gallery montre l'homme amputé de divers organes avant son écroulement sur le panneau central.

Le 4 octobre à Londres, Christie's vend Figure in Movement, huile sur toile 198 x 148 cm peinte en 1972, lot 7 estimé £ 15M.

George est vu de dos, nu, sans amputation, debout en contorsion sur la pointe d'un pied. Le titre est ambigu : par nature un mort ne bouge pas. Une joue est serrée contre un journal illustré par Letraset qu'il ne regarde pas, comme s'il tentait désespérément de se maintenir dans un présent qui ne le concerne plus.

La composition d'ensemble paraît simple mais elle est est en fait peuplée de symboles, plus faciles à décrire qu'à interpréter.

La pièce vide peut être l'atelier d'un photographe : le personnage est inscrit dans une cage filiforme, comme pour une mise en scène d'un instant éphémère ou la prévision du cadrage pour un agrandissement. Cette idée avait déjà été utilisée par l'artiste, par exemple dans les trois images du portrait triptyque de Lucian Freud en 1969.

Le présent est en fait impossible à capter. Sur le sol à côté de la cage, une page du même journal est déchiquetée.

Le corps est éclairé par en haut, projetant au sol une ombre noire. Dans d'autres oeuvres comme le Study for portrait peint en 1977, l'ombre prend la silhouette reconnaissable de Francis Bacon lui-même. L'artiste est ainsi associé au défunt sous une forme dématérialisée.

La peinture est réalisée dans un impasto épais, presque une sculpture. En pétrissant les pigments, Bacon offre sa seule méthode pour créer quelque chose qui s'apparente à la vie : son art.

16 sept. 2018

Exploits Techniques à Jingdezhen

En 1728 CE, Tang Ying est nommé par l'empereur Yongzheng surintendant des porcelaines impériales produites à Jingdezhen. Il passe plusieurs années à observer les meilleures pratiques des potiers. L'une des premières grandes réussites de son mandat est le développement du yangcai, offrant un substitut moins cher au falangcai de la Cité Impériale qui reste le haut de gamme.

Ces premières années sont expérimentales, avec des pièces de toutes formes. Qianlong qui succède à Yongzheng en 1735 CE est tout aussi exigeant que son père. Pour lui plaire, il faut lui apporter en permanence des nouveautés qui répondent à son rôle ambitieux de Fils du Ciel, accumulant les styles de toutes les dynasties et intégrant les nouvelles modes Européennes.

Au début des années 1740 le savoir-faire piloté par Tang Ying à Jingdezhen n'a plus de limites. Les pièces les plus compliquées sont des synthèses technologiques qui requièrent une importante succession de mise à feu aux dépens d'un faible rendement.

Dans un memorandum soumis à Qianlong en 1743 CE, Tang Ying s'excuse de la faible quantité de pièces produites dans le nouveau style de double vase, neuf exactement. La pièce intérieure est enfermée dans le vase extérieur avec une distance d'environ 3 à 4 cm entre leurs parois. Le vase extérieur est percé par de larges trous de formes élégantes qui permettent l'inspection de la partie intérieure. L'extérieur est décoré avec le même foisonnement que les pièces impériales plus classiques.

Qianlong ne demande pas l'impossible. Il autorise de compléter en paires les motifs qui avaient été produits en pièces uniques avant de suspendre cette technique sine die.

Un vase réticulé aux paires de poissons a fait surface dans le Middlesex en 2010. Haut de 40 cm, il mêle les inspirations archaïques, Song, bouddhistes et rocaille, juxtaposant le classique céladon et le moderne yangcai à fond jaune avec sgraffiato. La pièce intérieure est un bleu et blanc d'inspiration Ming. Après 30 minutes d'enchères, le marteau de Bainbridges est tombé à £ 43M, £ 51,6M incluant le premium mais le paiement a échoué et la vente a été annulée.

En 2010 personne n'avait retrouvé le catalogue de l'exposition à New York en 1905 d'une collection Japonaise où la pièce formant paire avait été photographiée et décrite. Ce vase vient de faire surface à son tour et est estimé HK$ 50M à vendre par Sotheby's à Hong Kong le 3 octobre, lot 3001. Il diffère du specimen du Middlesex par une variante plus rare de la marque du règne, et est ainsi peut-être le premier élément produit pour cette paire.

Pei et Zao à Raffles City

L'architecte I.M. Pei a considérablement influencé le style des grandes cités modernes. Quand sa renommée devient internationale, il revisite sa Chine natale. Dans les années 1970 l'Extrême-Orient ne veut plus que son urbanisme suive l'Occident. Ils veulent toujours plus haut, plus spectaculaire, plus fonctionnel. Pei construit à Singapour un gratte-ciel de bureaux de 198 mètres de haut.

Zao Wou-Ki a fait lui aussi son retour aux sources. Dans les années 1980 l'originalité de sa peinture abstraite inspirée par l'Est et l'Ouest rencontre un grand succès en Extrême-Orient.

Pei construit à Singapour un complexe immobilier nommé Raffles City basé sur une tour et deux hôtels, et intégrant un centre commercial et un centre de congrès. En 1985 le projet est suffisamment avancé pour concevoir l'aménagement intérieur. Zao est alors en voyage en Extrême-Orient. Pei lui fait visiter le site de Raffles City et lui passe commande d'une peinture gigantesque qui ornera le grand hall du bâtiment principal aux côtés d'abstractions dans le goût minimaliste de l'architecte par Ellsworth Kelly et Kenneth Noland.

De retour en France, Zao exécute ce travail avec une passion comparable à Monet préparant avec les Grandes Décorations la phase ultime de sa carrière. Le résultat est un triptyque d'huiles sur toiles, 2,80 m x 10 m en tout, qui est installé en 1986 à l'endroit prévu et y restera jusqu'en 2005. Contrairement à l'habitude de Zao, le titre n'est pas une date mais une période, Juin-Octobre 1985, confirmant ainsi l'attention prolongée apportée par l'artiste pour sa création.

Juin-Octobre 1985 est l'oeuvre la plus monumentale dans toute la carrière de Zao. Selon son inspiration de cette décennie, elle évoque l'unicité mystique entre la nature et l'infini. Le centre incandescent est vu au-delà d'un rideau sombre accentué par des bleus stridents. Elle sera vendue par Sotheby's à Hong Kong le 30 septembre, lot 1004. Le communiqué de presse du 7 septembre indique que cette peinture est attendue au-delà de HK$ 350M.

15 sept. 2018

Le Poème des Pavots

Les porcelaines falangcai d'époque Qianlong sont d'une extrême rareté et très difficiles à dater. Cette technique développée à l'origine pour l'empereur Kangxi dans le petit atelier des Jésuites avait survécu au règne de Yongzheng grâce à la persévérance et au talent de Castiglione. La porcelaine blanche préparée à Jingdezhen était décorée avec les émaux des plus exquises couleurs dans cet atelier du palais impérial avant la dernière mise à feu.

Peintre sur soie, Castiglione avait réussi à plaire à ces trois empereurs exigeants en ajoutant au style graphique traditionnel Chinois des éléments d'une grande précision naturaliste. Le vase Qianlong de la collection Meiyintang avec des faisans au nid est un très bel exemple. Il a été vendu pour HK$ 200M en post sale par Sotheby's le 7 avril 2011.

Le 3 octobre à Hong Kong, Sotheby's vend au lot 1 un bol falangcai Qianlong de 11,8 cm de diamètre décoré de pavots. Le communiqué de presse du 30 août indique qu'il est attendu au-dessus de HK$ 200M. Je vous invite à regarder ci-dessous la video partagée par la maison de ventes.

Directement inspiré par l'art de Castiglione, ce bol montre sur sa paroi externe des fleurs de pavots de couleurs variées sur de longues tiges courbées dans toutes les directions par le vent. Tout comme le nid des faisans, cette scène est ancrée sur un sol rocheux. La forme bombée et le bord retourné donnent un effet tridimensionnel à ce dessin qui monte jusqu'en haut de la pièce. L'intérieur du bol est décoré des fruits d'abondance et la marque impériale est en émail bleu.

Qianlong aimait les citations littéraires. Le haut col du vase aux faisans est décoré d'un poème. De même un poème en quatorze caractères orne l'arrière du bol aux pavots en haut d'une large zone par ailleurs inutilisée.

Ce poème est d'époque Ming, directement lié avec le thème du bol. Un des noms du pavot en Chinois est Yu meiren, la Belle Yu, en souvenir de la concubine d'un empereur usurpateur contre les Han. Lorsque la défaite est devenue inévitable, Lady Yu a chanté pour son empereur une chanson langoureuse tout en dansant autour d'une épée sur laquelle elle s'est ensuite transpercée.

Vanités par Richter

Agé de 50 ans en 1982, Gerhard Richter tente de redéfinir sa vie et son art. Les titres de ses peintures, limités à un ou deux mots, n'apportent cependant pas la compréhension et la cohérence. Abstraktes Bild et Ohne Titel sont des titres comme les autres.

Les Kerzen (chandelles) sont un exploit technique avec la transition colorée du halo entre la flamme et l'abstraction. Ces vanités répondent aussi aux questions métaphysiques de l'artiste.

Est-ce un hasard ? Les très spectaculaires crânes par Jean-Michel Basquiat sont peints la même année.

Vingt ans plus tôt à Düsseldorf, Richter avait reçu d'un ami un modèle de crâne humain. Il ne l'avait pas encore utilisé. En 1983 il photographie cet artefact posé à l'endroit ou à l'envers. Il réalise une petite série de peintures en projetant l'image photographique sur la toile. L'estompage des contours apporte une transition vers l'abstraction. L'image évanescente flotte quelque part entre ici et l'au-delà.

La première série de Schädel (crâne) est composée de quatre opus, 545-1 à 545-4, ce dernier intitulé 'Schädel, abstrakt' confirmant le désir de l'artiste d'assurer la cohérence globale de son oeuvre. 546-1 et -2 est un retour aux Kerzen, probablement pour retrouver le tour de main. 547-1 montre le crâne en position retournée. Dans la même position, il est associé à une chandelle dans 547-2.

La série des crânes est terminée avec 548-1 et -2, comme si tout d'un coup l'artiste avait surmonté une angoisse temporaire de la mort en intégrant ensemble le crâne, l'abstraction et la chandelle.

Ces Schädel sont extrêmement rares sur le marché de l'art. 545-3 a été vendu pour $ 1,5M incluant premium par Christie's le 16 mai 2000. 545-1, huile sur toile 80 x 65 cm, sera vendu par Christie's à Londres le 4 octobre, lot 11. L'estimation de £ 12M à £ 18M est dévoilée par Christie's dans l'Auction preview du 6 septembre.

14 sept. 2018

Réjouissances Bibliques

Contemporain de Rubens, Frans Francken II le jeune dirige un important atelier à Anvers. Il est spécialisé dans les grandes scènes Bibliques, allégoriques et historiques, avec des foules de personnages bien différenciés, aux dessins nets et aux couleurs fraiches. Capturant l'ambiance d'un moment, il est plus narratif que Jan Brueghel l'Ancien.

Ses scènes complexes sont souvent structurées géométriquement. Par exemple Eternel dilemme de l'homme : le choix entre le vice et la vertu, huile sur panneau 142 x 211 cm datée 1633 ou 1635, est composée en trois registres parallèles. Elle a été vendue pour € 7M incluant premium par Dorotheum le 21 avril 2010.

Le Passage de la Mer Rouge est un thème fréquent pour cet artiste. Une huile sur panneau parqueté 118 x 214 cm peinte autour de 1630-1635, signée mais non datée, sera vendue à Troyes le 29 septembre par Ivoire Troyes, lot provisoirement numéroté 1 estimé € 120K.

Le dos de ce panneau est peint d'un décor d'arabesque attestant que cette image avait été préparée pour un grand meuble. Un autre exemple peint par le même artiste avec un verso similaire avait servi de couvercle de clavecin.

Francken montre la scène de la Mer Rouge au moment de la libération du peuple d'Israël. Devant une grande montagne triangulaire, la foule en liesse danse et joue de la musique. Le grand format permet de multiplier les détails qui incluent au premier plan un assortiment de pièces d'orfèvrerie et une exposition de coquillages nacrés. Moïse achève son oeuvre en brandissant son bâton. Au loin sur l'autre rive, l'armée de Pharaon est engloutie par les flots.

Je vous invite à regarder la video partagée par Artcento.


12 sept. 2018

Les Dangers de la Mer

Joan Mitchell est attirée par la beauté des paysages de France avec ses forêts et ses mers. Elle admire la relation de Van Gogh avec le sol et les couleurs Fauvistes de Matisse.

Quand elle établit son atelier de façon permanente à Paris, son style change. Les traits de brillantes couleurs pures qui faisaient comparer sa pratique avec Pollock sont relégués vers les bords de l'image tandis que le centre devient un bouillonnement violent.

Le début des années 1960 est une période difficile pour cette artiste hypersensible qui sait que ses parents sont gravement malades. Ses explosions de couleurs ne sont cependant pas le fait d'une simple rage. La toile est soigneusement préparée par un dessin délimitant les contours qui guideront les gestes rapides, alternativement centripètes et centrifuges.

L'aboutissement de son art est l'expression d'une localisation. Avec ses couleurs froides, Atlantic Side, 222 x 220 cm peint en 1960-1961, est typique de ces paysages abstraits qui anticipent les peintures par de Kooning à Long Island. Atlantic Side a été vendu pour $ 6,9M incluant premium par Sotheby's le 13 novembre 2013.

Le 30 septembre à Hong Kong, Sotheby's vend Syrtis, huile sur toile 130 x 162 cm peinte en 1961, lot 1080 estimé HK$ 50M.

Cette année-là Joan passe l'été à Cap d'Antibes. Face aux couleurs splendides de la Riviera Française, elle imagine la Méditerranée dans l'expression suprême de son point le plus chaud, le golfe de Syrte sur la côte Libyenne. Syrte est un endroit attirant depuis l'antiquité avec ses pêches abondantes pour lesquelles les bateaux prennent le risque de s'échouer sur les bancs de sable.

Par son titre et son exubérance, Syrtis traduit les angoisses de Joan Mitchell. Ajoutant la référence au passé lointain, cette oeuvre rejoint les fantasmes d'un autre Américain qui a choisi l'Europe, Cy Twombly, probablement sans concertation entre les deux artistes.

Le Compas Militaire

La République de Venise a besoin d'ingénieurs militaires pour son arsenal. Galileo Galilei, qui a quitté sa Toscane natale en raisons de dettes familiales, est embauché en 1592 à l'Université de Padoue. Pour gagner sa vie, il améliore et vend des instruments : le compas à partir de 1597 et le thermoscope.

Le compas de proportion était utilisé pour des calculs de géométrie liés aux postulats d'Euclide. Avec des échelles complexes sur ses deux règles, Galileo ajoute à partir de 1597 de nouvelles applications pratiques : calcul de l'élévation optimale du canon, calcul de la charge de poudre par rapport à la dimension et au métal de la balle. Il joint avec chaque compas livré un mode d'emploi manuscrit préparé par des copistes.

En 1606 le succès commercial de son compas reste important. Galileo fait imprimer son manuel d'utilisation en folio 28 x 19 cm, en Italien.

Les jalousies entre savants ne sont pas un phénomène moderne. Le jeune Baldassare Capra n'avait pas accepté que Galileo ne reconnaisse pas son talent dans la découverte d'une nouvelle étoile qui pouvait remettre en cause le principe d'Aristote sur l'inaltérabilité du ciel. Les insultes réciproques mènent à la haine.

En 1607 Capra adapte en latin le mode d'emploi du compas de proportion pour revendiquer l'invention des récents développements, dans un quarto 19 x 14 cm. Galileo est furieux. Son exemplaire de ce livre sur lequel il a annoté toutes les erreurs d'interprétation faites par Capra est conservé à la Biblioteca di Firenze.

Le procès intenté par Galileo contre Capra à l'Université de Padoue est facilement gagné par le vrai inventeur. Un témoin raconte qu'il avait un compas de Galilée dès 1597, quand Capra n'avait que 17 ans. Capra refuse une demande de la cour de démontrer sa compétence dans l'utilisation de l'instrument. Les exemplaires du livre de Capra sont détruits.

Galileo est furieux, une fois de plus : 30 exemplaires qui étaient déjà distribués n'ont pas pu être retrouvés. Il publie la même année en contre-feu un nouveau livre en Italien, le Difesa, quarto 24 x 17 cm, contenant ses arguments contre les calomnies de Capra.

Un exemplaire de chacun de ces trois livres est inclus dans la vente de la bibliothèque Tomash par Sotheby's à Londres le 18 septembre. Le lot 197 estimé £ 60K est le manuel d'utilisation de 1606. Le lot 101 estimé £ 30K est le livre de Capra. Le lot 198 estimé £ 300K est le Difesa, un exemplaire de présentation dédicacé par Galileo à l'un des trois juges administrateurs de l'Université de Padoue. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.

7 sept. 2018

Bouquet pour Vava

Le 18 mars 2018, New Orleans Auction Galleries vendait pour $ 1,06M incluant premium une technique mixte sur papier 58 x 45 cm par Chagall, intitulée Le Bouquet d'Amour. Veuf de Bella, l'artiste exprime une synthèse de ses souvenirs et de ses émotions avec des couleurs vibrantes.

En 1952 Marc épouse Vava. A la satisfaction de sa fille Ida, il replace dans son propre présent ses plaisirs sensoriels. De 1953 à 1956 il prépare une série de peintures sur le thème de Paris.

Le 15 septembre à New Orleans, Neal Auction Company vend Le Luxembourg, une huile sur papier 60 x 50 cm montée sur toile peinte en 1953, lot 111 estimé $ 1M ici lié sur les plates-formes de ventes Invaluable et LiveAuctioneers.

Dans le haut de l'image, la tête de mariée au long voile, la tête de l'âne vert et la Lune sont tournés résolument vers la droite, avec un optimisme qui joint le passé et le présent. Apparaissant dès 1911 dans la grammaire artistique de Chagall, l'âne vert est un auto-portrait de sa jeunesse à Vitebsk.

Le bouquet de roses rutilantes au centre de l'image apporte l'illusion d son odeur, tandis qu'un violoniste à peine perceptible crée le plaisir sonore. D'autres éléments secondaires sont esquissés dans le bas : la corbeille de fruits appelle le goût, et le jardin du Luxembourg le bonheur d'être à Paris dans l'instant présent.

Cette oeuvre a fait partie de la succession de Vava, prouvant à quel point elle avait été sensible à cet hommage de son nouveau mari.

Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.

Marc Chagall - Le Luxembourg from Neal Auction Company on Vimeo.

6 sept. 2018

Affranchissement Transatlantique

L'invention du timbre poste par les Britanniques en 1840 a facilité les communications entre les nations. Elle a d'abord nécessité des négociations bilatérales entre les pays qui adoptent progressivement cette nouvelle pratique.

Le traité entre le Canada et les Etats-Unis prend effet le 6 avril 1851 avec un tarif fixé à 6 pence ou à 10 cents. Les timbres Américains restent disponibles dans les bureaux de poste Canadiens.

Le 23 avril, le premier timbre de la Province du Canada est émis. Il vaut 3 cents qui est le tarif de base pour l'affranchissement domestique. Avec sa vignette montrant un castor, il est le tout premier timbre officiel au monde à être illustré sur un autre thème que les portraits de personnalités et les emblèmes nationaux.

Le Reverend Ryerson, éminent éducateur méthodiste Canadien, est alors en séjour à Londres. Quelque part au Canada, quelqu'un veut lui envoyer une lettre. Il faut appliquer les nouvelles règles mais c'est un peu compliqué. La lettre devra être embarquée à New York pour traverser l'Atlantique.

Le postmaster local accepte l'affranchissement dans les conditions suivantes. Un timbre à 3 cents paye le transfert jusqu'à la frontière des Etats-Unis. La lettre n'effectuera qu'un transit aux Etats-Unis et la traversée entre la frontière et New York n'est pas considérée. Le départ d'un steamer Britannique de la compagnie Cunard est prévu pour le 7 mai et cette information est inscrite sur l'enveloppe.

Le tarif Transatlantique est payé par cinq timbres de 5 cents. Le 3 mars un acte du Congrès Américain avait annoncé l'obsolescence imminente de cette dénomination et l'expéditeur a choisi de payer 1 cent de plus que le US-British postal treaty de 1848.

Le transfert jusqu'à New York est rapide. Le 6 mai, la lettre est embarquée sur un bateau Américain. Malgré le traité de 1848 la concurrence est vive. Le New York foreign mail office encaisse 22 cents dans cette opération, évite de payer 19 cents au bateau Britannique et indique sur l'enveloppe un sur-paiement de 3 cents. La réception de la lettre à Londres est enregistrée par un tampon à date le 19 mai.

Cette enveloppe fait surface en 1944 dans une vente aux enchères. Surnommée la Beaver Cover, elle est un délice suprême de la philatélie, en état Very Fine, payée avec des timbres des toutes premières émissions fédérales Américaine et Canadienne, et portant les marques et oblitérations qui révèlent les détails significatifs de son acheminement.

La Beaver Cover a été vendu pour $ 715K incluant premium par Christie's Robson Lowe le 28 septembre 1993. Elle est estimée $ 600K à vendre par Robert A. Siegel à New York le 3 octobre, lot 26. Voici le lien vers la section dédiée à la collection Gross sur le site de la maison de ventes.

5 sept. 2018

Soixante Cents dans une Bible

La première série de timbres nationaux des Etats-Unis est disponible en juillet 1847 et invalidée en juillet 1851 pour raison de baisse des tarifs postaux. Elle est composée de deux dénominations, 10 cents au portrait de Washington et 5 cents au portrait de Franklin.

Les utilisateurs répondent massivement à l'offre de l'US Postage de rembourser les anciens timbres par un échange avec les nouvelles dénominations de 1 cent, 3 cents et 12 cents. 10 cents n'était pas une somme négligeable pour l'utilisateur. Les survivants non utilisés du Washington d'origine sont rares, même en timbres individuels. Un bloc de six et deux blocs de quatre sont connus.

Le bloc de six Washington est apparu dans une vente aux enchères en 1912, accompagné d'un bloc de six du premier Franklin en parfait état. Ces blocs ont été vendus séparément. Ils avaient conservé leur gomme d'origine et provenaient probablement d'une succession. Le bloc Washington, en état Very Fine, est considéré depuis cette époque comme une icône de la philatélie Américaine.

Les philatélistes ont tenté de reconstituer son histoire. L'un d'eux, proche du dossier depuis la vente de 1912, dévoile en 1925 le nom du propriétaire d'origine. Il acquiert le bloc vingt ans plus tard et publie en 1948 une information transmise par courrier privé par l'expert Scott révélant que la famille avait retrouvé ces timbres entre les pages d'une Bible.

Le bloc Washington devient dès lors le Bible Block. Le propriétaire de cette Bible est identifié comme le sénateur Rives qui l'avait inscrite à la date de 1825. Rives a effectué deux missions diplomatiques en France, de 1829 à 1833 et de 1849 à 1853.

Les experts de la maison de ventes Robert A. Siegel constatent que le profil de coupe aux ciseaux du bord droit du bloc de six correspond exactement avec le profil gauche d'un des blocs survivants de quatre, accréditant l'hypothèse d'un bloc original de dix séparé dans un projet non réalisé de lettre pour quelqu'un en France.

Le tarif est cohérent avec cette hypothèse. L'affranchissement de la lettre Rush, acheminée de Philadelphie à Paris en 1848, est effectué avec la même configuration de six timbres Washington.

Le bloc de quatre Washington a été vendu pour $ 450K hors frais par Siegel en 2012. Le Bible Block de six Washington est estimé $ 500K à vendre par Robert A. Siegel à New York le 3 octobre, lot 14. Voici le lien vers la section consacrée à la collection Gross sur le site de la maison de ventes.

3 sept. 2018

Rolls-Royce dans les Ecuries Royales

Rolls-Royce cesse en 1939 la production de son modèle Phantom III. En 1948 le duc d'Edinburgh, qui a épousé l'année précédente la princesse héritière du Royaume Uni, choisit cependant cette marque pour commander une limousine. Rolls-Royce est intéressé par cette demande qui mettra fin à une exclusivité qu'avait Daimler depuis 1900 pour les voitures d'Etat Britanniques.

L'opération est prestigieuse mais le marché d'après-guerre n'est pas porteur : cette Phantom IV est d'abord conçue pour être unique. Elle est livrée à la Princesse Elizabeth en 1950 et devient voiture d'Etat à son accession au trône en 1952.

Pendant ce temps Rolls-Royce change sa décision. La quantité totale de voitures construites sur le châssis de la Phantom IV est 18, de 1950 à 1956. Le modèle, le plus souvent carrossé par Mulliner ou Hooper, est destiné aux chefs d'Etat et à leur famille proche pour utilisation à basse vitesse pendant les cérémonies officielles.

La famille royale Britannique a de nouveaux besoins. En 1954 une Phantom IV carrossée en limousine par Mulliner est livrée à la princesse Margaret. Une autre de la même année, carrossée en landaulette close par Hooper, est conservée pendant environ un an par Rolls-Royce puis mise à disposition de la reine en octobre 1955. Elle est achetée par la Royal Household en 1959.

Cette voiture est la seule Phantom IV en landaulette, une carrosserie avec des fenêtres larges et hautes offrant à la foule une très bonne visibilité sur les passagers. Pour sa dernière utilisation royale en 1986, elle convoie les demoiselles d'honneur et les pages pendant le mariage du prince Andrew.

La landaulette a été conservée aux Royal Mews jusqu'en 2002 puis rendue à Rolls-Royce. Elle participe à l'exposition des véhicules de Sa Majesté à Goodwood en 2012. Elle revient à Goodwood pour être vendue par Bonhams le 8 septembre, lot 300 estimé £ 1M.

L'image ci-dessous prise à Goodwood en 2012 est partagée par Wikimedia avec attribution : By PSParrot [CC BY 2.0  (https://creativecommons.org/licenses/by/2.0)], via Wikimedia Commons

1954 Rolls-Royce Phantom IV Landaulette 7516967522

2 sept. 2018

Le Timbre de Millbury

Quand les tarifs postaux Américains deviennent uniformisés en juillet 1845, New York apparaît comme le leader de la future production de timbres nationaux, grâce à son expérience dans l'impression des billets de banque. Les timbres provisoires émis par le bureau de poste de New York constituent une phase de pré-industrialisation avant l'émission des premiers timbres nationaux en juillet 1847.

Dans cette période, dix autres bureaux intéressés par le processus de pré-paiement émettent des timbres provisoires. Ils sont répartis dans neuf états différents et desservent parfois de très petites communautés comme Lockport NY qui n'est pas encore incorporé en city à cette date.

Les solutions pratiquées par ces bureaux sont originales et variées. Millbury, une petite city proche de Worcester dans le Massachusetts, émet un timbre dont certaines caractéristiques imitent le modèle de New York.

Le timbre de Millbury existe uniquement en 5 cents avec le portrait de Washington, comme celui de New York. Son dos est gommé. Sa fabrication est cependant locale et artisanale. Le portrait est esquissé, et le timbre est imprimé par unité à la gravure sur bois en noir sur un papier bleuâtre.

La production du timbre de Millbury apparaît comme relativement abondante par comparaison avec certains autres petits bureaux. 18 exemplaires ont survécu, dont 8 sur des enveloppes envoyées de Millbury à des dates échelonnées entre le 21 août 1846 et le 12 janvier 1847.

L'enveloppe du 12 janvier est restée d'une grande fraîcheur, avec un timbre en état superbe. Le timbre a été oblitéré comme un timbre moderne, avec un tampon rouge marqué du mot PAID qui chevauche le bord du timbre.

Le timbre de Millbury était une facilité locale de pré-paiement et non une garantie de paiement pour le bureau receveur. Cette garantie était apportée par le timbre à main circulaire à date portant l'identification du bureau de départ, ici Milbury Ma. Cette fantaisie d'orthographe avec un seul 'l' ne semble pas avoir d'explication plausible. Un gros chiffre 5 dans un cercle renforce la garantie.

Cette enveloppe a été vendue pour $ 460K incluant premium par Siegel le 28 mars 2012. Elle est estimée $ 300K à vendre par Robert A. Siegel à New York le 3 octobre, lot 6. Voici le lien vers la section dédiée à la vente de la collection Gross sur le site de la maison de ventes.

1 sept. 2018

Une Veste Gris-Bleu contre l'Empire

Les vestes portées par les deux complices Luke Skywalker et Han Solo dans la première trilogie de Star Wars sont devenues iconiques. Le style de ces vêtements portés ouverts est sportif et décontracté. George Lucas voulait une tenue évitant à la fois la mode terrestre et un incongru burlesque spatial. Des variantes dans la configuration des poches et des manches permettent de les différencier à l'écran.

Le 20 septembre à Londres, Prop Store vend une des vestes portées par Harrison Ford dans le rôle de Han Solo en 1980 dans le second film, The Empire Strikes back. Elle est estimée £ 500K, lot 463. La reproduction des couleurs dans les films n'est pas excellente et le tissu a été teint en gris-bleu pour apparaître bleu marine à l'écran.

La société de production n'était pas propriétaire de ces accessoires. La veste était revenue à son tailleur Caledonian Costumes qui espérait de nouvelles locations, puis elle avait disparu.

Le succès aux enchères des éléments les plus reconnaissables de Star Wars est croissant. Un exemplaire original de 1977 du robot R2-D2 lourdement modifié pour les besoins des films jusqu'en 2002 puis vidé de ses équipements actifs, a été vendu pour $ 2,76M incluant premium par Profiles in History le 27 juin 2017.

Les armes intergalactiques sont spectaculaires mais factices. Dans la même vente que le robot, un sabre de lumière de Luke Skywalker a été vendu pour $ 450K incluant premium par Profiles in History. Le 23 juin 2018, Julien's a vendu pour $ 550K incluant premium un pistolet blaster utilisé par Han Solo.

Je vous invite à regarder la video partagée par Prop Store.

30 août 2018

Plank, Magee et les Autres

Pour les cartes de baseball d'avant la Première Guerre Mondiale, la série publiée par l'American Tobacco Company de 1909 à 1911 est la plus appréciée dans le hobby. Elle est identifiée par les collectionneurs sous la référence T206. Les portraits des joueurs, souvent de face ou de léger profil, sont imprimés en couleurs vives.

Le dos publicitaire identifie une marque de tabac qui peut être Piedmont, Sweet Caporal ou 14 autres variétés. Les vues ne sont pas numérotées mais le nombre cumulé des sujets annoncés permet d'établir une chronologie des impressions : 150 sujets puis 350 et 460, puis 'Large Assortment' pour les derniers runs. La Ligue Majeure offre une très bonne couverture avec 390 cartes, les plus grands champions comme Ty Cobb ayant plusieurs variétés. 134 cartes sont consacrées à des joueurs de ligues mineures.

Les collectionneurs cherchent les raretés dans le meilleur état possible. La figure la plus rare est Wagner, Pittsburgh. La hiérarchie des compétences sportives est respectée dans son cas, car Honus Wagner fut un des meilleurs joueurs de tous les temps. Sa carte a été retirée de la circulation à la suite d'un différend financier ou éthique entre le joueur et les sociétés de tabac.

Le 20 septembre en ligne depuis Dallas, Heritage consacre une vente entière à la dispersion d'une très remarquable collection de T206 en état NM7 ou meilleur. Les cartes seront vendues individuellement. Wagner n'y est pas. La vente inclut pas moins de 9 des 13 cartes gradées Gem Mint 10 par PSA sur une population globale de 225 000 T206 certifiées par cette organisation.

Le lot 50391, estimé $ 400K, est une Plank, Phila. Amer. gradée NM7 par PSA, avec un dos de la deuxième impression à 350 sujets. Eddie Plank était un bon joueur de Major League, encore reconnu aujourd'hui comme un des meilleurs lanceurs gauchers de l'histoire du baseball. Sa carte est connue de PSA en 72 exemplaires, incluant 1 NM-MT8 et 3 NM7. La raison de cette rareté n'est pas connue, peut-être le bris de sa plaque d'impression.

Le lot 50292, estimé $ 200K, est une Magie, Phila., Nat'l, avec un dos de la première impression à 150 sujets. Elle est la meilleure carte de cette variante, gradée NM-MT8 par PSA et la seule dans ce grade. Sa rareté est due à une erreur d'orthographe du nom de Sherry Magee, corrigée pour les impressions suivantes. Ce joueur de Major League doit donc sa gloire posthume à une erreur typographique.

27 août 2018

Un Gui à Quatre Pattes

La dynastie des Zhou a mis fin au déclin des Shang. La production de récipients rituels en bronze redémarre sous les Zhou avec une remarquable continuité par rapport au style de leurs prédécesseurs.

La forme gui, déjà pratiquée sous les Shang, est particulièrement appréciée il y a 3000 ans par les Zhou 'de l'Ouest' pour des pièces de grand prestige, richement ornées avec les symboles classiques dont la signification n'a pas été déchiffrée. 'Gui' désigne la forme globulaire ouverte du pot, qui peut être coulé avec des parties inférieures très diverses. Les anses servent à porter et pas à verser la nourriture ou la boisson sacrée.

Le 13 septembre à New York, Christie's vend un bronze gui. Il est porté par quatre pattes, une innovation Zhou par rapport aux trois pattes classiques des récipients Shang. Ces pattes sont zoomorphes avec des sabots. Il mesure 19 cm de haut hors tout avec une ouverture de 18 cm de diamètre. Ce récipient est un Zuo bao yi gui, parce qu'il porte dans le fond du bol la marque phonétiquement transcrite Zuo bao yi, signifiant "fait précieux récipient".

Ce vase est décrit dans le catalogue des bronzes rituels de la collection impériale publié au milieu du XVIIIème siècle à la demande de l'empereur Qianlong. Il est estimé $ 4M, lot 888. Je vous invite à regarder la video partagée par Christie's.

La comparaison avec un autre Zuo bao yi gui de la même période, vendu pour $ 6,7M incluant premium par Sotheby's le 17 septembre 2013 en provenance de la collection Eberhardt, permet de tenter quelques interprétations.

Les deux gui sont très différents dans leur réalisation, avec un relief très important dans les figures de bronze du specimen Eberhardt. Il n'y a donc pas d'origine commune dans leur production. Zuo bao yi apparaît ainsi comme une formule générique pour attester que le vase a été sanctifié, sans nécessité d'identifier l'artiste ou le patron. On notera cependant que l'écriture est effectuée au stylet dans l'argile avant que le bronze soit coulé.

Le specimen Eberhardt n'est pas porté par des pieds mais par une base. Il est ainsi surélevé pour un besoin exclusivement rituel, puisqu'il est impossible d'apporter un réchaud par en-dessous.

26 août 2018

Une Guitare Australienne

John Lennon et George Harrison sont passionnés par leurs guitares et leurs acquisitions sont souvent coordonnées, par achat, échange ou prêt. Leurs instruments permettent d'établir la liste des meilleurs fabricants de guitares électriques et électro-acoustiques de leur temps.

Leurs toutes premières guitares électriques, en 1959, sont des Höfner Club 40. John acquiert en 1960 une Rickenbacker 325. En 1962 ils achètent chacun une Gibson acoustique J-160E équipée d'un pickup, une solution très pratique pour jouer déconnecté pendant les voyages. Ajoutons à cette liste Gretsch, Fender et Martin.

En 1963 George remplace sa Gretsch Duo Jet par une Country Gentleman de la même marque. En juillet la nouvelle guitare nécessite une restauration urgente et George a besoin d'un instrument pour les prochains concerts. Le réparateur, Barratts à Manchester, lui prête une Maton Mastersound MS-500.

C'est une excellente occasion pour George de tester cette guitare électrique Australienne. Créée en 1946 par les frères May, l'un menuisier en bois rares d'Australie et l'autre passionné de guitares, cette marque est le leader sur le marché Australien.

La Maton convient à George pour ses besoins immédiats : avant de la rendre à Barratts, il l'utilise en concert pendant cinq semaines. Il revient ensuite à la Country Gent.

La guitare Australienne est échangée un peu plus tard par Barratts avec le guitariste des Cruisers pour une Stratocaster. Elle a été vendue pour $ 485K incluant premium par Julien's le 16 mai 2015. Elle est estimée £ 300K à vendre par Gardiner Houlgate le 12 septembre à Corsham près de Bath, lot 189 ici lié sur la plate-forme d'enchères The Saleroom. Voici le lien vers le département Guitares de la maison de ventes.

La Country Gent connaît une fin tragique en 1965. Mal arrimée sur le toit de la camionnette des Beatles, elle tombe et est écrasée par le trafic routier. L'équipe la recherche. Un camionneur ramasse les morceaux et leur dit : "C'est à vous ce banjo ?".

24 août 2018

Payé par l'Expéditeur

Suivant l'exemple des Britanniques qui ont créé le timbre poste en 1840, l'Acte du Congrès Américain du 3 mars 1845 standardise les tarifs postaux, avec un prix de base à 5 cents. Cette décision favorise le paiement par l'expéditeur plutôt que par le destinataire. La modernisation de l'US Postage est lancée : le pré-paiement par timbre deviendra obligatoire en 1855.

Les nouveaux tarifs prennent effet le 1er juillet 1845. Quelques jours plus tard, sans attendre d'éventuels timbres fédéraux, les bureaux de New York et Baltimore émettent des timbres provisoires.

Le postmaster de New Haven choisit une autre solution, l'impression du pré-paiement sur une enveloppe fournie par le bureau. Ce texte administratif sans illustration est peu plaisant. Une enveloppe complète a survécu en bon état. La marque à date du 21 octobre (1845) a été apposée à la main lors de l'expédition.

En 1895 lors d'un inventaire dans une firme commerciale à Philadelphie, deux enveloppes pré-payées apparaissent en parfait état. En haut à droite de l'enveloppe, sa pré-impression circulaire en rouge carmin est une figure en négatif de l'aigle et bouclier avec l'inscription POST OFFICE ANNAPOLIS. Les inscriptions '5' et 'PAID' ont été ajoutées par tampons manuels de même couleur.

Plusieurs autres exemples de la même marque circulaire sur des documents ou des enveloppes sont connus mais les specimens de Philadelphie sont les seuls exemples d'enveloppes pré-imprimées d'Annapolis. L'hypothèse d'une demande spécifique faite au postmaster par un client utilisant fréquemment le service postal pourrait être considérée.

La marque à date a été apposée, confirmant que les envois ont été effectués à Annapolis Md les 20 mars et 8 avril. L'année non identifiée ne peut être que 1846 ou 1847.

L'enveloppe du 20 mars a été vendue le 28 mars 2012 par Siegel pour $ 630K incluant premium sur une estimation basse de $ 200K. Elle est estimée $ 300K à vendre par Robert A. Siegel à New York le 3 octobre, lot 3. Voici le lien vers la section consacrée à la collection Gross sur le site de la maison de ventes.

23 août 2018

GT pour Escrocs Anglais

En 1961 l'Aston Martin DB4GT est le plus désirable coupé 2 portes anglais mais il n'a pas encore été vu au cinéma. Ken Rudd achète une voiture avec la très rare option de sièges arrières équipant habituellement la DB4 de base. Il est le patron de Ruddspeed Ltd spécialisé dans les conversions de voitures de sport.

En augmentant le nombre de passagers, Rudd améliore la diversité des situations comiques. La voiture est une star du film The wrong arm of the law, centré sur le personnage de chef de brigands joué par Peter Sellers. L'Aston est poursuivie par les policiers dans une Wolseley. Dans les scènes tranquilles la voiture est conduite par Sellers. Pour les cascades incluant un saut aérien au-dessus de la bosse d'un pont ferroviaire, Rudd est au volant.

Sorti en 1963, The wrong arm of the law n'est pas un film majeur mais le public adore tout ce que fait Sellers, omniprésent dans le scenario fait sur mesure pour lui.

Le bloc moteur avait explosé pendant le tournage, terminé avec une autre Aston. La DB4GT est renvoyée pour réparation début 1963 à l'usine de Newport Pagnell. A cette période Aston Martin termine le développement de la DB5 dans laquelle le moteur 3,7 litres de la DB4 est remplacé par le moteur 4 litres de la berline Lagonda Rapide. Profitant de cette opportunité la DB4GT est elle aussi équipée du bloc moteur Lagonda.

Fort heureusement le reste du moteur était intact et a été préservé. Cette star d'un seul film est restée dans un excellent état original tout en étant la seule de toutes les 75 DB4GT à avoir été équipée à l'époque du moteur de la DB5. Elle est estimée £ 3M à vendre par RM Sotheby's à Londres le 5 septembre, lot 165. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.

22 août 2018

L'Echec Pictorial

Quand une opération est stoppée pour cause d'impopularité, les pièces produites acquièrent une grande rareté. Les numismates ont le Chain cent de 1793 et les philatélistes le Pictorial issue de 1869.

Développée par le Postmaster general de l'administration Johnson, la série Pictorial était innovante. Les utilisateurs n'ont pas aimé le format trop petit et carré, les illustrations minuscules et la mauvaise adhérence de la gomme. Le mélange des thèmes est excessif et déroutant entre les traditionnels portraits présidentiels, les symboles officiels, l'histoire de la Poste et les peintures héroïques du Capitole.

La politique s'en est mêlée, poussée par la contestation du choix du sous-traitant d'impression. L'administration Grant n'a pas de raison de soutenir les initiatives de Johnson. La série Pictorial avait été émise en mars 1869 juste après l'inauguration de Grant. Son obsolescence au profit d'une nouvelle série de figures présidentielles sur un format agrandi est décidée dès septembre 1869 et la vente des Pictorials cesse en avril 1870.

Les quatre plus hautes dénominations des Pictorials étaient les premiers essais de production bicolore, en deux runs successifs d'imprimerie. L'outillage est mal conçu, générant des inversions de la vignette centrale par rapport au cadre. Un 15c neuf à centre inversé gradé Very Fine avec sa gomme d'origine a été vendu pour $ 920K incluant premium par Siegel le 9 octobre 2013.

Un bloc de quatre 24c inversés oblitéré à New York City a été découvert à Liverpool à la fin des années 1880. Il avait probablement contribué à affranchir un colis. Cette pièce unique en son genre est devenue une des stars de la philatélie. Gradée Very Fine, elle est estimée $ 750K à vendre par Robert A. Siegel à New York le 3 octobre, lot 89. Voici le lien vers la section dédiée à la collection Gross sur le site de la maison de ventes.

21 août 2018

Le Thriller d'Hawaii

L'archipel d'Hawaii établit en 1850 une organisation postale pour gérer les courriers internationaux, essentiellement à l'usage des missionnaires qui gardent des relations avec les Etats-Unis. Le postmaster édite en 1851 trois timbres valant 2 cents, 5 cents et 13 cents. La plus basse dénomination destinée à l'acheminement de journaux est très rare.

L'arrivée en 1905 sur le marché philatélique de l'enveloppe Dawson circulée en 1852 est un évènement. En très bon état elle porte pour l'expédition un 2c et un 5c d'Hawaii et pour la réception une paire du 3c Américain. Elle a été vendue pour $ 2,25M incluant premium par Siegel le 25 juin 2013.

La collection Ferrari également connue sous le nom de Von Ferrary est la plus grande collection philatélique de tous les temps incluant les grands trésors de cette spécialité : le British Guiana 1c, le treskilling jaune, l'enveloppe de Bordeaux. Dans les ventes aux enchères de sa succession à Drouot, le plus haut prix, 156 000 francs, est enregistré le 23 juin 1921 sur le plus bel exemplaire connu du 2c d'Hawaii.

Ce timbre n'avait pas été décrit du vivant de Von Ferrary. En 1921 une trace au dos du timbre laissait encore le doute sur une possible oblitération. Il a été définitivement expertisé comme non-utilisé un peu plus tard.

Ce prix extraordinaire fait tourner les têtes. L'Almanach Vermot 1922 publie une courte histoire racontant qu'en 1892 le propriétaire d'un timbre de même variété, peut-être le même que le spécimen Ferrary, avait été assassiné par un "ami". Le timbre avait été trouvé en possession du meurtrier par l'enquêteur.

L'Almanach Vermot, très apprécié des Français à cette époque, est une publication annuelle entremêlant informations pratiques, blagues et calembours, ne prétendant pas du tout être une source crédible pour ses histoires fabuleuses. Le nom de l'assassin n'a laissé aucune autre trace sur le web. La victime est nommée Gaston Leroux, homonyme parfait du premier écrivain français d'histoires de détectives, inventeur du personnage Rouletabille, en pleine activité en 1922.

L'anecdote Vermot est intéressante car elle renforce l'attention accordée à ce timbre. Insensibles à l'humour français, quelques philatélistes ont avalisé cette fantaisie, transformant la blague en supercherie.

Ce timbre reste aujourd'hui le seul exemplaire neuf de sa variante. Il a été vendu pour $ 660K incluant premium par Siegel le 7 novembre 1995 et acheté par Gross deux ans plus tard aux enchères dans une autre maison de ventes. Il est estimé $ 500K à vendre par Robert A. Siegel à New York le 3 octobre, lot 106. Voici le lien vers la section consacrée à la collection Gross sur le site web de la maison de ventes.

20 août 2018

Jefferson en Rouge

Lors de la première émission de timbres par les Etats-Unis en 1847, le tarif de base est 5 cents. Deux dénominations sont créées : 5 cents en brun rouge avec le portrait de Franklin et 10 cents en noir avec Washington. Le succès postal est si grand que les tarifs baissent dès 1851. Les anciens timbres sont retirés de la circulation et remplacés par 1 cent en bleu et 3 cents en brun orangé.

La suppression du 5 cents et du 10 cents était une mauvaise décision. Ces valeurs peuvent être utilisées pour faire l'appoint sur un envoi lourd ou une destination étrangère. Elles sont recréées en 1856 avec de nouvelles figures. Le 10 cents devient vert. Le nouveau 5 cents à l'effigie de Jefferson conserve la couleur brun rouge de l'ancienne émission Franklin.

600 000 Jefferson sont imprimés en 1856, probablement en un seul run parce que leur couleur est très homogène. Cette variante non perforée est très rare. Parmi les blocs neufs, seuls deux blocs de quatre ont survécu. L'un d'eux a été déposé dans une université avec une clause inaliénable. L'autre reste ainsi le seul bloc neuf en mains privées. Il est estimé $ 200K à vendre par Robert A. Siegel à New York le 3 octobre, lot 35. Il est gradé Very Fine et a conservé sa gomme d'origine.

Les perforations apparaissent et deviennent obligatoires en 1857. Le 5 cents reste une valeur rarement utilisée et les importants stocks restants de feuilles brun rouge de l'année précédente sont perforés à cette étape. Une nouvelle impression devient nécessaire en 1858. La préparation des couleurs est légèrement changée, avec la très grande majorité des feuilles en rouge Indien et quelques unes en rouge brique.

La rareté du Jefferson rouge brique laisse supposer qu'il n'avait pas fait l'objet d'un run séparé. On ne peut pas le considérer comme une erreur mais plutôt comme une anomalie dans le mélange des encres, tôt détectée et corrigée. Les feuilles rouge brique enfouies dans les piles sont apparues en circulation sept mois et plus après le rouge Indien.

Un seul bloc rouge brique neuf a survécu, également constitué de quatre timbres. Gradé Extremely Fine avec sa gomme d'origine, il a été vendu pour $ 805K incluant premium par Siegel le 27 janvier 2009 sur une estimation de $ 375K. Il est estimé $ 400K à vendre le 3 octobre par Siegel, lot 47.

Voici le lien vers la section consacrée à la collection Gross sur le site web de la maison de ventes.

19 août 2018

Est et Ouest avec Carlin

A la fin du règne de Louis XV, les bronzes ne suffisent plus à l'ornement des meubles de plus grand luxe.

Fait par Joseph en 1763, un bureau plat décoré de plaques en porcelaine de Sèvres a été vendu pour € 6,9M incluant premium par Artcurial le 13 décembre 2005. Les laques du Japon apportent les charmes de l'Orient : une commode faite par BVRB vers 1750 a été vendue pour $ 3,45M incluant premium par Sotheby's en octobre 2011.

Les marchands-merciers sont très actifs au début du règne de Louis XVI. Ils servent d'intermédiaires entre la famille royale et les ébénistes. Profitant de l'intense curiosité pour l'exotisme à cette époque, ils importent d'Asie les coffres et les paravents dont ils démantèlent les panneaux laqués. Ils réutilisent aussi les panneaux Italiens en pietra-dura. Dans les deux cas la rareté des panneaux excite la convoitise des plus riches clients.

Les meilleurs ébénistes Parisiens sont d'origine Allemande. Martin Carlin est le beau-frère de Jean-François Oeben. Il collabore souvent avec Adam Weisweiler. Autour de 1780 Carlin délaisse la porcelaine pour se spécialiser dans la laque, une technique beaucoup plus difficile parce qu'une fente ou un éclat est irréparable.

Carlin utilise aussi la pietra-dura. Il meurt en 1785. Une commode posthume co-signée par lui avec Weisweiler a été vendue pour FF 46M incluant premium par Christie's le 11 décembre 1999.

Le 10 septembre à Paris, Christie's vend un élégant bureau de pente en placage d'ébène estampillé par Carlin vers 1780, lot 78 estimé € 400K. Il est orné de plaques en laque réalisées au Japon selon trois techniques différentes. Le client d'origine n'est pas connu mais ce meuble luxueux a appartenu au comte de Flahaut, probable fils naturel de Talleyrand et père naturel du duc de Morny.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Christie's pour introduire la collection Beistegui.

13 août 2018

Le Fusil Garand

Au XXème siècle les guerres changent et de nouveaux perfectionnements sont nécessaires pour les armes. La cadence de tir devient plus importante que la précision.

Jeune inventeur d'origine Canadienne, John C. Garand est très tôt passionné par le mécanisme des armes à feu. Il travaille de 1919 à 1953 dans les laboratoires de recherche et développement de l'armurerie Américaine de Springfield, dans le respect des normes exigées par l'US Army et aussi l'US Navy.

Après plusieurs brevets concernant notamment le chargement automatique, Garand conçoit le fusil  M1 en 1931. Un des vingt exemplaires d'essai a été vendu pour $ 173K incluant premium par RIA le 30 avril 2016.

Le M1 est un fusil semi-automatique à deux chambres superposées. L'expulsion de la balle par la chambre principale envoie du gaz dans la petite chambre inférieure, actionnant l'éjection de la cartouche, le positionnement de la balle suivante et le levier de réarmement. Il suffit de maintenir de doigt sur la gâchette pour continuer le tir.

L'état-major est convaincu d'avoir le meilleur fusil de guerre du monde, pas cher à fabriquer et facile à utiliser. Le M1 devient le fusil de service officiel de l'US Army. La production réalisée à Springfield commence en 1937. Elle dépassera 5 millions d'exemplaires.

Garand ne cherchait pas les honneurs mais ses mérites d'ingénieur étaient connus. Quand il prend sa retraite en 1953 le Secretary of the Army lui offre le M1 numéro 1000000 qui avait été conservé intact à l'armurerie depuis sa fabrication en 1942. Cette arme en état parfait dans sa boîte de présentation est estimée $ 225K à vendre par RIA à Rock Island le 8 septembre, lot 1362. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.

12 août 2018

Le Plus Beau Port du Monde

En 1788 le premier gouverneur de New South Wales décrit Port Jackson comme "the finest harbour in the world". La ville de Sydney s'est installée sur sa rive. Le compliment reste valide comme un hommage à une coopération parfaite entre la nature et les hommes.

Brett Whiteley est né dans la banlieue de Sydney. Cet artiste sans limite de thème, de composition et de technique a été inspiré pendant toute sa carrière par la beauté de la baie.

Son anticonformisme a intéressé les critiques d'art : en 1976 et 1977 il reçoit successivement les trois prix prestigieux de l'Art Gallery of New South Wales respectivement spécialisés dans le portrait, le genre et le paysage. La consécration est encore plus grande quand il reçoit à nouveau les mêmes prix dans une même année, en 1978.

En 1977 son Wynne Prize est attribué à un diptyque monumental 208 x 456 cm intitulée The Jacaranda Tree (on Sydney Harbour). La composition juxtapose habilement l'immensité de la baie et les détails de l'arbre, accentuant la perspective sur un fond bleu sombre d'inspiration Fauviste. Cette huile sur toile a été vendue pour A$ 2M incluant premium par Christie's en 1999.

Le 28 août à Sydney, Sotheby's Australia vend une huile sur toile 168 x 153 cm peinte en 1978 sur le même thème intitulée Harbour (Grey day), lot 19 estimé A$ 2M. Le temps maussade adoucit les contrastes. Les immeubles du front de mer et le pont sont relégués dans le haut de l'image mais sont parfaitement identifiables.

L'artiste veut devenir le concepteur du paysage, sans doute déjà poussé dans cette voie par les désirs de sa femme Wendy. L'année suivante il peint The Paddock à deux moments opposés du jour. La vue au petit matin a été vendue pour A$ 650K incluant premium par Deutscher-Menzies en septembre 2004 et la vue de la fin d'après-midi pour A$ 1,56M incluant premium par Menzies le 23 juin 2011.

Cette passion de Brett Whiteley pour les vues de la baie a une suite posthume : en 1992, aussitôt après la mort de l'artiste, Wendy entreprend la création de son jardin paysager sur un terrain vague de la banlieue de Sydney, à Lavender Bay.

10 août 2018

Le Billet de Deux Ans

Les finances des Etats-Unis étaient exsangues depuis la panique de 1857 aggravée par la perte du stock d'or dans le naufrage de la SS Central America. Le Président Buchanan se fourvoie en considérant la spéculation comme la cause majeure du désastre économique. Quand Lincoln est élu président le 6 novembre 1860, le pays est proche de la faillite.

La réaction n'attend cependant pas la nouvelle administration. Le 2 mars 1861, deux jours avant l'inauguration de Lincoln, le Morrill Tariff est un des tout derniers Acts signés par Buchanan. Cet acte destiné à relancer l'activité industrielle surtaxe les importations et autorise le gouvernement à créer des obligations. Il met ainsi fin au paiement exclusivement en espèces des dettes du Trésor.

L'une des premières initiatives financières de l'administration Lincoln est la création d'un billet d'emprunt à valeur et durée pré-imprimées s'appuyant sur le Morrill Act. Les premières émissions sont un billet à 60 jours avec trois dénominations et 6 % d'intérêt et un billet à deux ans avec quatre dénominations et un intérêt de 6 % par an.

Les émissions liées au Morrill Act étaient limitées à $ 10 millions, à comparer avec les $ 64 millions de la dette publique. L'administration Lincoln comprend les avantages de l'émission de papier monnaie par le Trésor et la mise au point d'une circulation opérationnelle sera extrêmement rapide.

L'Act du 17 juillet 1861 autorise une émission de $ 250 millions dont $ 50 millions ne portant pas d'intérêt. L'Act du 5 août 1861 définit les conditions de cette opération. Le nouveau billet excluant l'intérêt est le Demand Note. Simple à utiliser pour toutes transactions financières, le Demand Note est le premier billet fédéral moderne.

Le billet avec intérêt n'est pas interrompu par l'Act du 17 juillet, bien au contraire : des billets à trois ans sont créés avec des coupons permettant des paiements échelonnés. Pour les différencier des autres Treasury Notes, ils sont désignés comme Interest Bearing Note, cette appellation étant également appliquée a posteriori aux billets émis sous le Morrill Act.

Les destinataires n'avaient pas de raison de conserver ces billets qui leur rapportaient rapidement un peu d'argent, surtout dans cette période de guerre civile. Seuls deux exemplaires émis sous le Morrill Act ont survécu, tous deux à $ 50 sur deux ans. L'un d'eux est conservé dans une institution gouvernementale.

L'autre exemple est ainsi le seul de toute sa catégorie en mains privées. Il a été daté à la main 9 août 1861 par le clerc et signé par le porteur. Il a été vendu pour $ 605K par Heritage-CAA en mai 2001. Il a été vendu par Heritage en mai 2005 pour $ 370K incluant premium. Une annotation au catalogue avertissait très honnêtement que le résultat de 2001 était impossible à atteindre à nouveau à cette date.

Ce billet gradé Very Fine 25 par PCGS est estimé $ 300K à vendre par Stack's Bowers à Philadelphie le 16 août, lot 2021. L'image est partagée par Wikimedia.

Early Civil War Treasury Note

9 août 2018

La Ferrari à Quatre Cylindres

En 1950 et 1951 le Championnat du Monde (Campionato Mondiale) de Formule 1 est complètement dominé par Alfa Romeo. Leur seul concurrent majeur est Ferrari, la première marque qui a utilisé des moteurs en V dans cette catégorie de courses.

Après la saison 1951 Alfa Romeo abandonne la course. Désemparée, la FIA décide d'appliquer à la Formule 1 les règles de la Formule 2, avec des volumes inférieurs à deux litres et des voitures plus légères.

Pour répondre à ces nouvelles règles, Ferrari change de stratégie. La montée en puissance du V12 est trop lente pour ces petites voitures : Lampredi développe le moteur Tipo 110 à quatre cylindres 500 cc en ligne. Alberto Ascari domine les saisons 1952 et 1953 avec la nouvelle Ferrari Tipo 500.

Ce succès écrasant amène Ferrari à offrir successivement deux petites séries de voitures utilisant cette solution. Elles reçoivent la dénomination Mondial en une référence enthousiaste aux victoires d'Ascari : la 500 Mondial Series I est réalisée en 1954 en 21 exemplaires, suivie en 1955 de la Series II en 8 exemplaires utilisant le châssis de la 750 Monza et le moteur Tipo 111 inspiré de la Ferrari 553 F2.

Conçues pour la compétition, toutes ces voitures ont eu un début de carrière mouvementé. L'une des Series II a été rachetée par Ferrari à un client privé en novembre 1955 pour le Grand Prix du Venezuela dans une telle hâte qu'ils l'ont laissée peinte en bleu de France.

Après des saisons épuisantes sur trois continents, cette voiture vouée à l'abandon séduit en 1960 un junior officer de l'US Navy. Il l'achète à crédit et demande un devis à Ferrari pour sa restauration. C'est trop cher pour ce débutant : il apprend à la réparer et à l'entretenir par lui-même.

Ce jeune homme n'a jamais perdu sa passion pour sa très rare Ferrari. Elle l'a suivi dans toute sa carrière terminée il y a trente ans avec le grade de Rear Admiral. Devenu le meilleur connaisseur de ce modèle, il passe huit ans à partir de 2000 à diriger une restauration complète qui mène cette voiture sur le chemin des plus prestigieux concours d'élégance.

Cette Ferrari qui a été méticuleusement soignée et utilisée par un seul propriétaire pendant 58 ans est estimée $ 5,5M à vendre par Gooding à Pebble Beach le 24 août, lot 22. Voici le lien vers le communiqué de presse. Je vous invite à regarder la vidéo partagée par la maison de ventes ainsi que la vidéo partagée par Petrolicious en 2015. Ces deux vidéos incluent une interview avec l'amiral.



8 août 2018

Vingt Dollars pour le Président Roosevelt

Le Président Roosevelt n'aimait pas la médiocrité. En 1905 il commande à Saint-Gaudens pour les pièces d'or de $ 10 et $ 20 un nouveau dessin qui sera utilisé à partir de 1907. Son intervention personnelle dans l'amélioration du papier monnaie n'est pas aussi bien documentée mais la beauté du nouveau Gold certificate, également en 1905, ne peut pas être un hasard.

Depuis 1865 le Gold certificate était populaire. Son design était resté inchangé depuis 1882 sauf pour les deux plus grosses dénominations. La modification de 1905 limitée à la plus petite dénomination, $ 20, est certainement expérimentale. Aucun billet fédéral n'avait eu d'aussi brillantes couleurs. Bien plus tard cette émission recevra le surnom de Technicolor.

L'or est symbolisé par le jaune vif de la partie centrale du recto et des lettres IN GOLD COIN sous le portrait du Président Washington qui remplace désormais Garfield dans le cartouche. Pour la première fois une impression supplémentaire est effectuée dans le seul but d'améliorer la beauté du billet. Le dos est un beau monochrome orange-or. L'année suivante on devient plus raisonnable. Le $ 20 est modifié pour renoncer à l'impression supplémentaire.

Les deux plus beaux specimens du Technicolor 1905 sont à vendre à Philadelphie par deux maisons de ventes différentes.

Le 16 août, Stack's Bowers vend le numéro 1, gradé Gem New 65 PPQ (Premium Paper Quality) par PCGS. Son état parfait laisse supposer qu'il était un exemplaire de présentation. Effectivement une information accompagnant le numéro 3 lors d'enchères en 2005 affirmait de façon plausible que le numéro 1 avait été attribué au Président Roosevelt. Il est estimé $ 300K, lot 2051. Il avait été vendu pour $ 240K incluant premium par Heritage en février 2005.

L'autre exemple, gradé Superb Gem 67 EPQ (Exceptional Paper Quality) par PMG, est estimé $ 120K à vendre par Heritage le 17 août, lot 20084. Il avait été précédemment vendu par la même maison de ventes pour $ 138K incluant premium en avril 2012 et pour $ 106K incluant premium en janvier 2015.



7 août 2018

Grand Prix avec Wimille

Après dix ans de domination dans les compétitions, la Bugatti 35 devient périmée en 1931. Pour rester dans la course face aux ambitions grandissantes d'Alfa Romeo, Mercedes-Benz et Bentley, Bugatti crée un nouveau modèle, le Type 51 Grand Prix.

La 51 conserve le volume de 2,3 litres de la 35 B tout en augmentant la puissance avec un agencement moteur copié sur Miller. Destiné à la compétition, ce modèle est réparti entre l'équipe d'usine et les propriétaires privés.

L'une d'elles commence sa carrière en juillet 1931 comme voiture d'usine au Grand Prix de Belgique. A la fin de l'année, elle est vendue au jeune coureur Jean-Pierre Wimille pour 80 000 francs, une somme importante pour l'époque. En 1932 Wimille la conduit dans deux Grands Prix en Afrique du Nord, gagnant le Grand Prix d'Algérie à Oran.

Avant que Wimille la revende quelques mois plus tard, Bugatti réinstalle ses équipements sur un nouveau cadre sans modifier le numéro de châssis. Je suppose que cette opération était une simple révision après la courte carrière Africaine de la voiture : satisfait de l'état, Bugatti a assemblé une autre carrosserie sur le châssis d'origine.

L'ancienne 51 de Wimille est utilisée intensément en Grand Prix en 1933 et 1934 avant de devenir la seule 51 à entrer dans des compétitions Américaines, sans grand succès.

Comme la plupart des voitures de compétition de son époque, cette Bugatti a eu plusieurs accidents et incidents ainsi que des substitutions d'équipements. Ce second châssis est actuellement équipé de sa carrosserie d'origine, de son moteur d'origine remis en fonctionnement et réinstallé vers 1986 ainsi que de la boîte de vitesses d'origine récupérée en 1989 par son propriétaire de l'époque dans une vente aux enchères d'équipements de rechange.

Elle est estimée $ 3,2M à vendre par Gooding à Pebble Beach le 24 août, lot 48. Je l'avais discutée dans cette colonne avant qu'elle passe à RM Auctions le 14 août 2010. Entre temps la Bugatti Type 51 de Lord Howe a été vendue pour $ 4M incluant premium par Bonhams le 19 août 2016.

6 août 2018

L'Ambiance des Mille Miglia

Maserati crée en 1950 le modèle A6G 2000 avec un moteur de 2 litres. L'ultime évolution, informellement référencée A6G/54, apparait en 1954. Environ soixante châssis A6G/54 sont construits entre 1954 et 1956. La plupart sont carrossés en berlinettes, Vingt d'entre elles sont réalisées en alliage léger par Carrozzeria Zagato.

L'une de ces voitures est utilisée par l'usine comme démonstrateur aux Mille Miglia 1956. Vendue à des privés, elle a un historique de compétition assez intense jusqu'en 1960, avec plus d'incidents que de succès. Elle achève cependant cette phase en ayant conservé intacts le moteur et la boîte de vitesses d'origine.

Elle est achetée en 2012 par un collectionneur qui a le projet de présenter une Zagato pour la célébration à Pebble Beach du centième anniversaire de la marque Maserati, créée en 1914. La restauration est facilitée par son très haut niveau d'authenticité et les archives du fabricant sont consultées pour rétablir minutieusement sa configuration d'origine. Elle a coûté plus de $ 800K.

La belle Italienne est parfaitement opérationnelle comme si elle sortait d'usine, remettant son conducteur d'aujourd'hui dans l'ambiance de l'avant-dernière édition traditionnelle des Mille Miglia sur route ouverte. Elle est estimée $ 4,25M à vendre par RM Sotheby's à Monterey le 25 août, lot 234. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.