28 sept. 2018

La Tête de la Pyramide

Politiquement et socialement, Keith Haring est un idéaliste. Inspiré par ses débuts de graffeur dans le métro, il veut que son message soit vu par les foules. A partir de 1982 il obtient des commandes publiques comme muraliste dans des villes du monde entier.

Haring travaille très vite et sans dessin préalable, réutilisant sans cesse les pictogrammes de son propre univers surréaliste. Son oeuvre plait au public parce qu'elle est peuplée d'êtres étranges qui s'interconnectent. Les humanoïdes stylisés qui dansent par groupes avec les bras levés pour révérer leurs faux dieux promeuvent à la fois la joie et la naïveté.

L'artiste intègre aussi son propre temps. Une nouvelle technologie est arrivée sur terre : le personal computer. Il est la tête d'une chenille dans un vinyl sur bâche 307 x 302 cm peint en 1983. Le monstre est dangereux mais peut être apprivoisé : le personnage qui le chevauche a gardé sa tête, ce qui n'est pas le cas des trois danseurs. Cette oeuvre a été vendue pour £ 860K incluant premium par Sotheby's le 12 octobre 2012.

Le 4 octobre à Londres, Christie's vend un acrylique sur quatre toiles datées 18 avril 1984 de dimension totale 305 x 305 cm, lot 3 estimé £ 3M. La peinture au trait est effectuée sur un fond jaune vif psychédélique.

La figure principale est un triangle vide bordé par en bas par une rangée de joyeux danseurs. Par le subterfuge de la représentation bi-dimensionnelle, cette figure offre trois interprétations. Elle est la Pyramide qui symbolise les mysticismes antiques. Elle est une esplanade qui bloque l'accès aux monstres variés qui s'agitent avec frénésie et truculence jusqu'à ses bords. Elle est anthropomorphique par son prolongement en deux bras levés qui tiennent une soucoupe volante et un cerveau. La tête de la Pyramide est le nouveau dieu, le personal computer.

Je vous invite à regarder la vidéo préparée par Christie's pour introduire trois lots de la prochaine vente discutés par leur propriétaire, l'ancien galeriste Paul Maenz.