29 oct. 2018

Le Prophète du Feu

Ludwig Meidner avait eu une bonne formation artistique mais sa première activité d'illustrateur de mode ne parvenait pas à lui assurer des conditions de vie décentes. Installé à Berlin, il est subjugué en 1911 par une exposition des Futuristes Italiens. Il se rapproche désormais des avant-gardes et obtient l'aide de Beckmann.

Assimilant sa vocation à celle d'un prophète Juif halluciné, Meidner peint une série de paysages Apocalyptiques qui offrent un style hautement original et plaisent aux Expressionnistes.

Le 12 novembre à New York, Sotheby's vend une huile sur toile 94 x 109 cm peinte par Meidner en 1912, lot 25 estimé $ 12M. Elle est peinte recto-verso, une pratique assez courante dans les groupes Allemands, particulièrement compréhensible ici en considérant le grand format de la toile et les faibles ressources de l'artiste. Je vous invite à regarder la video partagée par Sotheby's.

Le recto est un Apokalyptische Landschaft, avec une expression d'horreur comparable au Cri de Munch. Deux fleuves de lave incandescente viennent se déverser sur une ville déjà ébranlée, où les maisons prêtes à s'écrouler penchent dans tous les sens, anticipant les paysages disloqués par Soutine. Au premier plan, deux personnages courent éperdument. Des colonnes de soldats parcourent la place de cette ville d'architecture allemande, faisant de cette oeuvre une prémonition de la Première Guerre Mondiale.

Le verso de la toile semble en contraste total avec le recto. Un jeune homme sérieux lit un livre. Avec ses joues anormalement creuses, s'il n'est pas un autoportrait, il est au moins une projection de l'artiste sur sa propre misère.

La guerre casse l'élan créatif de Ludwig Meidner, qui continuera son oeuvre avec des auto-portraits et des portraits imaginaires de prophètes et sera catalogué comme artiste dégénéré en 1937. Il n'atteindra jamais la célébrité mais Baselitz se souviendra de ses Apocalypses pour hurler contre le mur de Berlin.