16 mars 2018

L'Atelier des Jésuites

L'empereur Kangxi et le roi Louis XIV avaient des ambitions similaires. Ils décident en 1684 d'échanger leurs connaissances scientifiques et culturelles par l'intermédiaire de Jésuites qui accepteront les coutumes de la Chine impériale. Les Français sont intéressés par les brocarts et les baguettes et les Chinois par l'utilisation des émaux pour couvrir le cuivre et le verre.

L'activité se développe dans un atelier de la Cité Interdite sous le contrôle direct de l'empereur. Un nouveau verrier arrivé en 1695 apporte avec lui les émaux inventés par Glauber pour créer des couleurs splendides avec de l'or colloïdal. Les verres colorés avec l'émail des étrangers (en Chinois : falangcai) servent de cadeaux diplomatiques.

Les potiers de Jingdezhen travaillaient avec la gamme réduite du wucai dans un but de productivité. Il est bien tentant d'appliquer les nouvelles couleurs à la porcelaine pour donner un luxe supplémentaire aux pièces destinées à l'usage personnel (yuzhi) de l'empereur. Des artisans Chinois se joignent vers 1711 aux Jésuites de l'atelier impérial pour développer une technologie mixte.

La porcelaine Chinoise était inconnue en Europe et les Jésuites considéraient comme impossible d'apposer l'émail par-dessus la glaçure. Ils font venir de Jingdezhen des porcelaines incomplètement couvertes de glaçure pour peindre la face extérieure et la base avec des couleurs indisponibles à Jingdezhen. Une seconde chauffe termine le processus.

Une des couleurs de fond les plus rares du falangcai est un rose à l'or colloïdal. Deux bols de 14,7 cm de diamètre décorés chacun de quatre cartouches lobés montrant des fleurs devant un ciel bleu ont sans doute été fabriqués côte à côte. Ils portent la marque yuzhi de Kangxi. Les thèmes floraux sont cependant différents, attestant de la coopération étroite entre les artistes Chinois et Européens. Le bol conservé au National Palace Museum à Taipei suit les auspices traditionnels Chinois des quatre saisons.

L'autre bol est de décoration Européenne, avec des fleurs sans signification symbolique et un effet de perspective qui n'est pas habituel dans l'art traditionnel Chinois. Il sera vendu par Sotheby's le 3 avril à Hong Kong, lot 1. Je vous invite à regarder la courte vidéo partagée par Sotheby's.

Le yangcai sera la maîtrise complète du processus du falangcai à Jingdezhen vers la sixième année du règne de Yongzheng, 1729 CE. La participation des étrangers ne sera désormais plus nécessaire.