7 juin 2018

Un Trône pour Dora Maar

Il apparaît que Picasso ne savait pas contrôler ses émotions. Son auto-complaisance apparente serait donc un masque. Il a courageusement choisi de rester à Paris pendant l'occupation Allemande mais il étouffe psychologiquement. Il se sent malhabile dans les auto-portraits. Dora joue une fois de plus le rôle d'intercesseur entre l'artiste et le monde.

Dora est une intellectuelle engagée, probablement pleinement consciente de son rôle de miroir. Excentrique et provocatrice, elle accepte de voir son image défigurée par les fantasmes de Pablo. Dans la vraie vie elle n'était pas la femme qui pleure, malgré son hypersensibilité politique. Elle a pourtant peint des auto-portraits dans ce rôle pour donner raison à Pablo.

Dora Maar au chat, peint par Picasso en 1941, doit être considéré par rapport à la guerre. Elle est enfermée dans son fauteuil sans accès au monde extérieur, comme plus tard le pape de Francis Bacon. L'espoir est faible mais existe encore, marqué par la coquetterie du chapeau et des ongles et par la liberté d'un chat microscopique.

L'année suivante l'ambiance à Paris est encore plus pénible. Les attaques contre l'art dégénéré deviennent insistantes. Pablo a besoin de Dora mais elle est menacée par son passé de militante anti-fasciste. Il l'enferme à nouveau sur son fauteuil, mais l'affuble du nez de son chien Afghan pour qu'elle ne soit pas reconnaissable par leurs persécuteurs. Il prendra soin bien plus tard d'affirmer qu'il n'y avait pas de sadisme dans ses portraits de Dora Maar.

Portrait de femme (Dora Maar), huile sur panneau 100 x 80 cm peinte le 5 août 1942, a été vendue pour $ 22,6M incluant premium par Christie's le 6 mai 2014. Le 20 juin à Londres, Christie's vend au lot 20 Femme dans un fauteuil (Dora Maar), huile sur toile 92 x 73 cm peinte le 24 avril 1942.