16 juin 2018

L'Erosion des Ancêtres

Les anciens Africains n'écrivaient pas. Les régions sèches ont préservé leur art, donnant une petite idée incomplète de la vie sociale et des croyances des humains dans les conditions primordiales.

Dans la forêt humide le bois pourrit. Pourtant quelques oeuvres du groupe ethnique Mbembe du Nigeria ont été préservées par un mécanisme proche de la fossilisation qui a affecté différemment les parties dures et tendres du bois. Ces figures ont ainsi atteint en trois ou quatre siècles une texture craquelée qui renforce l'impression d'une épave primordiale.

Cet art était inconnu en Europe en 1972 quand Hélène Kamer-Leloup achète une statuette à un marchand Malien. Elle obtient en tout par cette provenance onze pièces de cette culture qu'elle expose dans sa galerie à Paris en 1974.

Par chance l'existence d'une pièce complète conservée au Staatliche Museum à Berlin permet de connaître la configuration globale et l'utilisation de cet art. Il s'agit d'un tambour monumental en bois évidé. Flanqué de deux plates-formes latérales occupées respectivement par la statuette d'un guerrier et d'une mère, il mesure 3,30 m hors tout.

Dans le corpus de cet art Mbembe l'homme est agressif, parfois debout. La femme est assise au sol avec les genoux levés, avec ou sans un enfant sur ses genoux. L'attitude est fière ou peut-être orante, avec le menton légèrement relevé.

Une figure féminine de 75 cm de haut provenant de la collection Kamer-Leloup d'origine est estimée € 2M à vendre par Christie's à Paris le 27 juin, lot 72. Les membres sont manquants au-delà des coudes et des genoux mais la tête a conservé des détails morphologiques précis.