19 juin 2018

La Dérive Finale de Kippenberger

Martin Kippenberger a toujours mis en question la civilisation. Son art décalé centré sur des auto-portraits repoussants montre bien qu'il ne peut pas obtenir de réponse. La société n'empêche pas les catastrophes. Parfois elle les provoque, suscitant des scandales.

En 1996 il expose à Copenhague son installation intitulée The Happy End of Franz Kafka's Amerika. A côté de son installation il voit Le Radeau de la Méduse.

Ce Radeau à la dérive peint par Géricault en 1818-1819 a assuré la transition entre le classicisme et le romantisme, entre l'art officiel obséquieux et la protestation politique. Les dimensions de l'original, 491 x 716 cm, en font l'équivalent d'une installation moderne. Basée sur un fait réel, la peinture entremêle les vivants, les agonisants et les cadavres. Contrairement à la peinture classique il n'y a pas de héros mais la vigie qui domine cette scène terrible est un noir.

Kippenberger est malade. Le cancer attaque son foie et son pancreas et il ne se soigne pas. Il a l'âge auquel Mapplethorpe est mort, 43 ans. Sa femme Elfie le photographie dans les positions des personnages de Géricault. Il réalise une importante série de peintures, dessins et lithographies sur le thème du Radeau, centrée sur un tapis qui montre le plan du radeau.

Le 27 juin à Londres, Phillips vend au lot 8 une huile sur toile 150 x 180 cm peinte en 1996. Cet autoportrait est mis en scène dans la position du cadavre prêt à tomber dans la mer en bas à droite du Radeau de Géricault. La bande bleu foncé à gauche de l'image accentue l'idée que la mort est inéluctable, un peu sur le modèle du sinistre Black Fire abstrait de Barnett Newman.