30 oct. 2018

Portraits sans Pitié par Kokoschka

Dès le début de sa carrière de dramaturge et d'artiste en 1909, Oskar Kokoschka se positionne comme un non-conformiste et comme un gêneur. Il a 23 ans et est appelé le chef des sauvages par la presse Viennoise. Son influence est décisive pour Egon Schiele, de quatre ans plus jeune que lui.

L'architecte moderniste Adolf Loos est un autre pourfendeur des idées préconçues. Son amie est tuberculeuse. Il l'a placée en Suisse dans un des sanatoriums les plus luxueux, utilisés par l'aristocratie Européenne. En janvier 1910 Loos effectue un long séjour auprès de son amie. Il emmène Kokoschka.

Ce microcosme de personnages affaiblis par la maladie et de leurs visiteurs qui ne sont guère plus beaux inspire Kokoschka qui peint une série de portraits spontanés, sans dessin préparatoire. Les modèles ne sont pas des clients : le jeune artiste est sans complaisance et sans pitié.

La psychologie domine sur la technique, et tant pis si les impastos côtoient les zones à peine peintes sur les toiles. Le résultat est un trait sec, haché, donnant l'impression d'une grande nervosité, qui caractérisera l'art de Kokoschka dans tous ses thèmes tout au long de sa carrière. En 1937 il est classé parmi les artistes dégénérés.

Le 12 novembre à New York, Sotheby's vend le portrait de Joseph de Montesquiou-Fezensac, huile sur toile 80 x 63 cm, lot 21 estimé $ 15M. L'aristocrate tranquille et triste âgé de 35 ans était venu au sanatorium pour aider sa femme Victoire dont Kokoschka a également réalisé le portrait. La peinture à vendre vient d'être restituée aux héritiers d'un marchand juif à qui elle avait été confisquée en 1934.