12 sept. 2018

Les Dangers de la Mer

Joan Mitchell est attirée par la beauté des paysages de France avec ses forêts et ses mers. Elle admire la relation de Van Gogh avec le sol et les couleurs Fauvistes de Matisse.

Quand elle établit son atelier de façon permanente à Paris, son style change. Les traits de brillantes couleurs pures qui faisaient comparer sa pratique avec Pollock sont relégués vers les bords de l'image tandis que le centre devient un bouillonnement violent.

Le début des années 1960 est une période difficile pour cette artiste hypersensible qui sait que ses parents sont gravement malades. Ses explosions de couleurs ne sont cependant pas le fait d'une simple rage. La toile est soigneusement préparée par un dessin délimitant les contours qui guideront les gestes rapides, alternativement centripètes et centrifuges.

L'aboutissement de son art est l'expression d'une localisation. Avec ses couleurs froides, Atlantic Side, 222 x 220 cm peint en 1960-1961, est typique de ces paysages abstraits qui anticipent les peintures par de Kooning à Long Island. Atlantic Side a été vendu pour $ 6,9M incluant premium par Sotheby's le 13 novembre 2013.

Le 30 septembre à Hong Kong, Sotheby's vend Syrtis, huile sur toile 130 x 162 cm peinte en 1961, lot 1080 estimé HK$ 50M.

Cette année-là Joan passe l'été à Cap d'Antibes. Face aux couleurs splendides de la Riviera Française, elle imagine la Méditerranée dans l'expression suprême de son point le plus chaud, le golfe de Syrte sur la côte Libyenne. Syrte est un endroit attirant depuis l'antiquité avec ses pêches abondantes pour lesquelles les bateaux prennent le risque de s'échouer sur les bancs de sable.

Par son titre et son exubérance, Syrtis traduit les angoisses de Joan Mitchell. Ajoutant la référence au passé lointain, cette oeuvre rejoint les fantasmes d'un autre Américain qui a choisi l'Europe, Cy Twombly, probablement sans concertation entre les deux artistes.