8 juin 2018

Un Fauve dans la Mode

En supprimant le corset en 1906, Paul Poiret modifie pour toujours l'image de la femme Parisienne. Cette conception est transmise en 1908 dans un joli livret constitué de dix gravures en couleurs par Paul Iribe. Poiret est inspiré par les avant-gardes artistiques. Il apparaît ainsi comme un meneur du modernisme juste au moment où les Ballets Russes mettent à la mode un luxueux exotisme imaginaire.

La femme de Kees Van Dongen, Augusta, s'habille en robes de Poiret. Le 25 juin à Paris Hôtel Drouot, Leclere vend au lot 19 un portrait d'Augusta par Kees intitulé La Lecture - Rabelais, grande huile sur toile 145 x 145 cm peinte en 1911.

Comparée aux peintures réalisées par Van Dongen autour de cette date, La Lecture se différencie par ses thèmes et son style. La ligne fine évoque les illustrations du catalogue d'Iribe. L'ambiance mêle le Fauvisme et l'exotisme. Les à-plats striés sont dans le goût de Matisse et une peinture au mur aurait pu être une marine à Collioure. L'orientalisme est apporté par le profil de la femme brune et par la main de Fatma qu'elle porte en pendentif.

L'intention de plaire à Poiret est évidente. Rabelais est le titre du livre dans les mains d'Augusta. Cette référence est peut-être une connivence non identifiée avec Poiret. Le chat recroquevillé au premier plan fait un clin d'oeil amical.

L'influence de la mode contribue à faire basculer Van Dongen de l'anarchisme et des cabarets vers les mondanités élégantes. 'Deauville' est publié en 1931 avec cinq gravures par Van Dongen et un texte par Poiret.

Je vous invite à regarder la vidéo partagée par Drouot Presse. La Lecture est présentée par le commissaire-priseur Damien Leclère.