27 août 2018

Un Gui à Quatre Pattes

La dynastie des Zhou a mis fin au déclin des Shang. La production de récipients rituels en bronze redémarre sous les Zhou avec une remarquable continuité par rapport au style de leurs prédécesseurs.

La forme gui, déjà pratiquée sous les Shang, est particulièrement appréciée il y a 3000 ans par les Zhou 'de l'Ouest' pour des pièces de grand prestige, richement ornées avec les symboles classiques dont la signification n'a pas été déchiffrée. 'Gui' désigne la forme globulaire ouverte du pot, qui peut être coulé avec des parties inférieures très diverses. Les anses servent à porter et pas à verser la nourriture ou la boisson sacrée.

Le 13 septembre à New York, Christie's vend un bronze gui. Il est porté par quatre pattes, une innovation Zhou par rapport aux trois pattes classiques des récipients Shang. Ces pattes sont zoomorphes avec des sabots. Il mesure 19 cm de haut hors tout avec une ouverture de 18 cm de diamètre. Ce récipient est un Zuo bao yi gui, parce qu'il porte dans le fond du bol la marque phonétiquement transcrite Zuo bao yi, signifiant "fait précieux récipient".

Ce vase est décrit dans le catalogue des bronzes rituels de la collection impériale publié au milieu du XVIIIème siècle à la demande de l'empereur Qianlong. Il est estimé $ 4M, lot 888. Je vous invite à regarder la video partagée par Christie's.

La comparaison avec un autre Zuo bao yi gui de la même période, vendu pour $ 6,7M incluant premium par Sotheby's le 17 septembre 2013 en provenance de la collection Eberhardt, permet de tenter quelques interprétations.

Les deux gui sont très différents dans leur réalisation, avec un relief très important dans les figures de bronze du specimen Eberhardt. Il n'y a donc pas d'origine commune dans leur production. Zuo bao yi apparaît ainsi comme une formule générique pour attester que le vase a été sanctifié, sans nécessité d'identifier l'artiste ou le patron. On notera cependant que l'écriture est effectuée au stylet dans l'argile avant que le bronze soit coulé.

Le specimen Eberhardt n'est pas porté par des pieds mais par une base. Il est ainsi surélevé pour un besoin exclusivement rituel, puisqu'il est impossible d'apporter un réchaud par en-dessous.