29 avr. 2018

La Bande des Treize

En 1964 la World's Fair de New York est dédiée aux progrès, comme toutes les autres. Plusieurs artistes sont invités à décorer le mur extérieur du pavillon de l'Etat de New York. Ce sera la première et dernière commission publique attribuée à Andy Warhol, la suite de l'histoire montre bien pourquoi.

Les préoccupations de Warhol vont à l'opposé de l'optimisme requis. Il a commencé l'année précédente ses Death and Disaster exhibant le mauvais côté de l'Amérique. Il ne peut tout de même pas installer ses chaises électriques ou ses accidents de voitures sur ce mur qui sera vu du grand public. Il ne choisit donc pas la chaise vide mais le portrait de celui qui pourrait y monter.

Un ami lui a procuré un livret de police avec les photos des treize bandits les plus recherchés et une brève catégorisation de leur crime. Chaque malfaiteur a ses deux photos de police, de face et de profil, tramées pour une impression en grande quantité. Andy réalise des sérigraphies géantes 125 x 97 cm de ces petites images.

Il assemble son mur en cinq rangées de cinq colonnes qui forment un ensemble déroutant. Les couples de photos sont soit ensemble soit éparpillées pour un total de 22 images. Le spectateur pourra jouer à chercher quelles figures sont montrées une seule fois. Les trois positions en bas à droite sont vides selon le style qu'il avait précédemment utilisé dans les Car crash.

Après concertation avec les organisateurs, Andy recouvre tout cela par une couche opaque de peinture argent. L'image murale disparaît juste avant l'ouverture de l'exposition. Plusieurs hypothèses ont été émises. Je dirais que le FBI ne pouvait pas laisser un artiste faire un travail de police.

Un peu plus tard dans la même année Warhol édite les portraits des treize bandits, en image simple ou en diptyque, en reprenant la numérotation du carnet de police. Le 17 mai à New York, Christie's vend au lot 15 B un diptyque du Most Wanted Men No. 11, John Joseph H., Jr.

Dans ce sinistre trombinoscope, le voleur John Joseph est un des plus déroutants car il apparaît comme un homme ordinaire, jeune et beau. Auteur d'une attaque en bande à mains armées dans un débit de boisson, il a indisposé la police en s'évadant avant son procès. Il reste un homme : s'il est attrapé, faut-il l'exécuter ?

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Christie's.