21 janv. 2018

La Vierge Martyre et la Bête Immonde

Ste Marguerite d'Antioche est un symbole de la résistance par la foi Chrétienne à toutes les horreurs du monde. Même les plus crédules hagiographes ont très tôt reconnu que son histoire était apocryphe. Sa victoire sur Satan déguisé en dragon met cette vierge martyre dans une situation similaire aux tentations de St Antoine.

Dans la version la plus extrême de sa légende, la jeune femme sort indemne de chaque épreuve avant le martyre final. Gobée toute entière par le dragon, elle est recrachée quand son crucifix irrite le système digestif du monstre. Les riches patrons de la fin de la Renaissance apprécient cette allégorie de la vertu irréprochable.

Raphael réalise vers 1518 deux peintures sur ce thème. La version du musée de Vienne est la plus dramatique. Le corps de la bête immonde encercle la jeune femme qui reste debout avec le grand calme apporté par sa confiance dans son crucifix. Dans la version du Louvre, Marguerite s'éloigne de la bête.

Vers la fin de sa carrière, Titien conçoit une composition encore plus dramatique. L'attitude de la jeune fille est similaire à celle du Raphael de Vienne. La bête est sous son pied nu au premier plan, dans un mélange de tons sombres qui augmentent l'horreur en réduisant volontairement la lisibilité.

Marguerite debout regarde son monstre. Elle tourne le dos à un autre danger apocalyptique, l'incendie de Venise. Cette scène hétéroclite devient plus logique si elle apparaît comme un faisceau de menaces autour de la jeune Chrétienne et non pas comme une victoire. Les habits et la chevelure sont impeccables, ce qui ne va pas dans le sens d'une régurgitation même miraculeuse.

Deux versions presque identiques sont connues de la Ste Marguerite de Titien. L'une d'elles, au Prado, est datée autour de 1559.

L'autre version, huile sur toile 198 x 168 cm après une réduction de hauteur au milieu du XXème siècle, avait appartenu à la collection du Roi Charles I. Elle est signée par Titien près d'une vanité mais a probablement été réalisée en majeure partie par son atelier, peut-être simultanément à la version autographe. La qualité de la lumière de l'incendie fait proposer pour son achèvement une date plus tardive, autour de 1565.

Cette peinture est estimée $ 2M à vendre par Sotheby's à New York le 1er février, lot 27. Je vous invite à regarder la video partagée par la maison de ventes.