24 mai 2018

Le Lion d'Eau Douce

Dans la suite logique des cabinets de curiosités de leurs prédécesseurs, les connaisseurs du Siècle des Lumières s'émerveillent des oeuvres baroques construites par la nature sans intervention humaine.

En 1769 un agent de la Compagnie des Indes Orientales Néerlandaises revient de Batavia où il a passé cinq ans. Il apporte avec lui diverses marchandises qui intéresseront le marché Européen dont une exceptionnelle perle nacrée d'eau douce pesant 2373 grains, 578 carats selon le système de mesure de l'époque, qui est encore aujourd'hui un des trois plus gros spécimens connus.

La perle fait sensation dans la vente aux enchères de sa succession à Amsterdam en 1778, non seulement par sa dimension mais aussi par sa forme boursouflée qui visualise un lion endormi au-dessus d'une base plate striée qui évoque les jades ciselés des sceaux de l'empereur Qianlong. Une gravure en grandeur réelle est diffusée à cette occasion.

Elle est achetée à cette vente pour 2100 guilders hors frais par un financier Hollandais agissant comme courtier en art pour l'impératrice Catherine la Grande à qui il la livre l'année suivante. La perle réapparaît vers 1863 quand une femme, probablement la fille d'un armateur de Danzig, tente de la vendre au roi d'Italie. Elle est achetée par un associé hollandais du joaillier du roi. Le projet de l'intégrer dans un oeuf surprise Fabergé à offrir par le Tsar à la Tsarine est annulé par la chute de l'empire Russe.

Cette perle au lion dormant 70 x 43 x 39 mm pesant 118 grammes est conditionnée dans une ancienne boîte en laiton doré ajustée à ses dimensions. Elle est estimée au-delà de € 340K à vendre par Venduehuis à La Haye le 31 mai, lot 1778. Voici les liens vers le site de la maison de ventes et vers un article partagé par Den Haag Centraal.